Editoriaux - International - 19 novembre 2019

Israël, plus seul que jamais ?

En Orient, le temps prend le sien et ce qui, un jour, semble immuable ne l’est plus forcément demain. Dans un remarquable portrait, récemment consacré à Henry Kissinger par Le Journal du dimanche, ce Talleyrand américain confessait deux inquiétudes.

La première consistait à ce que les USA finissent par lâcher Israël, comme naguère le Vietnam. La seconde à ce que ces mêmes USA ne parviennent pas à s’entendre avec l’Iran, la seule puissance véritablement stable en cette région du monde. Dans un entretien plus ancien encore, accordé au défunt mensuel Le Spectacle du monde, le même Henry Kissinger affirmait que l’approvisionnement énergétique des mêmes USA conditionnait toute leur politique étrangère. Cela expliquant probablement ceci.

Ainsi, le gaz de schiste est passé par là et, depuis quelques années, d’importateur, l’Amérique du Nord est devenue exportateur en la matière fossile. Ce qui, par effet mécanique, ne pouvait que redéfinir cette politique étrangère. En ce sens, Donald Trump n’invente rien, se contentant de mettre ses pas dans ceux de ses prédécesseurs, plus ou moins illustres, mais n’en finissant plus de se désengager du monde oriental pour repositionner leurs pions dans l’aire asiatique, concurrence chinoise à venir oblige.

Bref, l’Arabie saoudite perd de son intérêt stratégique, tandis que la sauvegarde d’Israël, entité politique au moins tout aussi artificielle, n’est plus tout à fait en tête de l’ordre du jour de la Maison-Blanche. Le reproche fait à Tel Aviv ? Son incapacité, structurelle ou conjoncturelle, à conclure une paix durable avec le peuple palestinien. Blocage que le site franco-israélien i24news résume de la sorte : « Cette situation décourage vraiment les Américains. Cela suscite chez eux de la frustration, de l’étonnement et de la colère. »

Certes, Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale de l’État hébreu et ne voit pas en quoi la politique de spoliation et de colonisation d’enclaves palestiniennes en leurs terres ancestrales pourrait être contraire au droit international. Mais cela n’est finalement qu’os à ronger, puisque n’entérinant qu’une illégalité politique depuis longtemps avalisée, de manière plus ou moins forcée, par les instances internationales.

Si les Américains peuvent se montrer pragmatiques, les Israéliens ne sauraient être en reste. Eux aussi ont lu Henry Kissinger et savent bien que, géopolitique pétrolière oblige, le parrain de Washington ne sera pas forcément là pour les protéger jusqu’à la fin des temps. N’ignorent pas que leur alliance tactique avec Riyad n’est fondée que sur du sable même avec de l’or noir en dessous. Et savent plus que tout que leur enclave occidentale en terre orientale ne pourra éternellement survivre sans alliés locaux.

Il y a évidemment la Turquie, mais dont la politique et actuellement illisible. Et l’Iran, évidemment, dont la montée en puissance n’en finit plus de l’inquiéter, mais dont les instances sont assez stables pour que, un jour, conclure une alliance durable avec Téhéran puisse faire figure d’honorable sortie de piste.

C’est d’autant plus vrai que la boîte de Pandore de l’islamisme de combat, imprudemment ouverte lors de la guerre d’Afghanistan, ayant permis de remettre à l’honneur un djihad militaire, tombé depuis belle lurette en désuétude théologique, avec formation militaire américaine, financement saoudien et caution religieuse égyptienne, a depuis causé les ravages qu’on sait.

Résultat ? Israël qui, des années durant, a cajolé le Hamas islamiste contre l’OLP laïque est aujourd’hui obligé de conclure, dans la bande de Gaza, une discrète alliance avec cet épigone des Frères musulmans, sachant que les soldats perdus de l’État islamique font désormais figure de péril autrement plus préoccupant.

D’où, encore, cette main tendue de Tel Aviv à Moscou ou Pékin, afin de ne pas devoir sa seule survie au parapluie militaire américain dont l’efficacité a été cruellement mise à mal lors de la récente attaque des terminaux pétroliers saoudiens par des drones plus ou moins téléguidés par Téhéran.

Pour résumer, on dira qu’Israël, pourtant très entouré en ses actuelles frontières, n’a jamais été aussi seul qu’aujourd’hui. Plus de soixante-dix ans après sa création, cette utopie eschatologique doit désormais faire face aux réalités. Celles de l’histoire ; laquelle raisonne à un terme autrement plus long.

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