La Justice ferait-elle peur ? C’est un acteur, Albert Dupontel, qui avoue sa crainte d’être un jour confronté à l’institution judiciaire, à l’erreur judiciaire ou à l’injustice. Si son propos est peu argumenté et, à vrai dire, sans intérêt majeur, il s’appuie sur un sondage ancien (2006) selon lequel 65 % des Français seraient dans le même cas que lui. Ce chiffre est révélateur d’un profond malaise que les avocats perçoivent quotidiennement.

De quoi parlons-nous ? D’une perception de la Justice par des citoyens dont la plupart ne connaissent que deux aspects : la Justice familiale (qui concerne tous ceux qui divorcent ou se séparent) et la Justice pénale. La première est effectivement effrayante en raison de la charge émotionnelle intense liée aux situations qu’elle tranche. Un divorce, une bataille au sujet des enfants sont des expériences douloureuses, faites de ressentiment, de colère, d’intérêts financiers et surtout d’échanges pas très reluisants à coups d’attestations, de reproches, le tout couronné par une plaidoirie souvent très agressive.

La Justice pénale fait également peur. Non que nos concitoyens craignent de se retrouver sur les bancs du tribunal pour un sale délit dont ils déplorent la multiplication dans leur vie quotidienne. Mais personne n’est à l’abri d’une comparution pour une affaire de circulation routière, du simple excès de vitesse au dramatique homicide involontaire, et, dans ce cas, les peines sont perçues comme lourdes et le juge comme le bras armé du trésorier des amendes.

Mais il ne s’agit pas que de cela. Ces dernières années ont mis en évidence le risque, pour tous, de se trouver impliqué dans une affaire sordide de mœurs, le plus souvent à tort, sur dénonciation calomnieuse ou à cause d’un travail judiciaire bâclé. L’affaire d’Outreau en est l’exemple le plus connu, certes. Mais plus près de nous, l’accusation d’agression sexuelle contre un père qu’on veut couper de ses enfants est une ignominie que certaines femmes n’hésitent plus à commettre, au risque de dommages irréparables.

On conçoit que les Français, qui connaissent la lenteur des procédures et le risque d’attendre des mois pour être innocentés, craignent l’institution.

Au-delà de ces exemples trop communs, si la Justice fait peur aux Français, c’est pour d’autres raisons. D’abord sa complexité. Le droit est un domaine compliqué qui, comme toutes les spécialités, utilise un vocabulaire précis et incompréhensible au commun des mortels. D’où le sentiment d’être « hors jeu » et entre les mains de gens dont le seul objectif semble être d’égarer pour mieux les manipuler. Un peu de pédagogie suffit généralement à régler le problème.

Ensuite, la Justice passe pour être aveugle et pour condamner sans états d’âme. Elle prononce des condamnations à payer des sommes importantes, au terme d’une procédure interminable, et ses jugements sont désormais exécutoires immédiatement, même si le justiciable mécontent décide de faire appel. Mais, surtout, elle juge selon le droit et non selon l’équité. Lorsqu’un chef d’entreprise, qui s’est porté caution des emprunts souscrits par sa société, se retrouve condamné à payer des dizaines de milliers d’euros à la banque, alors que son entreprise est en faillite et qu’il n’a pas d’indemnité de chômage, chacun peut penser que c’est injuste, inéquitable. Mais c’est légal. C’est-à-dire que le juge applique le droit, qui dit qu’un engagement doit être exécuté, même s’il sait que cet homme sera poursuivi, des années durant et que sa maison sera vendue aux enchères.

Cette situation est quotidienne. Elle est inéluctable. Et parfois inhumaine.

Oui, la Justice peut effrayer nos concitoyens. Parce qu’ils ne la connaissent pas, ne la comprennent pas, et que ses acteurs ne font pas les efforts nécessaires pour la rendre plus accessible.

22 octobre 2020

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