Editoriaux - People - Santé - 2 octobre 2019

L’appel généreux des célébrités pour sauver l’hôpital : qui va payer ?

C’est l’affaire du matin : 108 « célébrités » en appellent à Emmanuel Macron pour sauver l’hôpital public et plus encore ses personnels tous guettés par le burn out et sous-payés.

« Comédiens, humoristes, réalisateurs, chanteurs, écrivains » » ont confié leur prose en avant-première au Parisien. On retrouve là Florence Foresti, Charlotte Gainsbourg, Vincent Lindon, Thomas Piketty, Clara Luciani et d’autres, anonymes, représentants de patients.

Leur plan de campagne est simple comme les finances publiques :
« […] Nous, usagers de la santé et citoyens, soutenons la demande des personnels hospitaliers d’un financement supplémentaire, nécessaire pour :
– assurer l’ouverture de lits ;
– embaucher le personnel nécessaire ;
– revaloriser les salaires
[…] »

Voilà un beau programme, simple, juste et concis, qui répond en tous points aux revendications issues du grand débat du printemps dernier, à savoir « plus de services publics », au premier rang desquels la santé et l’hôpital public.

Et c’est vrai, pour quiconque doit affronter ce qui ressemble de plus en plus à un parcours du combattant, que les conditions se détériorent d’année en année. « Cet appel, c’est celui de monsieur et madame tout le monde qui constate qu’il est de moins en moins bien soigné correctement à l’hôpital public, parce que les personnels, noyés sous les réorganisations, les pénuries d’effectif et de matériel, n’en ont tout simplement plus les moyens », dit la défenseure des droits des patients à l’AP-HP. Et le quotidien d’énumérer ces dysfonctionnements qui rendent plus insupportable encore ce qui l’est déjà par nature : « Médecins inaccessibles, personnels surmenés et agressifs, hygiène des chambres parfois délétère, examens médicaux inutiles facteurs de stress et d’angoisse, manque de matériels les plus rudimentaires comme des couvertures… »

Dans ce soutien des illustres à l’hôpital, une place particulière est faite à la chanteuse Véronique Sanson, qui l’a fréquenté plus qu’une autre : « Infarctus, opération de la carotide, maladie génétique du sang, cancer du sein… » « Le malaise du personnel, elle l’a vu de près », ce dont on ne doute pas, aussi interpelle-t-elle le Président : « Monsieur Macron, vous verrez ce qu’est l’hôpital si un jour vous êtes malade ! »

Elle poursuit : « Quand l’un des médecins dont je suis très proche m’a parlé de cet appel au Président, il y a quelques jours, je n’ai pas réfléchi une seconde. J’ai dit oui, je signe tout de suite, je vous défends à mort. J’ai été tellement malade que je connais très bien les hôpitaux. Je sais ce qu’il s’y passe ! »

Je plains de tout mon cœur Mme Sanson d’avoir dû traverser tant de misère humaine. Toutefois, j’aimerais lui poser une question : combien a-t-elle dépensé sur ses deniers personnels pour sortir de ses infarctus, opération de la carotide, maladie du sang, cancer du sein et, aujourd’hui, cancer de la gorge ?

Je le sais bien, on va me dire que cette question est obscène. Qu’importe, je la pose tout de même parce que j’en connais la réponse : rien.

Ça ne lui a rien coûté du tout, sinon les à-côtés qu’on nomme médecine de confort.
La France, en effet, est sans doute le seul pays au monde, l’un des seuls en tout cas, où la collectivité prend totalement en charge les soins les plus lourds. Chacun, ici, peut passer des semaines dans un service où le prix de journée se compte en milliers d’euros sans jamais connaître le montant de la facture. Enfin, il faudrait aussi se poser la question du pourquoi : pourquoi ces « examens médicaux inutiles facteurs de stress et d’angoisse » sinon parce que nous vivons un temps où la judiciarisation s’immisce dans tous les pans de la vie ?

Oui, la demande récurrente est « toujours plus de services publics », qu’on peut hélas décliner en toujours plus de prise en charge, de gratuité, de maternage, de protection… Les Français n’ont aucune idée du coût de leur santé. Il serait temps qu’ils se réveillent.

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