« Vierge Marie », de Tino Rossi (1941)

On en sait assez peu sur cet hymne du Corse roucouleur ; si ce n’est qu’il en aurait écrit les paroles : « Toi qui toujours dans mon enfance/Toi qui toujours m’as protégé/Sur ma douleur, sur ma souffrance/ […] Je mets en toi mon espérance/Ne m’abandonne pas/Reine des cieux. » Dans un semblable registre, Tino Rossi a repris L’Ave Maria de Schubert, avec un certain talent, voir un talent certain, pour qui apprécie le registre pâtissier collant à la fois aux dents et aux oreilles. Mais comme seule compte l’intention, respect et absolution.

« Je vous salue, Marie », de Georges Brassens (1953)

À l’origine, un poème de Francis Jammes, mis en musique par le célèbre moustachu à pipe, avec une mélodie déjà utilisée pour les vers de Louis Aragon, « Il n’y a pas d’amour heureux ». Étrange coïncidence que celle-là… Au final, une pépite dans le répertoire de ce mystique contrarié, même si parfois un brin anticlérical et plus tard réputé pour avoir défendu cette messe qui « nous emmerde sans le latin ». Qu’on en juge : « Par les gosses battus, par l’ivrogne qui rentre/Par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre/Et par l’humiliation de l’innocent châtié/Par la vierge vendue qu’on a déshabillée/Par le fils dont la mère a été insultée/Je vous salue, Marie. » Qui dirait mieux que Georges Brassens ? Personne, à notre humble connaissance.

« Let It Be », des Beatles (1970)

Est-ce prière vers l’au-delà ou ritournelle profane, concernant le vin d’ici, comme prétendait Francis Blanche ? Mais ces paroles, tout de même : « Quand je me trouve en temps de désarroi, mère Marie vient vers moi/Me dit des paroles de sagesse, ainsi soit-il/Et en temps de ténèbres, elle se tient en face de moi, ainsi soit-il. » Alors, chanson mariale or not chanson mariale ? Steve Turner, « beatlesologue » et auteur du savant Hard Day’s Write : « Cette chanson a pu être perçue comme religieuse par ses invocations à la Vierge Marie, alors qu’elle n’était qu’une prière adressée à Mary, la mère de Paul McCartney, morte alors qu’il n’avait que quatorze ans. » De son côté, le principal intéressé corrige, dans ses mémoires : « Les mots “Mother Mary” en font quasiment une chanson religieuse, alors on peut la prendre comme ça. Je n’ai rien contre. Je suis plutôt heureux que les gens s’en servent pour affirmer leur foi. » Si c’est Paulo qui le dit.

« Holy Mother », d’Eric Clapton (1986)

Eric Clapton, flamboyant guitariste anglais surnommé « God » par ses fans des sixties, est au fond du trou. En proie à la drogue et à l’alcool, Clapton apprend que Richard Manuel, musicien surdoué du Band et l’un de ses meilleurs amis, vient de se pendre ; et là, craque pour de vrai. Dans son autobiographie, il explique : « J’avais acheté deux packs de six bières, que je bus très vite, avant de plonger dans un abîme de désespoir. J’eus comme un moment de lucidité, où je vis la misère absolue de ma vie. Je commençais à écrire une chanson intitulée “Holy Mother”, dans laquelle je demandais de l’aide à une source divine, féminine, que je ne pouvais absolument identifier. » Et aujourd’hui ? « Aujourd’hui, j’adore toujours cette chanson parce que je sais qu’elle venait du plus profond de moi et que c’était un sincère appel au secours. » Lequel fut manifestement entendu, l’homme s’étant depuis réconcilié avec lui-même. Grâce à qui ? « God » seul le sait…

« Marie », de Johnny Hallyday (2002)

La musique ? Très belle, puisque signée de l’excellent Gérald de Palmas. Les images ? Poignantes, quand montrant un soldat s’apprêtant à partir au feu. Les paroles ? Énigmatiques : « Demain ce sera le grand jour/Il faudra faire preuve de bravoure/Pour monter au front, en première ligne/Oh Marie je t’en prie fais-moi un signe/Oh Marie si tu savais/Tout le mal que l’on m’a fait/Oh Marie j’attendrai qu’au ciel/Tu viennes me retrouver. » Inspiration mariale ? Nul ne le sait vraiment. Dans la chanson, la « Marie » en question est censée être sa fiancée, délicatement mise en images, recevant des lettres du front. Mais Johnny s’adresserait-il à une autre Marie ? Le doute subsiste, tant les paroles paraissent ambiguës. Mais ne doutons pas que l’homme au crucifix sous le Perfecto savait ce qu’il chantait. Alors, marial ou pas, l’ultime tube de notre Johnny national – 1.400.000 exemplaires vendus –, en fait un très plausible hymne à la Vierge Marie. Dans le doute, nihil obstat, comme on dit au Vatican…

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