À l’occasion des 70 ans de règne de la reine Élisabeth, Kate et William sont partis en tournée dans une partie du Commonwealth : Bélize, Jamaïque et Bahamas étaient au menu de la semaine dernière. L’objectif était de resserrer les liens entre la Couronne britannique et cette organisation internationale qui réunit sous son égide les anciennes colonies britanniques devenues indépendantes et dont 38 membres sur 54 n’ont plus la reine comme chef d’État – ce sont donc des républiques ou des monarchies indépendantes –, et ce, même si la reine reste le chef du Commonwealth.

Après la Barbade, devenue une république en décembre 2021, et après les accusations de racisme émanant de la très  woke Meghan Markle, en mars 2021, au cours de l’émission d’Oprah Winfrey, la monarchie britannique traverse, dans ses relations avec certains pays du Commonwealth, une phase pour le moins délicate.

Ainsi, en arrivant au Bélize, le 19 mars dernier, Kate et William ont dû précipitamment modifier leur programme : ils devaient se rendre dans le village d’Indian Creek, sur les contreforts mayas, visiter une ferme de cacao. Las ! Des manifestations anticoloniales ainsi que le refus du peuple indigène Q'eqchi' Maya que l’hélicoptère princier se pose « sur leurs terres » a eu raison de cette étape. Le palais, de son côté, a fait profil bas et trouvé une autre solution, « pour présenter l'esprit d'entreprise de la famille Maya dans l'industrie du cacao » (Paris Match) .

L’étape suivante, à la Jamaïque, a également connu ce genre de séquence. Selon RFI, des manifestations ornées de pancartes « Excusez-vous » fleurissaient sur le passage du couple princier, tandis qu’une lettre ouverte signée de notables locaux réclamait une attitude de repentance pour le passé colonial de la famille royale britannique. La fraîcheur du couple n’a pas permis d’enrayer la vague décoloniale qui déferle aux quatre coins du monde. Lors d’une réception à Kingston, le Premier ministre Andrew Holness a exprimé le souhait de voir son pays « être un pays indépendant, pleinement développé et prospère ». Il a ainsi entériné la « volonté du peuple jamaïcain » de devenir une république. Exit la reine comme chef d’État, même si cette attribution n’était qu’honorifique.

Face à une telle contestation, ouverte, le prince William a déclaré : « Je tiens à exprimer ma profonde tristesse. L'esclavage était odieux et cela n'aurait jamais dû arriver […] Alors que la douleur est encore profonde, la Jamaïque continue de forger son futur avec résolution et courage. La force et la détermination des Jamaïcains, représentés sur votre drapeau et dans votre devise, célèbrent un esprit invincible », concluant : « Je suis tout à fait d'accord avec mon père […] qui a déclaré à la Barbade, l'an dernier, que l'épouvantable atrocité de l'esclavage entache à jamais notre Histoire » (Figaro Madame). Une repentance explicable par sa volonté de « déminer » le terrain, mais on notera qu’il n’y a pas trace d’une déclaration solennelle de culpabilité qui, outre qu’elle serait inappropriée et stupide – car pourquoi vouloir toujours demander pardon pour des faits historiques vieux de plusieurs siècles, la culpabilité étant toujours personnelle et non collective, et sûrement pas rétroactive –, ouvrirait la voie à des dédommagements, fortement réclamés par tous les artisans décoloniaux.

Aux Bahamas, même genre de séquence : selon Le HuffPost, « une organisation réclamait qu’à l’occasion de la visite de Kate et William sur place ce jeudi, le couple ainsi que le gouvernement britannique reconnaissent que “leur économie a été bâtie sur le dos de nos ancêtres, et que par conséquent, ils doivent payer aujourd’hui” ».

Et c’est aux Bahamas que le prince William a semblé réaliser la fin de l’ère coloniale de la monarchie britannique. S’exprimant lors d’une réception à Nassau, il a esquissé un bilan de cette tournée : « Ce qui m'importe, ce n'est pas de savoir qui le Commonwealth choisira pour diriger sa famille à l'avenir » mais « le potentiel de la famille du Commonwealth à créer un avenir meilleur pour les peuples qui la composent, et notre engagement à servir et soutenir du mieux que nous pouvons » (CNews).

Certes, le voyage caribéen a eu aussi son lot de séquences joyeuses, glamour, people. Mais cette tendance historique qui se dessine est-elle uniquement la conséquence d’une idéologie planétaire, où tout ce qui ressort d’un passé occidental glorieux, épique, où se mêlent gestes héroïques et crapuleux, doit être effacé, vilipendé, honni, voué aux gémonies ?

Si la monarchie britannique avait été en tous points sobre et exemplaire, le duc et la duchesse de Cambridge auraient-ils eu à subir ce désamour, dont ils ne sont pas les responsables mais de malheureux destinataires ?

28 mars 2022

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