L’histoire des peuples a souvent été le fait d’accords signés de guingois, sachant qu’il vaut mieux parfois un mauvais texte qu’une bonne guerre. Avec la Charte des principes, signée entre autorités musulmanes et , nous n’en sommes pas loin.

Certes, il ne s’agit que d’un accord a minima, mais devant lequel nos ministres des Cultes avaient jusque-là échoué, toutes tendances républicaines confondues. Il est donc à mettre au crédit de l’actuel résident de l’Élysée d’avoir tranché le nœud gordien.

Ainsi, Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (), l’avocat Chems-Eddine Hafiz, recteur de la grande mosquée de Paris et Ibrahim Alci, de la mosquée franco-turque de Roubaix, ont-ils enfin accordé leurs violons après avoir sûrement dû tordre le bras des Musulmans de France, ancienne UOIF toujours liée aux Frères musulmans, de leurs homologues plus traditionalistes de Foi et pratique, ex-Tabligh, historiquement liés aux Turcs et aux Pakistanais, sans oublier une autre confrérie, Millî Görüş, elle aussi liée à Ankara.

D’où la signature d’un texte commun et arraché de haute lutte, ce 17 janvier dernier. Hormis la très attendue « compatibilité de la foi musulmane avec les principes de la République, dont la laïcité, et l’attachement des musulmans de France à leur citoyenneté pleine et entière », cette charte « réaffirme le principe d’égale dignité humaine dont découle l’égalité femme-homme, la liberté de conscience, de religion, l’attachement à la raison et au libre arbitre, le rejet de toutes les formes de discrimination et de la haine de l’Autre ». Plus important, cette phrase consistant à rejeter « l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques ainsi que l’ingérence des États dans l’exercice du culte musulman ».

Le Figaro de ce 18 janvier rappelle ainsi : « Les 2.400 lieux de culte musulmans en France sont accompagnés par 1.800 imams environ, dont 20 % seulement seraient français. » De son côté, Emmanuel Macron avait promis de renvoyer en leurs pénates respectives les 300 imams étrangers « détachés par la Turquie, le Maroc et l’ ». Nous sommes sûrement loin du compte ; mais au moins est-ce un début. On notera, de plus, que le président turc Erdoğan a précisément choisi ce jour pour écrire à son homologue français ; pour lui souhaiter ses bons vœux, mais aussi lui faire part – enfin ! – de ses condoléances quant au terrorisme islamiste ayant frappé la France ces mois derniers. Et peut-être aussi – et sûrement – de faire redescendre la pression entre nos deux pays.

Plus important peut-être, le CFCM affirme encore « le rejet de certaines pratiques coutumières prétendument musulmanes ». Il est un fait que l’excision, pas plus que le certificat de virginité, ne font partie des obligations coraniques. Sans oublier ce fichu voile qui relève plus du culturel que du cultuel : dans le monde méditerranéen d’alors, les femmes étaient toutes voilées, hormis les esclaves qui se promenaient tête nues et dont le premier geste, dès lors qu’elles se trouvaient affranchies, consistait à se couvrir la tête. Le Coran est d’ailleurs formel sur la question, l’unique sourate concernant le voile féminin ne consistant qu’à ordonner aux « femmes des croyants » de recouvrir leur poitrine.

D’aucuns objecteront que l’islam est un « tout » et que les musulmans ignorent la distinction entre public et religieux. Mais si tel était le cas, jamais la Turquie ne commercerait avec la , quitte à oublier les musulmans ouighours, pas plus que l’Arabie saoudite ne câlinerait Israël, passant ainsi en pertes et profits la mosquée de Jérusalem, l’un des premiers lieux saints de l’islam. Comme quoi tout n’est jamais aussi simple.

Marine Le Pen ne paraît pas penser différemment, estimant, sur BFM TV, ce dimanche dernier : « Je ne vais pas faire la fine bouche. Moi, tout ce qui va dans le sens de l’investissement d’un certain nombre de responsables religieux dans le respect de la loi de la République, ça me paraît positif. »

Sans être forcément naïf, voilà qui vaut toujours mieux que le contraire.

18 janvier 2021

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