Les restrictions liées à la pandémie pourraient voir l’émergence d’un nouveau métier : « boute-en-train de couvre-feu ». À Lampaul-Plouarzel, nom de village qui dispense de préciser la région dans laquelle il se trouve, un habitant enfourche chaque soir son vélo et parcourt les rues pour annoncer par mégaphone l’approche de l’heure fatidique : 18 heures. Vêtu d’une chemise et coiffé d’un képi de gendarme, cet intermittent du spectacle lance à la cantonade : « Ça va être tout noir ! », ce à quoi les riverains présents derrière leur portail répondent joyeusement : « Ta gueule ! »

Sur la base de ce dialogue bref, mais efficace, emprunté au film d’Alain Chabat RRRrrrr!!!, l’initiateur de cette tournée amusante et ses interlocuteurs entendent exprimer l’absurdité d’un couvre-feu dans une petite commune peu habitée. « C’est ça, le message », explique l’annonceur d’obscurité. « Dès le premier soir, ça m’a énervé, cette histoire de couvre-feu. Nous, ici, ça sert pas à grand-chose, ici, y a personne. Tout le village est derrière moi ».

Démonstration faite avec le reportage du 13 heures de TF1 qui montre les enfants du village pédalant gaiement derrière le gendarme d’opérette. En remerciement de cette attraction, un couple de villageois offre quelques pâtisseries locales. Arrêt buffet, avant de repartir de plus belle : « ça va être noir ! » Et les « Ta gueule ! » de redoubler. Et la France entière de le penser très fort à l’adresse d’Olivier Véran ?

Après le tapage de casseroles en hommage au personnel soignant, le « Ta gueule » national crié de toutes les fenêtres. Un cri unanime entendu jusque dans les bureaux les plus calfeutrés. Un carillon populaire qui résonnerait chaque soir à 18 heures. Le Westminster français. Une création bretonne. Du local. Une idée porteuse achetée à prix d’or par le peuple chinois. Mais ne rêvons pas. Il fait noir de plus en plus tard. Le métier de « boute-en-train du couvre-feu » est saisonnier.

Des esprits chagrins objecteront que ces intermèdes festifs pourraient amener les habitants de Lampaul-Plouarzel à refuser un retour à la normale. L’aoûtien viendrait visiter ce coin d’Armorique loufoque qui a transformé l’austérité des restrictions en un vaste parc de loisirs. Le Covidland. Chars fleuris avec lancer de masques chirurgicaux, bars de gel hydroalcoolique, majorettes en blouses blanches d’infirmière…

« Pas besoin de sous pour être bien, pas besoin de vin pour être saoul… » Le trublion de Lampaul-Plouarzel nous remet en mémoire cette maxime de la chanson« Sacré Géranium » du troubadour hollandais Dick Annegarn. Le feu de la joie de vivre n’est pas couvrable.

19 février 2021

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