S’il y a une phrase de BHL que j’adopte sans aucune difficulté, c’est bien le titre de son dernier livre : Le virus qui rend fou. Il semble que l’épidémie ait fait voler en éclats presque tous les repères, les critères de jugement habituels : les journalistes, en particulier, semblent saisis d’une frénésie morbide étrange, déplacée, d’ordre quasi psychanalytique.

Dernier exemple en date, cet article publié le 1er août sur le site Web de LCI : « Les États-Unis et le Brésil comptent désormais plus de morts que la France, en proportion de leur population ». Cocorico, la France n’est plus dans le « top five » des pays les plus touchés. En plus, ce sont les États-Unis de Trump et le Brésil de Bolsonaro qui l’en délogent. Preuve, s’il en est, de l’incompétence, de l’inconséquence quasi criminelle de ces deux dirigeants populistes. Et preuve, s’il en est, de la chance que nous avons, nous, Français, d’avoir à notre tête un homme tel qu’ : que Dieu nous préserve encore longtemps de ces farfelus populistes !

Il est tout de même incongru de juger, aujourd’hui, les pays en fonction d’un bilan de mortalité et d’instaurer une compétition entre gouvernements à l’aune de chiffres si morbides, mais aussi et surtout si aléatoires : les données sont difficilement comparables d’un pays à l’autre, les situations démographiques et sanitaires d’origine fort différentes, les comportements des peuples également.

Comment comparer les Français aux Brésiliens, les conditions de vie dans nos HLM avec celles des favelas ? Comment Bolsonaro pourrait-il imposer un confinement strict à ses nombreux concitoyens qui vivent dans la précarité la plus totale, avec un climat qui en sus ne pousse guère à l’enfermement, une population jeune ? Comment comparer un pays comme la France, qui consacre 11 % de son PIB aux dépenses de santé, quand le Brésil en consacre à peine 6 % ? Comment rapprocher la situation aux États-Unis, où tant de gens n’ont pas de couverture médicale, à notre pays si socialisé ? Comment imaginer que Trump puisse disposer des mêmes latitudes dans un pays fédéral comme le sien, quand Macron peut confiner du jour au lendemain la France entière ?

Il me semble que d’autres comparaisons seraient plus appropriées. Prenons, par exemple, la Hongrie et la Pologne : climat quasi identique au nôtre, démographie idem, voisinage européen ; tout nous rapproche. Or, il y a eu 1.800 morts en Pologne et seulement 600 en Hongrie. Pour des dépenses de santé de 7,5 % du PIB en Hongrie, 6 % en Pologne… Si Macron est, paraît-il, une bénédiction du ciel pour nous, Français, que dire d’Orbán ou du parti Ordre et Justice ? De nouveaux messies, des sauveur que le ciel a envoyés à leurs peuples respectifs ? Oui, mais chut, il ne faut pas trop que ça se sache : ces deux-là sont de méchants populistes, alors silence radio, revenons-en vite aux cas de Bolsonaro et Trump…

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