Editoriaux - Société - 16 février 2019

La victoire de Christophe Guilluy

Les Français sont devenus d’incurables urbains.
Quand les études sociogéographiques ou sociodémographiques de Christophe Guilluy (lequel se trouve frappé de « malaria lepenia » ou « lepra zemourria » pour cause de « récupération » par la droite de la droite) sont confirmées par un institut de sondage tel IPSOS, cela donne des résultats finalement peu surprenants. Les Français semblent, en effet, préférer vivre dans des endroits moins densément peuplés que les métropoles mondialisées que sont devenues aujourd’hui des villes comme Paris, Lille, Marseille, Lyon Bordeaux ou Nice, mais restent fortement attachés aux villes.

À la question de savoir dans quels types d’endroits les Français interrogés déposeraient volontiers leurs valises, à 43 % ceux-ci jettent leur dévolu sur une ville moyenne, 35 % pour une commune rurale et 22 % seulement pour une grande ville. Ce choix pour les villes moyennes s’explique par le fait qu’elles réunissent les ingrédients de la qualité de vie jugés les plus importants par les sondés. Dans l’ordre apparaissent ainsi la tranquillité, la sécurité, la proximité de la nature, les transports et le cadre de vie qui sont les cinq éléments les plus recherchés par les Français dans une commune.

Le diable se nichant dans les détails, il est à souligner que parmi les facteurs structurels précités ayant trait à la qualité de vie – tranquillité, sécurité, cadre de vie – devance assez nettement les éléments de dynamisme et de services : l’offre de commerce apparaît seulement au 9ème rang des éléments les plus attendus, l’offre culturelle et de loisirs au 12ème rang et le dynamisme de l’emploi seulement à la 13ème place. Les Français ont dont parfaitement intégré l’impératif de mobilité.

Néanmoins, tout n’est pas rose dans ces villes moyennes où leurs résidants constatent une perte croissante d’attractivité. Ainsi, le devenir des centres-villes hante les habitants et alimente leur « angoisse du déclin ». 86 % des habitants de villes moyennes interrogés jugent que « dans les villes moyennes, les centres-villes sont en train de mourir ». À cela s’ajoute celui de n’être nullement représenté, entendu ou soutenu par le pouvoir central (24 %), quand les élus locaux coagulent, quant à eux, 43 % d’opinions favorables et tirent donc bien mieux leur épingle du jeu que Pôle Emploi (5 %). Or leurs élus intercommunaux de plus en plus puissants sont aussi de moins en moins proches. Et si les sondés jugent que les grandes métropoles et Paris sont les territoires qui bénéficient le plus de la politique de l’actuel gouvernement (43 % pour les métropoles et 37 % pour la capitale), parce qu’ils s’y rendent, néanmoins, massivement, soit pour y travailler, soit pour y consommer, bénéficient-ils indirectement, des politiques publiques.

L’étude intitulée Baromètre des Territoires Ipsos commandée par l’Association des Villes de France (présidée par le maire divers droite de Beauvais, Caroline Cayeux), révèle surtout que notre pays est considérablement fracturé jusqu’à faire apparaître de sérieux déséquilibres entre les « territoires » – pour sacrifier à l’insupportable novlangue des technocrates, relayée de manière tout aussi débilitante par les élus locaux. Car si le sondage semble minorer le phénomène des « Gilets jaunes », au point d’en conclure que lorsqu’on demande aux Français de noter leur propre situation sur une échelle allant de 1 à 10, ils donnent une note moyenne de 6/10 dans les villes moyennes, 6/10 également dans les zones rurales (note quasi similaire pour les habitants des grandes villes), il passe également sous silence le fait que 50 millions de personnes – plus des trois quarts de la population – habitent en ville (Insee, 2016), alors qu’il y a un siècle, plus de la moitié de la population résidait dans les campagnes. Un changement de paradigme sociologique qui a des effets anthropologiques.

Cette prégnance du phénomène urbain démontre donc que nos compatriotes sont complètement inadaptés au mode de vie rural, leur intérêt pour celui-ci dépassant rarement la zone douillette de leur confort petit-bourgeois, une grande majorité rêvant, comme Alphonse Allais, de « construire les villes à la campagne car l’air y est plus pur ! »

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