« Smart city », citoyenneté augmentée, autant de termes haut de gamme qui font florès et attaquent à bas bruit les procédures démocratiques en rendant le vote inutile. Censés favoriser une plus grande grâce aux nouvelles technologies, ces concepts veulent remplacer le citoyen par le geek.

La « smart city » doit mettre la ville en partage au bénéfice de ses habitants. ou Beauvais s’approprient le concept qui permettrait une émancipation de la population. Ainsi, grâce aux smartphones et aux capteurs, chacun aurait la possibilité de dialoguer numériquement avec la municipalité. Cette numérisation de l’espace urbain par une multiplication des capteurs et de caméras d’abord tentée à Toronto s’est soldée par un échec. Mais à l’heure d’aujourd’hui, les villes relancent l’idée, notamment autour de la sécurité : algorithmes de reconnaissance faciale, prédictive, vidéosurveillance couplée à l’intelligence artificielle.

Sollicitées dans la production numérique de la urbaine, les populations, pourtant mises devant le fait accompli, ne se posent guère de questions et participent allègrement. La population entière peut être envisagée comme capteurs, grâce aux smartphones. Elle est également utilisée pour tester les algorithmes.

La ville de Suresnes a accepté que « XXII » une start-up locale, analyse les comportements sur la voie publique des habitants pour développer des algorithmes de « détection de comportements suspects ». Idem pour la RATP avec le Lab’IA, créé à la station de métro Châtelet. Quelques clics pour dénoncer autrui, géolocaliser un dépôt sauvage ou une voiture mal garée permettent de se fliquer mutuellement avec efficacité.

À cet assujettissement consenti des citoyens sous couvert du discours civique et sécuritaire s’ajoute la mise à l’écart des procédures traditionnelles de représentation. Avec les conseils de quartier dans les villes de plus de 80.000 habitants, la politique de la ville, toujours soucieuse de l’implication des habitants, en a été pionnière. L’action publique multiplie aujourd’hui les dispositifs qui évacuent les élus traditionnellement habilités à décider dans le cadre de la démocratie représentative pour leur substituer des groupes de discussion. L’arrogance des 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat, constituée en octobre 2019, qui ne comportait aucun élu mais a néanmoins exigé d’imposer ses propositions, en est un bon exemple.

Nul doute qu’à terme, ces groupes évoluent en réseaux numériques dans des débats distanciés prétendument mieux adaptés à la « société en réseau ». Selon les arguments avancés, ces consultations permettraient des solutions nouvelles opposées aux logiques technocratiques, élargiraient les mentalités pour atteindre une coexistence culturelle pacifiée et favoriserait le respect de tous les acteurs.

En fait, s’appuyer sur les réseaux pour brouiller le jeu des acteurs est une occasion pour légitimer des projets sans jamais poser la question de leur pertinence. En détournant les associations de leur vocation initiale de contestation, en multipliant les acteurs et les forums et au motif de la prétendue démocratisation par la grâce du numérique, il en résulte un bruit de fond contradictoire facilitant, pour les décideurs politico-administratifs, le maintien au pouvoir et, finalement, faire ce qu’ils veulent.

Mais il est difficile de gagner sur tous les tableaux : d’abord, cette stratégie renforce le clivage entre urbains connectés et mondialisés et ruraux toujours à la remorque du numérique. Mais elle évacue également la nécessité d’aller voter. Pourquoi s’embêter quand on peut tout faire depuis un smartphone ? Le réseau social et la cooptation numérique se substituent à la légitimité des représentants du peuple et du suffrage universel. On pétitionne déjà en un clic, on votera en deux. Du moins pour ceux qui penseront encore que voter peut servir à quelque chose. Les simples sondages ou la création de groupes aux représentants sélectionnés par algorithmes devraient pouvoir s’y substituer. C’est l’avenir.

2 juillet 2021

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