Dans son petit livre Le Dialogue, sous-titré « Une passion pour la langue française », François Cheng s’émerveille que « l’écart immense entre une écriture idéographique, de type isolant, et une écriture phonétique, de type réflexif », lui ait permis, à lui, le déraciné, « de se ré enraciner dans un acte de nommer à neuf les choses ». Et d’évoquer l’apprentissage de la lecture de sa petite fille Clara. « Chaque fois que je la voyais, rapporte-t-il, je m’appliquais à lui répéter : Tu vois, B + A = BA, C + A = CA, L + A = LA, et on peut prononcer ton nom : CLARA. » À cela s’ajoutait, dit-il, la lecture des enseignes quand ils étaient en voiture qu’il lui faisait déchiffrer et épeler : “bou-lan-ge-rie et cor-don-nerie”. Un jour, l’enfant comprit. Une excitation extraordinaire s’empara d’elle : devant elle s’ouvrait, soudain, béant, l’univers des signes… d’une richesse sans fond. » De retour à la maison, l’enfant se précipita sur son livre de contes : elle lisait « péniblement et allègrement le conte qu’elle connaissait par cœur ». Pour François Cheng, « cette fulgurante révélation » fut une des émotions les plus mémorables de sa vie.

Apprendre notre langue n’est pas labourer la mer. C’est l’aimer. Le public d’écoliers, d’origines diverses, ne date pas d’aujourd’hui. Sauf que les professeurs, depuis des décennies, ont pris souvent prétexte - par démagogie ou lassitude - que l’enfant parlât espagnol ou arabe à la maison pour ne rien exiger d’eux en français. En même temps, « la culture » anglo-saxonne étendait son empire partout. En trente ans, l’école s’est effondrée : les idéologies, métissées, sont devenues le « wokisme », une arme de destruction massive.

Ce qu’il faut, pour redresser notre pays, c’est une volonté politique sans faille. La politique des petits pas mais des décisions concrètes. Jules Ferry eut-il la tâche facile, dans la France amputée de 1870, quand il prit la direction du ministère de l’Instruction publique ? Pendant que l’illettrisme fait rage, la Sorbonne colloque sur ce « wokisme » qui gangrène tous les domaines de notre vie, depuis notre langue jusqu’aux sciences dures. À cette idéologie mortifère, opposons une règle simple, sans état d'âme : « Refaire la patrie morale de la France. » Cela passe, à l’école, par la de notre langue. La tâche est immense.

À la mairie de Paris, une plaque, en lettres d’or, rend un hommage inclusif aux CONSEILLER.E.S DE PARIS. On fête Molière, cette année ? Profitons-en pour lire, également, Ubu roi. Usons, abusons des armes que sont le rire et la raison pour venir à bout du « wokisme » dans tous ses états. Et relisons le livre de Mona Ozouf, d’une lumineuse intelligence : Jules Ferry, la liberté et la tradition. Jules Ferry, l’homme le plus haï de la vie politique française. Jules Ferry, à qui rien n’était plus étranger que l’idée de la table rase. Jules Ferry, « le génial artisan de l’unité nationale par l’école ». Il est temps de s’inspirer de l'œuvre de ce législateur et ce penseur de la République « qui continue à tisser nos vies ».

18 janvier 2022

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