Il sera paradoxal, pour nos lecteurs, de lire du bien en ces colonnes de… Jacques Attali. Et pourtant, même si le porteur de serviette de François Mitterrand a parfois l’esprit exalté – plaider pour un gouvernement mondial dont Jérusalem serait la capitale n’étant pas une option tout à fait raisonnable –, il peut aussi lui arriver de redescendre sur Terre.

La preuve par ces confessions faites à 1 à propos d’une éventuelle victoire de Marine Le Pen en 2022, qu’il ne souhaite évidemment pas : « François Mitterrand, comme elle, a été candidat trois fois avant d’être élu. »

Au fait, quel était l’axe majeur de la campagne mitterrandienne de 1981 ? « La Force tranquille », sur fond de campagne et de clocher, fût-il amputé de sa croix. Soit de quoi rassurer la France traditionnelle, catholique comme laïque, et ne pas effrayer plus que ça des affaires, inquiet de l’arrivée de ministres communistes au pouvoir.

Et là où Jacques Attali, pour une fois, voit juste, c’est que Marine Le Pen est précisément en train d’adopter la même stratégie. Hier, le « péril rouge » ? Aujourd’hui, le « péril noir »… Dans les deux cas, et ce, à quelques décennies d’écart, il s’agit donc de rassurer l’électeur potentiel et l’abstentionniste qui pourraient bien faire la différence.

Voilà qui n’a pas échappé à L’Opinion, quotidien libéral, mais plutôt ouvert d’esprit, qui évoque la « campagne souriante » de Marine Le Pen : « La politique, ce n’est pas quelque chose de triste. J’en ai assez d’entendre parler des passions tristes des Français. Le peuple français n’est pas un peuple triste ! […] Encore faut-il confier les rênes à des gens qui soient capables d’impulser cet espoir… » Bref, « changer la vie », tel que préconisé jadis par le même… François Mitterrand.

Francesco Maselli, correspondant de ce même journal en Italie, remarque ainsi : « Ce refrain lui permet de stigmatiser l’adversaire et de dire que la haine est du côté de la gauche. » Pas tout à fait faux, sachant que la gauche a une fâcheuse tendance à haïr ses ennemis, tandis que la droite se contente, elle, de railler ceux qu’elle préfère nommer ses « adversaires » ; le distinguo n’est pas anodin.

Voilà qui doit être contagieux, la composante identitaire du Rassemblement national, pas toujours réputée pour son optimisme, se ralliant désormais à cette ligne. Philippe Vardon, par exemple, directeur de campagne de en région PACA : « On parle de demain, de ce qu’on veut apporter positivement. En face, ils agitent la . Nous, on veut juste changer la vie. » « Changer la vie » ? Tiens donc.

On remarquera que cette stratégie apaisée permet de viser deux cibles bien distinctes. La première consiste, bien sûr, à couper l’herbe sous le pied d’une extrême gauche énervée et qui, quoique confortablement installée dans la sphère médiatico-politique, sent bien que le sol est en train de se dérober sous ses pieds. La seconde, c’est la droite d’Éric Zemmour, celui qui se rêve en Jacques Bainville mâtiné de Léon Bloy, mais qui pourrait bien finir en Christiane Taubira si son équipée en solitaire à la présidentielle venait à empêcher Marine Le Pen d’accéder au second tour, en 2022.

Certes, l’homme est brillant. Mais ce n’est qu’un éditorialiste, qui peut se permettre de dire et d’écrire ce que bon lui semble en toute irresponsabilité électorale, quitte à se faire plaisir en attaquant un , réduit à un seul système politico-religieux – chimère à laquelle ne croient, d’ailleurs, que les islamistes frénétiques et les anti-musulmans radicaux.

Et Marine Le Pen de trancher la question : « Moi, je lutte contre l’ radical qui est une idéologie. Je ne lutte pas contre les musulmans. » Lesquels n’étant pas forcément les derniers à voter RN, pour des raisons de sécurité, de déferlante migratoire et de folies sociétales.

Voilà qui est plutôt malin ; et, surtout, responsable.

15 juin 2021

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