La ville de Paris défigure le mémorial de la Déportation
À la pointe de l’île de la Cité, derrière Notre-Dame, il existe un lieu dédié au silence et au recueillement. Le bruit des quais, le passage des touristes et l’agitation de la capitale sont tenus à distance derrière une grille et une haute haie d’ifs. C’est précisément cet écrin protégeant le mémorial des martyrs de la Déportation que les travaux engagés par la ville de Paris, dans le cadre du réaménagement des abords de la cathédrale, sont en train de détruire, dénaturant ainsi un site mémoriel, classé monument historique depuis 2007.
Un jardin conçu comme le seuil du mémorial
Ce site parisien n’est pas un simple square. Avant d’être un jardin, cette pointe de l’île de la Cité accueillait la morgue de Paris, construite sous le Second Empire. Après son transfert en 1914, un square fut aménagé. C’est ensuite dans cet espace que Georges-Henri Pingusson conçut, à partir de 1954, le mémorial des martyrs de la Déportation. Le monument, voulu par l’association « Le Réseau du Souvenir », fut inauguré le 12 avril 1962 par le général de Gaulle. L’association, fondée en 1952 par d’anciens résistants et déportés, avait souhaité créer au cœur de la capitale un monument national consacré à la mémoire des déportés.
Pingusson n’avait pas choisi de placer le mémorial au cœur d’un espace ouvert. Il avait, au contraire, imaginé un parcours permettant au visiteur de progresser peu à peu vers la crypte où repose la dépouille du Déporté inconnu et où tout devait « évoquer le long calvaire d’usure, la volonté d’extermination et d’avilissement », selon l’architecte. Le jardin constitue ainsi la première étape d’un véritable parcours initiatique. Le visiteur franchit une grille, traverse un espace végétal protégé qui le coupe progressivement du tumulte du monde extérieur, avant de descendre vers le mémorial.
Des arbres qui participent eux aussi à la mémoire

@BirabenAnne
Ainsi, dans cet ensemble, la végétation n’est pas seulement décorative. La haie d’ifs constitue une vraie frontière entre la ville et le mémorial. C’est peut-être cette notion frontalière qui fait peur à la mairie de Paris. Les autres éléments de la flore, les mûriers, le saule pleureur et les massifs de fleurs, ont eux aussi été intégrés à cette composition. Des rosiers baptisé « Résurrection », plantés en 1975 par l’Amicale de Ravensbrück, rendent hommage aux femmes déportées et c’est la cohérence, la symbolique de tous ces éléments qui est aujourd’hui en danger. Dans le cadre du vaste réaménagement des abords de Notre-Dame, confié à l’équipe du paysagiste Bas Smets, la ville entend transformer 4,7 hectares autour de la cathédrale, avec notamment l’aménagement d’un vaste espace paysager reliant le chevet de Notre-Dame à la pointe de l’île. Ce projet fait disparaître une partie de cette frontière symbolique qui séparait jusqu’ici la ville du mémorial. La haie d’ifs, qui constituait précisément cette séparation, est aujourd’hui en cours d’abattage.
Lors des débats du Conseil de Paris, plusieurs élus avaient dénoncé la transformation des pelouses closes aux abords du mémorial en espace de promenade, voire en lieu de pique-nique. Une crainte qui n’a rien d’abstrait : certains visuels prévisionnels du projet montrent clairement des visiteurs allongés sur l’herbe du jardin attenant au mémorial, illustrant ainsi la banalisation redoutée de cet espace de recueillement. Anne Biraben, conseillère de Paris, s’insurge ainsi contre ce projet « qui minimise le mémorial des martyrs de la Déportation et défigure l’œuvre de Pingusson ».
Aurélien Véron, également conseiller de Paris pour les LR, a lui aussi dénoncé la disparition de la haie d’ifs, et notamment l’arrachage annoncé des rosiers liés à Ravensbrück. L’opposition ne vient d’ailleurs pas seulement d’élus. Dominique Dupré-Henry et Tangui Le Dantec, architectes et cofondateurs du collectif « Aux arbres citoyens », ont dénoncé, dans Le Figaro, un projet qui risque, selon eux, de banaliser l’usage du jardin et de rompre la cohérence de l’œuvre de Pingusson. L’association « SOS Paris » défend elle aussi depuis plusieurs années le maintien des jardins clos et de leur végétation, estimant que le square de l’Île-de-France constitue un « havre de paix intimement lié au mémorial ».
Préserver ce que Pingusson avait voulu
Il y a, enfin, une contradiction que le chantier rend particulièrement visible. La ville de Paris affirme vouloir végétaliser davantage les abords de Notre-Dame et renforcer leur qualité environnementale. Pourtant, la suppression d’une haie mature, à la fois élément paysager, refuge de biodiversité et composante du parcours mémoriel, interroge sur la véracité de cette ambition, d’autant que le projet prévoit également l’installation de… guérites.
La question de l’accès au mémorial fait également débat. Baptiste Gianeselli, spécialiste des questions patrimoniales, a notamment soutenu que l’entrée du jardin devait être considérée comme celle du mémorial, puisque le parcours mémoriel commence dès le franchissement de cette première enceinte. La ville conteste cette interprétation et considère, pour sa part, que l’entrée du mémorial correspond à celle de la crypte, une position qui arrange son projet. À l’origine, Pingusson avait précisément choisi de ne pas offrir au visiteur un espace spectaculaire, ouvert et animé. Il avait voulu lui faire franchir un seuil et lui faire comprendre que le silence n’est pas un simple effet recherché par l’architecture : il est une part du message du mémorial.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR



































41 commentaires
C’est une constante de la gauche, aimer le moche, le vilain et surtout le sans âme.
Et surtout faire table rase du passé.
Pourtant Melenchon n’aime pas le moche.
« Tout blanc, tout moche… » dit il
Et les dépenses inutiles et énormes
Bien vu Monsieur le maire de Paris. Les guérites, c’est un clin d’œil aux camps de concentration. Tant que vous y êtes, mettez des miradors, cela sera encore plus réaliste. Je n’ai pas de mots pour vous qualifier, enfin si j’en ai un mais ce serait grossier.
Verts dans l’âme, si jamais ils/elles en eurent un jour une, nos élu(e)s woke-bobo-gaucho ne craignent pas d’arracher des arbres classés pour y faire pousser de l’herbe !
C’est ça la logique de-gauche !
De plus, on pourrait aisément considérer cet irrespect pour de l’antisémitisme.
Ainsi, ce sera plus accessible pour nos artistes taggeurs…
Détruire le beau, telle est la vocation de la gauche et des écolos depuis toujours..
Je repense à Apathie qui voulait détruire Versailles… étonnant non?
Fallait pas élire ces dévoyés.
À Chatelet, des tentes de punks à chien au pied de la tour Saint Jacques, et un tel bazar de plots en béton sur les artères que même les agents de la RATP ne savent plus où s’arrêtent les bus.
Ça c’est Paris.
Ce n’est pas par hasard.
Encore de l’argent à gaspiller en projets inutiles, voire destructeurs?
Toujours dans le n’importe quoi, détruire ce qui est beau et utile c’est vraiment un passe temps chez eux
Je me souviens dans le 18ème, d’une glycine qu’ils avaient détruit, en plus devant le restaurant « des glycines », le propriétaire de l’établissement avait porté plainte, ces buses croyaient que la plante était morte alors qu’elle était en sommeil, non mais ces gens là n’y connaissent rien et détruisent tout
Je me demande vraiment ce qu’ils ont dans le ciboulot
7 millard de dettes la ville de Paris, que la « mère » hidalgo a laissés et on continue à faire des conneries, Les parisiens ont voté à nouveau pour cette gauche, et bien qu’ils assument.
Ils ont voté et grâce au stratagèmes de la gauche, il n’y aura pas de retour, le remplissage de la ville par des logements sociaux rend le processus irréversible.
Le paysagiste lui s’y retrouve… plus il abat et plus il replante… plus il est rémunéré….
La mairie de gauche je croyais devait végétaliser Paris, toutes les bassesses d’un GREGOIRE
Ils ne sont pas à une contradiction près
Il est dans la même ligne que madame j’ai mis Paris en faillite, a croire qu’elle ce cache sous le bureau ou dans un placard de Grégoire pour continuer a diriger Paris en cachette , Grégoire n’étant qu’une marionnette..
Ils sont bizarre ces écolos ils haïssent les arbres, les haies, la verdure
Après des centaines de millions « pour nettoyer la Seine », il leurs reste encore des millions pour détruire tout ce qui peut « avoir du sens » à Paris ! …
Le plus terrible, c’est que ces « parigots » vont migrer encore un peu plus en province ! … Vu ce que « devient PARIS » ! …
STOP à ces néo-ruraux qui après avoir détruit Paris se permettent de vouloir « régenter » AUSSI les paysages et les us et coutumes dans nos campagnes …
Pas très écolo d’arracher des arbres sains et de grande taille
C’est quoi les « écolos »?
Des irresponsables dans tous les domaines.