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Editoriaux - Musique - 16 février 2020

Interdire les opéras de Rameau ! La nouvelle offensive des « dindes galantes »…

C’est le site forumopera.com, le magazine en ligne du monde lyrique, qui nous fait part de cette initiative enfin propre à nettoyer l’univers culturel de toutes les scories racistes qui y traînent. Une mission salutaire, assurément, et qui ne pourra s’achever qu’avec la suppression totale des œuvres du passé. Rassurez-vous, lecteurs, c’est en bonne voie !

Après Eschyle, après Mary Poppins (eh oui, le passé peut être aussi récent !), après le retrait des écoles des livres de Mark Twain (Les Aventures de Huckleberry Finn contenaient des injures racistes), après… après… la liste est longue… voici donc un thésard en musicologie de la Columbia University qui veut interdire les opéras de Rameau.

Callum John Blackmore – c’est son nom – a visionné, à New York, la captation vidéo de la dernière production des Indes galantes, de Jean-Philippe Rameau, à l’Opéra de Paris, en 2017. La mise en scène de Clément Cogitore lui a bien plu, qui présente le ballet des Sauvages avec des jeunes à capuche, des danseurs de Krump, sur une chorégraphie de Bintou Dembélé, Grichka et Brahim Rachiki. Parfait, très comme il faut, bien loin de ces mises en scène grotesques qu’on nous servait encore voilà dix ans, offrant au spectateur une vision odieuse et dégradante des peuples opprimés.

Bien mais pas suffisant, dit Callum John Blackmore, il faut aller plus loin car « tous les opéras de Rameau – qui comptaient parmi les divertissements les plus coûteux d’Europe – reposaient sur la richesse produite grâce aux forces jumelles de l’esclavage et du colonialisme ». Le mot de « colonialisme » me paraît bien audacieux pour le XVIIIe siècle, mais les bons sentiments n’ont que faire de l’Histoire.

Qu’on se le dise à la suite de Callum John Blackmore, Jean-Philippe Rameau, cette figure rayonnante du classicisme qui ravit nos oreilles, était un salaud de la pire espèce : « Bien que Les Indes galantes soit le plus ouvertement colonial par son sujet, c’est toute l’œuvre de Rameau qui est saturée des vestiges de cette histoire horrible. Loin de transcender les atrocités de l’intrigue, la partition de Rameau est tout aussi complice de l’histoire du colonialisme français que le livret de Fuzelier […] Il vaut donc mieux laisser Les Indes galantes dans les poubelles de l’Histoire que de jouer cet opéra sans reconnaître le mal qu’il a aidé à soutenir. »

Suffisance des crétins, bêtise des incultes sans histoire pour qui n’existe que le présent, ravages mortifères du politiquement correct, cette histoire dit tout des maux qui nous rongent et, trop souvent, nous viennent d’outre-Atlantique.

Comme l’écrit Laurent Bury, « que les États-Unis se passent donc de Rameau, à l’heure où l’Europe entière découvre enfin le génie du Dijonnais, comme en témoignent les productions qui se multiplient ici et là. Entre le printemps et la fin de l’été, on verra Castor et Pollux à Munich et à Varsovie, Hippolyte et Aricie à Mannheim, Pygmalion à Trêves, Platée à Dresde et à… Indianola, Mississippi ! »

Nommé en 1745 par Louis XV « compositeur de la chambre du roi », théoricien de « l’opéra à la française », Rameau mourut à quatre-vingts ans passés, en 1764, pendant les répétitions des Boréades, son dernier opéra.

En 1908, Claude Debussy écrivait, dans Le Figaro : « Écoutons le cœur de Rameau, jamais voix plus française ne s’est fait entendre… »

Trop subtil pour l’Amérique de Trump…

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