L’Arcom plonge dans le contenu éditorial et menace une chaîne de télévision : CNews

La gravité de la menace et l'ampleur du contrôle éditorial inédit annoncés par l'Arcom donnent le vertige.
Pascal Praud

On se disait aussi que la mise en demeure adressée par l’Arcom à Radio France préparait quelque chose. La réplique est du genre foudroyant. Via un communiqué publié ce lundi 15 juin, l’Arcom franchit un cap majeur dans le contrôle de l’opinion et la restriction de liberté éditoriale. Le gendarme de l'audiovisuel s'ouvre, de manière spectaculaire, un espace de compétence jamais vu jusqu'ici dans une démocratie, en tout cas dans la démocratie française depuis la guerre. CNews est donc « mise en demeure » de se conformer à « l'exigence d'expression pluraliste des courants de pensée et d'opinion ». L'ordre est clair : abandonnez votre ligne éditoriale ou nous fermerons CNews comme nous l’avons fait avec C8. Poutine n'a plus grand-chose à nous envier.

L’Arcom explique très bien qu'il a franchi un pas vers le contrôle éditorial des chaînes qui s'adressent aux Français. L’organisme « s'assure désormais également que l'expression des courants de pensée et d'opinion par l'ensemble des intervenants à l'antenne n'est pas affectée par un déséquilibre manifeste et durable dans les programmes consacrés à l'information ». L’agence d'État ne pèse plus seulement les temps de parole, elle soupèse les thématiques, les mots, les idées, les pensées. L’Histoire retiendra que l’Arcom réagit ainsi à la saisine d’une association, Reporters sans frontières, créée par Robert Ménard pour défendre… la liberté des journalistes face aux pouvoirs dictatoriaux ! Reporters sans frontières a donc accepté de jouer les apprentis censeurs à l’égard de journalistes français ! Vertige.

Trop de temps sur l'immigration...

Pour franchir ce Rubicon liberticide, les personnels de l’Arcom ont donc visionné 168 heures de programme de CNews, ils se sont penchés sur les sujets abordés, les propos tenus par les intervenants, le vocabulaire employé, les thématiques, les points de vue exposés et la place laissée à la contradiction, ce qui suppose de savoir si tel ou tel invité contredit un peu, beaucoup ou pas du tout l'animateur et les personnalités différentes invitées en plateau. Vertige.

Bilan : l’Arcom considère que la chaîne passe trop de temps sur la sécurité intérieure, sur l'immigration ou sur l'islam, qu'elle se défie de l'institution judiciaire et qu'elle critique trop systématiquement La France insoumise. De quel droit ? Vertige.

À ce stade de la censure, l’Arcom doit s'expliquer. Le gendarme de l'audiovisuel épingle la surexposition manifeste, sur l'ensemble de la programmation, d'un même courant de pensée et d'opinion. Donc, un organisme d’État estime, avec droit de sanction, de vie et de mort sur une chaîne, quelle est la place donnée à un courant de pensée et d’opinion. Curieusement, il n’est jamais venu à l’esprit desdits « sages » de l’Arcom de pratiquer cet exercice auprès de France Inter… Les récentes remontrances ne portaient que sur le temps de parole du RN, bizarrement réservé aux heures nocturnes sur la grande antenne publique. Vertige, encore.

CNews clairement menacée de fermeture

La chaîne du groupe Bolloré considère que « l'appréciation portée par l'autorité sur le pluralisme des courants de pensée d'opinion conduit à une interprétation excessivement restrictive de la liberté éditoriale dont doivent bénéficier les médias dans une démocratie ». Excessive, c'est le moins que l'on puisse dire. CNews est donc sanctionnée et clairement menacée de fermeture, après un flicage digne des grandes heures de la liberté éditoriale sous Staline.

Après les réseaux sociaux, l'entourage d'Emmanuel Macron s'attache donc à museler la seule télévision différente via une compétence nouvelle, agrémentée d'un système de flicage inédit, élaboré tout exprès. Question : quel est le coût de ce dispositif ? Demain, d'autres télévisions, d'autres radios, d'autres journaux, d'autres sites Internet pourquoi pas, feront peut-être l'objet d'une compétence nouvelle expressément définie pour interdire la liberté d'expression et la ligne éditoriale de tel ou tel média. La Macronie, qui mène une guerre inexpiable à la liberté d'expression sur les réseaux sociaux, a trouvé là un nouveau terrain de jeu.

CNews va porter l'affaire au Conseil d'État et, « le cas échéant, dit-elle, devant les juridictions européennes compétentes ».

Le pouvoir politique en place, menacé par les conséquences dans l’opinion d’une gestion catastrophique du pays, étouffe les libertés de base que l’on pensait intouchables. La liberté de la presse ressemble chaque jour davantage, sous Macron, à une peau de chagrin. L’Arcom ouvre aujourd'hui une nouvelle ère de la liberté de la presse, celle d'une mise sous tutelle.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

201 commentaires

  1. Macron veut se payer CNews avant la fin de son bail. Il n’a plus rien à gagner à part soulager sa rancoeur.

  2. Après des années d’irritation à regarder le « service public » de l’audiovisuel j’ai trouvé avec CNEWS une TV qui me convient bien. Ce qui se profile semble bien triste pour mes idées et pour la liberté d’expression. La gauche et les macronistes n’ont plus pour objectif de satisfaire une majorité de français mais seulement de conserver leurs pouvoirs. Pour cela ils sont prêt à tricher en évoquant bien-sûr les valeurs républicaines (qui restent à définir) et le danger de l’extrême droite (qui reste aussi à définir).
    Pour conserver son poste Ernotte, pourtant bien à gauche, a fait allégeance à Macron qui la maintenu. Quelle autre solution avons nous que de se plier aux injonctions du pouvoir en attendant des jours meilleurs ?
    Nous pourrions manifester, signer des pétitions mais si les médias n’en parlent pas ou dénaturent ces actions à quoi cela servirait-il ?
    Mesdames, messieurs de l’ARCOM pourquoi n’attendez-vous pas, avant de fermer CNEWS que le « service public » de l’audiovisuel soit redevenu un service public et non un organe de propagande ?
    N’avez-vous pas honte de dénaturer ainsi votre mission en favorisant une idéologie plutôt qu’une autre. Songez au contentieux que vous risquez de faire naître.

  3. Plus un gouvernement aux abois, entre ses maîtres cachés et « son » peuple souffrant, musèle ce dernier et plus la résistance s’organise malgré le danger, d’où risque de guerre civile. Mais qui, chez nous comme à l’étranger, souhaite donc la mort de la France démocratique ? Pour autant, depuis l’affaire Fillon et l’élection (?) de Hollande, puis de son ministre Macron, les électeurs français jouent majoritairement le jeu imposé même si en définitive plus personne n’a la majorité : la gauche, le centre, la droite. Pays ingouvernable ? Manipulé ? Ruiné ? Tout cela annonce-t-il un grand incendie ? La France a déjà traversé des barrières de feu, puis s’est plus ou moins bien relevée. Le pourra-t-elle encore ? Devrons-nous conseiller à nos jeunes de nous quitter et de nous laisser peupler nos cimetières ou bien de se soumettre aux vents de l’Histoire en attendant une hypothétique Libération ? La mise au pas et la soumission de la presse n’ont rien de nouveau. Oublierait-on les leçons de l’Histoire ? Précisément en ces jours de panthéonisation de Marc Bloch, un très grand historien et un très grand Français, résistant assassiné par des gestapistes français et allemands en 1944 ? Le moment est malvenu mais cela devrait justement nous faire réfléchir à la valse des discours hypocrites d’une part et des faits révélateurs et consternants d’autre part. J’ai mal à ma France.

  4. Et comme au 1er septembre il faudra donner sa carte d’identité pour aller sur les réseau sociaux, la mise en place d’un système totalitaire est En Marche. A quel moment le peuple français va se réveiller ?
    Quand ils réinstallerons les guillotines sur les places publiques, il sera trop tard !
    Ah, on me fait signe qu’aujourd’hui on appelle ça euthanasie pour exercer son droit à mourir dans la dignité.

  5. Rassurez- moi sommes nous en démocratie ? ou sous un semblant de démocratie ? J’ai envie de voir disparaître ce super flic de programme télé, nommé ARCOM. Ces gens-là n’ont donc rien à faire que de fliquer à longueur de journée, certaines chaînes ? Si vous n’aimez pas CNews pour ses programmes, allez donc voir sur France Inter si le programme vous convient. En ce qui me concerne je déteste cette dernière.

  6. macron ,et tout autant ses maîtres ont une peur folle que le RN puisse agir dans quelques mois et ne leur fasse rendre gorge de tous leurs méfaits??? mais la politique a ses raisons ,demain correspondra-t-il vraiment a nos attentes?

  7. Ça y est le pas est fait vers la dictature de la pensée imposée. Nous allons bientôt connaître le nouveau président de la République il suffira d’écouter les médias officiels. Le choix sera imposé par TF1 France 2 libération le Monde Mediapart BFM France Inter. Toute pensée dissidente sera condamnée et interdite.
    Il paraît qu’il y a le mot ‘liberté’ au fronton des mairies, on devrait vraiment l’enlever cela n’a plus de sens.

  8. La liberté d’expression est de plus en plus muselée en France,la gauche se sent acculée et sent le vent du boulet RN à l’approche des élections de 2027.La fermeture de Cnews marquerait le retour des heures les plus sombres de la France.La dictature insidieuse des organismes tels l’arcom,le conseil constitutionnel devient pesant.De même,on voit certains lanceurs d’alerte se faire éjecter des réseaux sociaux ,ou fermer leurs comptes bancaires.La censure est de plus en plus présente en France.

  9. Les élus des différentes Droites restent bien silencieux devant ces menaces de L’Arcom envers la chaîne de Bolloré, CNews. Couradises ou peurs de subir des suites  » à la Fillon »…? Le Pays France bascule vers une réublique bananière. Bravo au Locataire de l’Elysée…

  10.  » Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui regardent sans rien faire  » Albert Einstein

  11. Non seulement nous devons mesurer la gravité de ce qui se passe avec l’ARCOM mais il faudra le cas échéant aborder le sujet d’une riposte vigoureuse allant jusqu’à une manifestation de masse. On ne peut laisser impunie cette intrusion plus que malveillante. C’est notre liberté d’opinion et d’expression qui est mise en jeu. Ayons le courage d’exiger la fin de l’ARCOM comme moyen de pression pour éviter un dérapage de masse due à cette provocation ultime et hors norme.

  12. Solution , si censure , créer sur internet une télévision libre et indépendante nommée Free-Cnews , raz le bol du dictat de l’Arcom affidée au macronisme , et qui veut une presse comme elle la rêve , et non une presse voulue par de nombreux Français . Pas besoin de nous faire « brain-washer » les méninges par le wokisme ni par le foutriquetisme .

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