La Laiterie de la Reine retrouve son mobilier après deux siècles d’absence
Au cœur du domaine national de Rambouillet, dissimulée dans l’écrin verdoyant du parc aménagé au XVIIIe siècle, se trouve la Laiterie de la Reine, un lieu à la fois discret et fascinant. Offerte à Marie-Antoinette par Louis XVI en 1787, cette fabrique néoclassique aux allures de temple antique ressurgit aujourd’hui dans l’actualité patrimoniale de notre pays. En effet, depuis juin 2025, grâce à un dépôt exceptionnel du château de Versailles, l’ensemble du mobilier originel, dessiné par Hubert Robert et exécuté par le célèbre menuisier Georges Jacob, a retrouvé sa place au sein de l’édifice. Cette restitution unique redonne ainsi vie à l’atmosphère intime et raffinée que connut la reine de France.
Un temple du lait
Souhaitant attirer son épouse à Rambouillet, qu’elle surnomme « la crapaudière », Louis XVI ordonne dans le plus grand des secrets la construction d’un nouvel édifice rappelant à Marie-Antoinette son cher Trianon. Il confie alors la réalisation d’une laiterie d’agrément aux meilleurs artistes du moment : l’architecte Jacques Jean Thévenin, le peintre Hubert Robert et le sculpteur Pierre Julien.
Construite en grès blanc avec un décor inspiré de l’Antiquité, la laiterie prend la forme d’un temple classique divisé en deux salles principales. La première est une rotonde de dégustation éclairée par une lumière zénithale, décorée de caissons sculptés et de médaillons représentant des scènes agricoles. La seconde salle, dite de fraîcheur, comprend une splendide grotte artificielle abritant les sculptures de la naïade Amalthée et de la chèvre de Jupiter. Cette dernière avait, selon la mythologie grecque, servi de nourrice au roi de l’Olympe lorsqu’il se cachait, étant enfant, de son terrible père Saturne.
Le site est aussi doté d’une vaisselle entièrement dédiée à sa fonction de dégustation de produits laitiers. La manufacture de Sèvres réalisa ainsi un service de 108 pièces composé de tasses, de gobelets et de soucoupes. Parmi ces objets, l’un d’entre eux est des plus particuliers : le « bol-sein », une coupe prenant la forme d’une poitrine de femme soutenue par un trépied à têtes de béliers. Selon une légende tenace, elle serait un moulage du sein même de la reine Marie-Antoinette.
Cette laiterie, avec son décor, reflète ainsi à la perfection l’idéal pastoral qu’aimait tant la reine de France. Elle ne s’y rendit pourtant qu’une seule fois, lors de son inauguration le 26 juin 1787. En effet, la Révolution l’éloignera à jamais de ce lieu enchanté, qui sombrera dans un long sommeil.
Retour du mobilier après deux siècles d’absence
Conçu en 1787 par le menuisier Georges Jacob selon les dessins d’Hubert Robert, l’ensemble du mobilier se composait de dix chaises, quatre fauteuils, six tabourets, une grande table et quatre guéridons en acajou, de style néo-étrusque. Ces meubles, sans garniture textile, sont ornés de croisillons, de frises de palmettes, de feuilles de myrte et de têtes de béliers, évoquant également l’univers pastoral de la laiterie.
Après la chute de la monarchie, la laiterie perdit non seulement son mobilier mais aussi ses sculptures, qui furent dispersées ou vendues. Fort heureusement, malgré la tempête révolutionnaire, la structure de l’édifice fut préservée. Devenu empereur, Napoléon ordonna une restauration en 1807, modifiant néanmoins certains éléments intérieurs et remettant le bâtiment en usage pendant l’Empire.
Inscrite aux Monuments historiques en 1977 puis classée en 2010 avec le domaine de Rambouillet, la laiterie fit l’objet d’une restauration complète en 2007, qui permit de restituer son décor néoclassique. Il ne manquait plus que le mobilier. Disséminé après la Révolution, ce dernier fut en grande partie intégré aux collections du château de Versailles. Jusqu’en 2021, seule une partie fut prêtée dans le cadre de l’exposition « Vivre à l’Antique, de Marie-Antoinette à Napoléon Ier ». Cependant, ce n’est qu’en juin 2025 qu’un événement patrimonial majeur s’est produit : l’intégralité du mobilier historique a été transférée de Versailles à Rambouillet, dans le cadre d’un dépôt exceptionnel du Centre des monuments nationaux. Grâce à des recherches scientifiques approfondies et une reconstitution rigoureuse, le mobilier a été replacé dans sa configuration d’origine, selon les dispositions imaginées en 1787.
La nouvelle installation du mobilier en 2025 parachève ainsi la renaissance de la Laiterie de la Reine, offrant au public et aux Français une expérience historique rare dans l’intimité de la reine Marie-Antoinette.
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6 commentaires
Avec ceux qui traînent en France, tout cela sera bientôt vandalisé.
ce n’est pas ce que j’aai lu sous la plume de Ferrand
le mobilier de Marie-antoinette aurait été totalement détruit à la révoiution et c’est le mobilier de Joséphine (je crois) qui a été mis dans le pavillon
« » Offerte à Marie-Antoinette par Louis XVI en 1787″ » … avec le pognon des Nicolas de l’époque. Qui crevaient de faim ! M.A a été une catastrophe; cette pimprenelle écervelée dépensait « sans compter » des fortunes en déco, bijoux, mobilier, jeux d’argent, aménagements divers et variés, Robes, coiffures extravagantes ( les fameux poufs!). Elle a fait importer le coton ( à grand frais) ce qui ruina l’industrie de la soie française…Et l’incapable L.XVI laissait faire. Mais n’était pas en reste non plus pour « cramer » la caisse en excentricités dispendieuses et en opérations militaires inachevées et perdues ! Necker n’y pût rien. Il aurait fallu Bruno Lemaire peut-être.
La dernière phrase est un peu étrange. Cette laiterie semble avoir peu de rapport avec l’ « intimité » de la reine puisqu’elle n’ y a été qu’ une seule fois , le jour de l’inauguration.
Jusqu’à quand ?
Pour une surprise c’est une surprise, les gouvernants (le gouvernant, en fait) de l’époque était tout aussi déconnecté de la vie du peuple que ceux d’aujourd’hui. Les caisses étaient vides (en partie à cause de la guerre d’indépendance américaine), la majorité du peuple vivait dans la misère et Louis XVI pour des raisons de commodité dépensait des sommes folles dans des oeuvres d’art pour faire une surprise à son épouse. On se demande vraiment pourquoi il y a eu la révolution 2 ans plus tard.