Agriculture - Editoriaux - Société - 28 janvier 2020

Josette, nourrie, élevée et morte à la ferme

Josette Burguière était un « personnage » à Rodelle. Chacun pouvait la croiser sur son tracteur, s’occupant seule de ses bêtes et des quelque 50 hectares de terres qu’elle cultivait encore. Tous les siens étaient morts, enterrés à quelques pas, au petit cimetière du village situé au nord de Rodez, au bord du causse de Lanhac et en contre-bas duquel coule le Dourdou.

Le travail gouvernait son existence et les saisons rythmaient sa vie. Elle était absolument libre. Sans se poser de questions, elle perpétuait à son tour ce que ses prédécesseurs avaient entrepris depuis toujours. Au pays du Roquefort, dans la belle campagne aveyronnaise, elle cultivait la terre et nourrissait un cheptel de bovins et d’ovins. Mais les temps étaient durs et les vaches maigres.

À la campagne, on se contente de peu, mais Josette n’y arrivait plus.Tristement, en cette fin janvier 2020, Josette a été retrouvée morte d’épuisement dans sa ferme, seule, au pied de son lit. Cette fin a ému les voisins et les habitants de Rodelle. Trop tard.

Car au-delà d’un drame de la solitude, fréquent dans notre monde postmoderne, la mort de Josette est emblématique de la fin d’une époque. Celle d’un modèle qui n’aura bientôt plus cours. Josette travaillait, ne réclamait rien, ne polluait pas et produisait le plus naturellement du monde. Sans le savoir, elle était le remède à beaucoup de nos maux. Plus écolo que les écolos, pas consumériste pour deux sous, ne gonflant les chiffres ni du chômage, ni des usagers de la route, elle n’était responsable en rien du moindre centime des 2.200 milliards de la dette française.

Ils sont encore nombreux dans son cas. Des plaines du Nord aux coteaux du Languedoc et du Massif armoricain aux ballons des Vosges, bien des petits agriculteurs tentent aujourd’hui encore de survivre dans le dénuement et l’indigence, aux extrémités des chemins de nos campagnes. Avec un lopin de terre et quelques animaux, loin des médias et des grands axes, ces besogneux discrets et souvent isolés demeurent invisibles pour nos contemporains.

L’homme moderne a oublié depuis longtemps d’où il venait. Il ignore qui le nourrit et ne s’interroge pas à la vue des paysages si bien ratissés, si harmonieusement entretenus, qu’il admire depuis le hublot de son avion.

Depuis longtemps, tous ont cédé aux sirènes de l’argent des marchands de biens.

Depuis longtemps, la représentation politique du monde rural a été minorée.

Depuis longtemps, la ville s’est développée sans se soucier de l’extérieur.

Depuis longtemps les habitants des villes ont pris le pouvoir.

Depuis longtemps Josette était morte.

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