C’était en juin dernier, à l’époque du « Covid saison 1 ». Après trois mois de confinement, les enfants et leurs enseignants étaient présumés reprendre le chemin de l’école, le temps de se dire « au revoir et à la rentrée prochaine ».

Sous des prétextes aussi divers que fallacieux, ils sont nombreux à n’avoir pas jugé utile de faire ce petit retour. Les chiffres avancés alors faisaient froid dans le dos… car si des enseignants disaient avoir perdu un tiers de leurs élèves, des « décrocheurs » égayés dans la nature, le ministère, lui, déplorait la disparition de 4 à 5 % des enseignants du public, soit environ 40.000 profs ; des décrocheurs, eux aussi, disparus des radars.

Mais l’institution, bonne mère, n’a surtout pas voulu sanctionner ; en effet, si Jean-Michel Blanquer déclarait, le 10 juin, que « quelqu’un qui ne fait pas son travail est sanctionnable », il invitait, quelques jours plus tard, à ne « rien entreprendre » contre ces professeurs car « nous ne sommes pas dans une logique de sanction, mais dans une logique de dialogue sur ce qui s’est passé durant le confinement », disait-il. Tout juste a-t-on « demandé à l’encadrement d’avoir une vigilance plus stricte à l’avenir ». Ben oui, fallait pas se mettre les syndicats à dos.

Et l’on a, comme toujours, invoqué – pour les élèves et pour les enseignants « j’menfoutistes » – le manque de moyens. Ils n’étaient pas équipés. Trop difficile de se connecter, manque de maîtrise de l’outil informatique, etc. Alors, la région Île-de-France, poursuivant le « virage numérique » amorcé en 2019, a décidé de fournir dès cette rentrée des équipements numériques à tous les lycéens, toutes filières confondues.

Tous les lycéens entrant en seconde, en septembre dernier, dans un lycée public, et tous les lycéens des filières professionnelles des lycées publics et privés sous contrat ont donc reçu un ordinateur ou une tablette numérique… objets d’une nouvelle polémique.

C’est un jeune prof de physique qui l’a lancée sur Twitter. « S’il y a un truc qui m’énerve de bon matin, c’est bien le gâchis de ressources et d’argent public », dit-il, et de lister tout ce qui ne va pas, résumé ainsi :

34.000 ordi (sic) fabriqués en , à l’effigie de Pécresse [la présidente de la région, NDLR] ;

– pour des personnes qui n’en ont pas tous (sic) besoin ;

– aucun soft ne peut être installé ;

– aucune personnalisation ;

– des machines super lentes ;

180 M€ dépensés* ;

MAIS : « Tous les élèves de 2nde ont un ordi ! »

Les remarques techniques paraissent fondées, mais Arnaud Raoux se trompe lorsqu’il affirme : « Il s’agit d’une marque chinoise Unowhy, je pense inconnue en France. »

Unowhy est une entreprise française, leader sur le marché de l’e-éducation, qui réalise des tablettes tactiles spécialisées pour la cuisine (QOOQ) et l’éducation (SQOOL). Elles sont fabriquées dans l’usine Éolane à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire). On dira que cela, hélas, n’assure en rien la performance technique de l’objet, mais on ne peut accuser la présidente Pécresse d’avoir trahi la France…

La région se défend, bien sûr : « Il n’y a pas eu de signalement de ce type ni des familles, ni des enseignants (qui ont aussi été équipés en même temps que les lycéens par la région Île-de-France – c’est en principe à l’Éducation nationale de le faire). Bien au contraire, la région n’a jamais autant reçu de messages de satisfaction et de remerciement. »

L’enseignant Raoux, agrégé de physique, a sans nul doute pour son usage personnel des bécanes ultra-performantes. Il voudrait les mêmes pour ses élèves, trouve que les raisins de la région sont trop verts et bons pour des goujats… Et, ce faisant, sert la soupe à la gauche qui voudrait bien reprendre la région à aux prochaines régionales. CQFD.

* Le Huff parle de 18 millions d’euros et non 180 (NDLR).

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