Editoriaux - Histoire - International - 3 novembre 2019

Il y a 30 ans, la chute du mur de Berlin (2/5)

4 novembre à Berlin-Est, « Chacun peut enfin dire ce qu'il pense »

Auteur de Le Mur de Berlin, histoire et chute, Marc Geoffroy revient, pour Boulevard Voltaire, sur les jours qui précipitèrent l’effondrement du mur.

Le 4 novembre, sur Alexanderplatz, la principale esplanade de Berlin-Est, un demi-million de personnes écoutent, pendant trois heures, une quinzaine d’orateurs dont des membres de Neues Forum et de Demokratischer Aufbruch, les deux grands groupes d’opposition, des écrivains, des artistes mais aussi des communistes réformateurs. Günter Schabowski, membre du bureau politique du SED, le Parti communiste de RDA, que nous retrouverons au premier plan le 9 novembre, est présent ainsi que Markus Wolf, ancien chef du contre-espionnage. On dit qu’il est l’un des hommes de Mikhaïl Gorbatchev à Berlin-Est. Chacun s’exprime librement et aucune arrestation n’est à déplorer. Les membres du SED implorent leurs concitoyens de laisser une chance au « jeune » Egon Krenz (52 ans) qui a succédé à Erich Honecker deux semaines plus tôt. Le nouveau dirigeant est-allemand propose « plus de démocratie pour plus de socialisme ». Mais les Berlinois se souviennent de Krenz qui, chargé des questions de sécurité intérieure et des cadres du parti aux côtés d’Honecker, passait pour un dur. Après le massacre de la place Tiananmen à Pékin, les 3 et 4 juin 1989, il félicitait ses camarades chinois sur la manière dont la répression avait été menée, notamment en ouvrant le feu sur des opposants désarmés (entre 300 et 3.000 morts). Lors des rassemblements secouant la RDA les dernières semaines, les manifestants exhibaient sa caricature le montrant enveloppé sous un capuchon comme le loup du Petit Chaperon rouge avec, en légende, « Oh, grand-mère, comme tu as de grandes dents ». Mais en cet automne 1989, Krenz est acculé. L’État communiste est en faillite, ruiné par ses dépenses militaires et sécuritaires grevées par le coût exorbitant du mur de Berlin et la surveillance de ses citoyens. Il doit sa survie temporaire aux généreux subsides de sa cousine ouest-allemande.

Le lendemain de la manifestation monstre, les dirigeants est-allemands rendent public le projet de loi autorisant jusqu’à 30 jours de voyage à l’étranger par an mais en maintenant le droit de refus des autorités. Cette solution est immédiatement rejetée par l’opinion. Face à cette protestation, la Chambre du peuple désavoue le projet de loi. Une première dans son histoire.

Le 8, Egon Grenz, de retour de Moscou, convoque une réunion spéciale du Comité central. Il démissionne ses ministres et profite de l’occasion pour réformer le Politburo en cooptant de nouvelles têtes. Hans Modrow, soixante et un ans, considéré comme un réformateur, remplace Willi Stoph à la tête du gouvernement. La veille, Erich Mielke, le puissant patron de la Stasi, a ordonné la destruction des documents sensibles.

A suivre.

À lire aussi

Il y a 30 ans, la chute du mur de Berlin (4/5)

Le vendredi 10, le ciel est bleu et le soleil radieux sur Berlin. L’Union soviétique n’a p…