Au lendemain de la Journée mondiale de l’ commémorant la création de l’Organisation de l’Union africaine, le 25 mai 1963, que souhaiter à ce continent qui peine à se développer ? Les raisons de s’impatienter sont nombreuses et pressantes sont celles de construire un avenir plus radieux pour, et par, des populations privées de soins médicaux et sociaux, d’éducation et de formation, de perspectives d’émancipation. Plutôt que la Journée mondiale de l’Afrique, on y vit quotidiennement des « journées africaines de la mondialisation », moins heureuses qu’attendu.

Seule une dizaine de pays ont fait une fête nationale de ce non-événement local. Mis à part quelques événements culturels organisés sur la scène numérique, peu de monde s’est senti concerné. Ainsi, une page a été vite tournée dans l’éphéméride onusien, calendrier liturgique mondialiste saturé de journées éphémères qui ne changent rien à la situation.

Le thème officiel de cette journée, « Faire taire les armes : créer les conditions propices au développement de l’Afrique », en dit long sur les priorités perçues par les investisseurs étrangers. La prolifération incontrôlée d’armes reste un facteur de déstabilisation politique. Mais des armes plus silencieuses et nocives de mauvaise gouvernance empêchent un climat d’affaires favorable, principal frein au développement, à ne pas confondre avec « progrès » ni avec « émergence », slogan politique à la mode au contenu indéfini et à l’horizon fuyant.

L’ONU avait défini, en 2000, huit « objectifs du millénaire pour le développement » (OMD). Couvrant tous les champs de l’activité humaine, décomposés en vingt cibles mesurées par soixante indicateurs statistiques, ils étaient censés fournir des points de repère chiffrés. Leur principal défaut a été de miser excessivement sur une approche descendante (top down) présumée vertueuse dans des environnements publics qui ne le sont pas, sans réels conditionnalités ni contrôles.

En 2015, les OMD ont été remplacés par des « objectifs de développement durable » (ODD) selon une méthode plus participative, en posant à un million de personnes cette unique question : « Parmi ces priorités, lesquelles sont les plus importantes pour vous et votre famille ? » Elle s’est révélée aussi inefficace pour les mêmes raisons, auxquelles s’ajoutent une prise en compte insuffisante du facteur humain et une bureaucratie paralysante. Les principaux bénéficiaires sont les innombrables consultants internationaux rémunérés à prix d’or pour établir des rapports inapplicables, faute de matière première informationnelle fiable et de contextualisation.

Car une des clés du succès des programmes de développement repose sur une approche montante (bottom up) contextualisée (par démêlage socioculturel) et relocalisée en impliquant les populations locales. C’est ce que fait avec succès, par exemple, l’ONG ivoirienne Audace Institut Afrique dans le domaine de la prévention et de la gestion des litiges fonciers, dans un pays où moins de 1 % des terres rurales sont enregistrées. En collaboration étroite avec les communautés villageoises, les chefferies traditionnelles, royales et coutumières, sous la supervision des autorités administratives.

Hors cette approche locale, l’amélioration des conditions de vie des populations africaines ressemble à une quadrature du cercle, équation insoluble de développement qualitatif. Comme les quatre sommets d’un carré, les quatre principales parties prenantes que sont la communauté internationale, les pouvoir publics, le secteur privé et la société civile peuvent difficilement être tenus à équidistance autour d’un cercle de centre commun.

Plutôt que l’image égalisatrice de la sphère, on retiendra comme modèle valorisant « le polyèdre, qui reflète la confluence de tous les éléments partiels qui, en lui, conservent leur originalité [et] cherchent à recueillir le meilleur de chacun. Y entrent les pauvres avec leur culture, leurs projets, et leurs propres potentialités. » C’est un principe universel de paix sociale que recommande le pape François dans l’encyclique La Joie de l’Évangile. Autrement dit, un modèle d’organisation où chacun fait sa part et reste à sa place à une distance variable, au service ultime des plus nécessiteux qui sont au centre.

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