Editoriaux - Politique - 30 mai 2019

« La réalité, c’est quand on se cogne », disait leur cher de Gaulle

Au lendemain des européennes, la droite se réveille avec la gueule de bois. « La réalité, c’est quand on se cogne », disait leur cher de Gaulle. Force est de constater que le choc a été violent.

Depuis au moins Fillon, la droite semble empêtrée dans des histoires d’étoffes : elle se fait tailler de chers costumes en 2017, se prend une veste en 2019, s’apprête encore à la retourner et craint qu’un épais rideau ne marque la fin d’une tragi-comédie qui n’a, en effet, que trop duré.

Marc-Aurèle Bellamy n’aura pas été le Rastignac espéré mais un nouveau Lorenzaccio, pris au piège des Florentins qui l’auront instrumentalisé. Qu’il retourne à ses livres et à ses élèves, c’est là qu’il est utile. Et qu’il laisse, comme l’ont fait les électeurs, la survie des partis aux politiciens, c’est là qu’ils excellent.

Laissons Laurent Wauquiez s’accrocher, comme Don Salluste dans La Folie des grandeurs, émouvant de sincérité quand il avoue : « Qu’est-ce que je vais devenir ? Je suis ministre, je ne sais rien faire ! »

Laissons Gérard Larcher réunir quelques notables âgés, rebâtir la droite sous les ors du Sénat et la confirmer dans ce qu’ils en ont fait : un parti d’élus.

Laissons Bruno Retailleau faire tomber les lunettes qui font trop intellectuel à la télévision et répéter, prenant la pose, que le retour de la droite ne saurait être une affaire de nouveau visage, mais bien de reconquête par les idées.

Laissons Guillaume Peltier, achevant son voyage de la droite à la gauche, vouloir, tant qu’il en est encore temps, incarner la jeune génération et réclamer, tel un nouveau Mitterrand, plus de révolution, plus de laïcité, plus de droite plurielle et de congrès d’Épinay.

Laissons-les tous ne pas voir que la droite est là, bien là, qu’elle n’a pas disparu, mais qu’elle a fait ses choix et que ceux qu’ils proposent ne sauraient en être un. La haute droite, celle qui pense, qui voyage, qui habite les beaux quartiers et qui a des économies, a rejoint le progrès en marche d’Emmanuel Macron. Celle d’en bas, des provinces, des banlieues, des gilets jaunes, des valeurs qui protègent, des pauvres qui n’ont que la patrie, a rejoint le Rassemblement national ou la défiance complète.

La droite n’est rien d’autre que cet “archipel français” si bien décrit par Jérôme Fourquet. Une nébuleuse éclatée, en perte de repères, qui titube sans boussole. Et dans un archipel, on recherche la terre ferme, pas les sables mouvants ni les marais centristes, encore moins les mares aux crocodiles, fussent-ils édentés.

Que cette dite droite, qui ne parle de famille que pour parler de « famille politique », lave son linge sale dans ce cadre restreint. Leur famille n’est, après tout, pas si nombreuse. Cela tombe bien : ils n’aiment pas ça.

Qu’elle s’applique aussi les principes auxquels elle croit et qu’elle souhaite pour les autres : le suicide assisté, le refus de l’acharnement thérapeutique, l’arrêt des soins. Il y a de bons docteurs pour tout cela.

Nous pourrons alors, enfin, quant à nous, nous occuper de la France. Une France dont la crise n’est pas que politique, mais aussi sociologique, et même anthropologique. « Nous autres civilisations, nous nous savons mortelles », prévenait Paul Valéry. La France en est là. « La maison brûle, et nous regardons ailleurs », aurait pu dire Chirac, leur regretté maître, s’il avait été un jour de droite et président de la République.

Voulons-nous, comme nation, comme héritage et comme projet, encore survivre ? Voilà le seul et ultime enjeu.

La politique est devenue, comme le reste, un marché. Chacun y cherche à maximiser son profit sur ce qu’ils appellent un segment. Soyons de ceux qui se préoccupent, dans le champ politique, du bien commun. Sans exclusive. De l’écologie à l’économie ; du travail à la solidarité ; des racines au rayonnement ; des protections aux nobles ambitions.

Passons à l’offensive. Boxons à la française. Le segment est à prendre, et il a de l’avenir.
Il commence par les élections municipales, celles où l’on prend son destin en main.

Ce sont les minorités créatives et agissantes qui font l’Histoire. En avant !

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