Une étude de Libération affirme que « Eurostat épingle la France pour avoir tronqué des statistiques » sur le nombre de demandeurs d’asile. La direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique reproche à la France de ne pas comptabiliser, dans les données qu’elle transmet, les demandeurs d’asile sous procédure de Dublin, c’est-à-dire ceux qui requièrent l’asile auprès d’un pays européen après être entrés dans l’Union européenne par le biais d’un autre. Chaque mois, plusieurs milliers de demandeurs seraient donc « oubliés ».

Cette omission est contraire aux directives d’Eurostat, mais les autorités françaises expliquent que le problème se pose depuis 2009. Selon la Direction générale des étrangers en France (DGEF), « la France avait fait le choix il y a plusieurs années de transmettre les données OFPRA [qui n’incluent pas les « dublinés », comme on les appelle] car les éléments de recueil des données en préfecture […] ne permettaient pas de répondre à l’ensemble des critères d’Eurostat ». C’est fou comme les autorités françaises ont tendance à reporter sur leurs prédécesseurs la responsabilité des dysfonctionnements. En fait, le problème est connu depuis dix ans mais n’a toujours pas été résolu !

Aucun risque de sanction, cependant. Eurostat semble se contenter des engagements français : « La France nous a indiqué qu’elle travaillait sur le sujet et qu’elle serait en mesure de corriger ce problème au milieu de l’année en cours. […] Il n’est pas nécessaire d’imposer de sanctions », sauf « si la France ne respecte pas le calendrier indiqué ». Corriger en quelques mois ce qui n’a pu l’être en dix ans, on peut toujours rêver ! Pour Libération, cette anomalie confirme « l’état déplorable de l’appareil statistique français » mais « reflète aussi la vision française selon laquelle les “dublinés” ne sont pas des demandeurs d’asile ».

Gardons-nous de tout procès d’intention, mais force est de constater que, si cet oubli n’est pas volontaire, il révèle une certaine incompétence des autorités françaises qui pourrait bien les arranger. Notons que le ministère de l’Intérieur vient de révéler que le nombre de demandes d’asile enregistrées par l’OFPRA en 2019 s’élevait à 132.614 requêtes, soit une hausse de 7,3 % : un progrès puisque, l’an dernier, la demande avait crû de 20 % ! Avec ou sans les « dublinés » ? Il s’étonne, cependant, de l’afflux des migrants albanais et géorgiens, alors que leurs pays s’origine sont considérés comme sûrs. Ne doutons pas qu’il cherche à en connaître les causes !

On apprend aussi qu’en 2019, 23.746 étrangers en situation irrégulière auraient été éloignés, soit 19 % de plus qu’en 2018. Cocorico ! Mais, comme le précise le journal L’Opinion, « ce chiffre […] ne dit rien de l’efficacité globale. L’Intérieur ne publie, pour l’heure, ni le nombre total de mesures prononcées, ni le taux d’exécution. »

Il est vrai qu’à l’approche des élections municipales, le gouvernement a tout intérêt à mettre l’accent sur les chiffres qui lui sont favorables. Le président de la République n’avait-il pas déclaré, dans un entretien à Valeurs actuelles : « Mon objectif, c’est de sortir tous les gens qui n’ont rien à faire là » ? Apparemment, il a encore beaucoup de travail sur la planche…

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