Editoriaux - Education - 27 octobre 2019

Laïcité et enseignement du fait religieux à l’école : un exercice d’équilibre

Matthieu Faucher, instituteur de Malicornay, a été muté pour quatre mois à la suite d’une dénonciation anonyme l’accusant de prosélytisme chrétien dans sa classe de CM1-CM2. Pour le rectorat de l’académie d’Orléans-Tours, la faute a semblé assez grave pour entraîner une mesure disciplinaire relativement élevée. Il a, en outre, contesté le vœu de réintégration du professeur, émis par le tribunal de Limoges, qui a jugé la sanction « disproportionnée ».

Que reproche-t-on à cet enseignant ?

Il a fait étudier six pages de l’Exode, plusieurs passages d’un ouvrage intitulé Le Christianisme par les textes, proposant aussi certains de ces documents comme textes de dictée ; il a projeté un film sur la vie de Moïse, ainsi que L’Évangile selon saint Matthieu, de Pasolini ; enfin, il a fait répéter la chorale dans une église. L’inspecteur a considéré que les textes incriminés étaient peu accessibles à ces jeunes élèves, et par trop « moralisateurs ».

Il semble aller de soi qu’au moment où le port du voile par des mères, lors d’accompagnements scolaires, ainsi que le nombre inquiétant d’atteintes au principe de (trente par jour), qui se caractérisent principalement par le refus de recevoir un enseignement scientifique, musical, sportif, ou historique, tout incident, quel qu’il soit, tendant à rompre un équilibre qui a été établi et accepté, intégré par la société depuis près d’un siècle, ravive la polémique.

En l’occurrence, il est question ici de christianisme, non d’islam, et il est tentant d’incriminer le parti pris de l’institution, soupçonnée, à tort ou à raison, d’antichristianisme. D’autant plus que le corps professoral, sciemment ou naïvement, ne se gêne pas pour faire passer ses options politiques et idéologiques, peu susceptibles de sanctions dans la mesure où ces enseignements tendancieux jouissent de l’inestimable aubaine d’étayer le « camp du bien ».

Toutefois, il se peut que Matthieu Faucher ait manqué du sens de la mesure, faculté qui nous a été léguée par la Grèce païenne (un fondement de notre civilisation) et transmise par l’Église. Entendons-nous : il n’est pas question de contester la place éminente du christianisme, dont l’ignorance du message conduit à une incompréhension de maints chefs-d’œuvre, dans la constitution de notre Histoire. Il est indéniable, aussi, que le « fait religieux » (notion floue) est au programme. Mais nous risquerons trois remarques. D’abord, il est indispensable de modérer la quantité de documents présentant le même corpus, surtout quand il s’agit de religion. Ensuite, l’enseignant doit choisir des textes contradictoires, à la portée des élèves, pour que ceux-ci se construisent une opinion personnelle. Enfin, l’enseignement d’une religion relève de la catéchèse, donc de la vie privée. Le professeur doit toujours garder une attitude neutre, distante. Pour pouvoir critiquer le prosélytisme de certaines obédiences, il faut être irréprochable.

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