Il y a quinze ans… DSK

« Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. »
AFP PHOTO / ED JONES (Photo by Ed JONES / AFP)
AFP PHOTO / ED JONES (Photo by Ed JONES / AFP)

Il y a quinze ans, jour pour jour, Dominique Strauss-Kahn apparaissait le visage fermé, les mains dans le dos menottées, encadré par deux policiers new-yorkais. Quelques heures auparavant, le tout-puissant directeur général du Fonds monétaire international avait été extrait de l’avion qui devait le reconduire, fissa, en France. L’affaire DSK- Nafissatou Diallo, autrement appelée l’affaire du Sofitel de New York, commençait en même temps que la carrière politique de l’ancien ministre s’achevait. La gauche était accablée, la France consternée, les cartes de la présidentielle de 2012 redistribuées. On ne va pas refaire toute l’histoire, qui s’acheva finalement le 12 décembre 2012 par une transaction financière entre les deux parties après qu'elle avait été validée par un juge.

Ni crime, ni délit

Entre la photo de la honte et la clôture judiciaire de l'affaire, le 18 septembre 2011, Dominique Strauss-Kahn était venu confesser, durant la grand-messe du JT vespéral, alors célébrée par Claire Chazal, « une relation inappropriée, une faute, vis-à-vis de [s]a femme et de [s]es enfants, de [s]es amis. Mais aussi vis-à-vis des Français. » Et DSK d'avouer que cette « relation inappropriée » « n'était pas un rapport tarifé, c'était une faute morale ». Intéressant, cette notion de « faute morale ». On connaît le mot que Chateaubriand attribua à Fouché après avoir appris l’exécution du duc d’Enghien, le 21 mars 1804 : « C’est pire qu’un crime, c’est une faute. » Mais il est vraisemblable que pour DSK, la faute morale était « moins pire » qu’un crime. Du reste, crime il n’y avait pas eu, ni délit. La preuve, expliqua l’ancienne coqueluche de la gauche dite moderne et réformiste : « Le rapport du procureur dit quoi ? Ce ne sont pas mes avocats qui le disent, ce n'est pas moi. Il dit que Naffisatou Diallo a menti sur tout, elle a menti sur les faits, elle a présenté tellement de versions différentes que je ne peux plus en croire un mot, elle a menti à chaque entretien. » Intéressant, aussi, ce bout de phrase « que je ne peux plus en croire un mot ». Comme si DSK avait été, non pas l’un des protagonistes du drame de cette chambre 2806 du Sofitel new-yorkais, mais un procureur, un juge ou encore un avocat devant se faire une opinion avec les déclarations contradictoires des deux parties...

La confession d’un enfant du siècle de Mai 68

Dominique Strauss-Kahn poussa la confession jusqu’à avouer : « Je n'en suis pas fier et je la [la faute morale] regrette, et je crois que je n'ai pas fini de la regretter. » Puis les fidèles du JT de Claire Chazal furent invités à croire que DSK avait « du respect pour les femmes », des fois qu'ils auraient eu des doutes sur le sujet. Il reconnut même qu’il comprenait « leur réaction », que « cela ait choqué ». Là aussi, quand on y pense, ce bout de phrase est très intéressant : qu’est-ce qui aurait donc pu choquer les femmes (et les hommes, par la même occasion), sauf celles (et ceux) attachées à une morale bourgeoise, étriquée et, finalement, d'un autre âge ? Puisque, d’une part, Mme Diallo n’avait pas été agressée physiquement ou sexuellement par l’ancien ministre et, d’autre part, qu’il n’y avait pas eu de « rapport tarifé »... On en déduit en toute logique, si l’on en croit DSK, qu’il avait eu une relation, certes « inappropriée » - mais du reste, que veut dire cet adjectif « inappropriée », par rapport à quoi ? -, mais consentante avec cette femme de chambre. Presque quinze après cette confession d’un enfant du siècle de Mai 68, on reste un peu perplexe.

Mais il y a quinze ans, tout juste, on en n'était pas encore au confessionnal douillet de Claire Chazal et l'atmosphère était plus glaciale. La France avait honte. On imagine qu'un certain François Hollande, passé ce moment de honte, fut envahi par bien d'autres sentiments... Et l'on ne peut s'empêcher, sans esprit mal tourné, de penser à la phrase de Pascal : « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la Terre aurait changé. »

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

52 commentaires

  1. Il y a eu DSK, il y a eu Epstein, et aujourd’hui on a Bruel… Décidément le pouvoir et l’argent les rendent fous…

  2. Quand l’instinct écrase l’intelligence et quand en plus on gêne ses petits copains, la suite semble couler de source digne d’un roman de hall de gare.

  3. Évidemment, DSK fut pris dans un piège, car il était trop gênant pour l’élection présidentielle. Président, aujourd’hui, la France ne serait pas dans cette situation.

    • DSK est l’instigateur des 35 heures.Lui président,il n’aurait rien changé.C’est dans l’adn de la gauche de claquer le pognon qu’elle n’a pas en se drapant dans ses grandes idées d’humanisme et d’universalité.

  4. Les choses semblent s’arranger dans notre pays et oui… Entre les affres voilà quinze ans déjà d’un socialisme libertaire désigné par nos médias futur dirigeant, un autre en poste livrant aux aurores les croissants, chevauchant son scooter après sa maîtresse, un autre encore plus ancien celui là entretenant sa fille et sa maîtresse aux frais du contribuable français, la petite gifle reçue récemment par notre bienveillant président à la sortie d’un avion pour, semble-t-il, quelques SMS échangés, paraît tellement dérisoire !

  5. Pardonnez-moi, mais votre analyse de l’affaire DSK est par trop cléopâtrienne et ne remet pas exactement le nez au milieu de la figure. Ce nez est un peu court et plus « camus » que l’on croit. Ma foi, Pascal en aurait pâti et Chateaubriand, friand de femmes, serait resté sur sa faim. Je n’ai pas bien entendu toutes les pièces du dossier, surtout celles, occultes, qui ont conduit à la mise à l’écart de DSK. J’en détiens seulement une, de vive voix et de vive force, une amie proche qui a entretenu, camarade socialiste, une relation avec lui lors de ces visites d’appartement chères au parti, où il se faisait entendre en foyer électif conquis à sa cause. Je sais au moins cela d’elle, non en gros mais en détail. Sur le reste, tout est putatif. Naffisatou savait, elle, le goût de ce client et ses versions ont été le reflet de soN adaptation juridique à sa fin commandée. Vous rapportez les paroles de DSK sur les femmes, mais elles sont sincères : le respect dû aux femmes n’est pas celui de l’oreiller, surtout quand elles tiennent à lui. Ne tirez pas la couverture de la petite morale bourgeoise. Il s’agit d’autre chose, de cette haute politique, conduite de main de maître qui arrive à ses fins. Et mieux que Pascal ou Chateaubriand, je citerais ce propos de ce jésuite : « Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge. »

    • Vous êtes donc l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours ? On comprends que vous vous sentiez investi du secret des dieux…

  6. Au risque de ne pas faire l’unanimité, je persiste à penser que ce n’était pas un coup monté.
    Sans faire offense au physique de cette femme, il avait, je crois les moyens de s’offrir une call girl d’un autre genre et si coup monté il y a eu, le choix de cette femme était pour le moins étrange, et cela entache plus ce personnage pour son manque d’intelligence à ne pas avoir senti le piège.
    Que Nafissatou Diallo est profité de cette affaire pour se faire indemnisé de cette relation « inappropriée «  est certainement une possibilité.

  7. Je suis curieux de savoir si Anne Sinclair lui a collé une baffe …
    Toute relation avec une autre actualité n’est pas fortuite…
    Ah ces « don

    juan »…

  8. DSK a été bien piégé à cause de ses travers. Je me demande aujourd’hui comment serait la France s’il avait été président. Car en dehors de ses frasques il avait la tête sur les épaules. On a quand même échappé au fait que sa femme de l’époque aurait été « première dame ».

    • la tête sur les épaules c’est à voir, il est à l’origine des 35 h, il y a beaucoup de gens qui bénéficient d’un préjugé favorable alors qu’ils ne le méritent pas, on voir cela partout en politique, dans les affaires… quelques relations, du bouche à oreille et c’est quelquefois suffisant pour se forger une sérieuse réputation, j’en connais un on l’appelait le Mozart de la finance.

    • WAHOU ! … DSK avec la tête sur les épaules ! ? …
      Avec l’argent des autres, il était « doué » ! … Passez votre carte bancaire à votre député pendant que vous y êtes ! …
      C’est aberrant de dire « on a quand même échappé au fait que sa femme de l’époque aurait été première dame » ! …
      Pas étonnant que cette caste de médiatico-polytocarde se croit TOUT permis ! …

    • C’est certain, il avait la tête sur les épaules, bien en place, mais sous la ceinture il semble que c’était beaucoup plus chaotique et que les choses ne restaient pas toujours à leur place, particulièrement avec Dodo la saumure. Quant à dire qu’il aurait été un bon président, il reste avant tout un excellent socialiste, non merci.

    • Il s’est vautré dans toutes les affaires qu’il a essayé de mener… Un socialiste finalement, mais encore plus prétentieux que les autres…

  9. Je crois que Mitterand disait de lui qu’il était un jouisseur sans avenir. En tout cas Anne Sinclair, qui se voyait déjà en Première Dame, est tombée de haut elle aussi.

  10. C’est aussi c** que ce ministre se masturbant en se filmant pour une video envoyé à sa maîtresse ( qui avait plusieurs amants). Aurait on vu un De Gaulle, un Pompidou, un Barre, un Mauroy, agir de la sorte ? Quel désastre ? C’est sans doute parce que nous confions nos comptes publics à ce type de profil que nous en sommes arrivés là où nous en sommes… Pauvres France, Belle France, quand reviendras-tu?

    • Tout fout le camp, mon pauvre monsieur ! Ces dernières années, ils ne se sont pas battus pour l’honneur de la France et l’avenir de son peuple, contrairement à leurs vénérables prédécesseurs dont vous citez quelques noms. Il semble bien que ce n’étaient que de vulgaires jouisseurs compulsifs égocentriques et arrivistes.

  11. Il y avait pourtant bien eu des alertes sur le personnage, comme le témoignage de la journaliste Tristane Banon qui avait subi une agression sexuelle de la part de ce triste sire, et les plaintes répétées de femmes travaillant au FMI dont il était le boss, qui dénonçaient le harcèlement qu’elles avaient subi. Son tort aura été de s’être cru intouchable et au-dessus des lois. La France a échappé à un prédateur sexuel au sommet de l’Etat. Tant mieux.

    • Il y en a eu d’autres avant lui …et après. C’est comme pour Fillon dans un autre domaine : quand on veut éliminer quelqu’un, on fait ce qu’il faut

  12.  » La gauche était accablée, la France consternée, les cartes de la présidentielle de 2012 redistribuées » …

    Je ne crois pas n seul instant que « ce comportement était surprenant » ! …
    il faut « juste » arrêter de prendre les gueux pour des canards sauvages ou pour des lapins de 3 semaines ! …
    Ce gars avait sûrement « déplus » à quelques cadors et ils ont décidé de lui tendre un piège bien orchestré ! … Ils ont peut-être même acheter le scooter élyséen le même jour ! …

  13. On ne m’ôtera pas de l’idée que c’était un « coup monté »
    Je ne dis pas que l’homme est innocent, mais qu’ « on » a profité de son défaut…
    L’analogie avec Fillon, que je n’absous pas non plus, est aussi frappante…

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