Le 25 mars 1821, les Grecs, qui souffraient sous la dictature musulmane du calife ottoman, se révoltèrent contre leurs occupants. Ainsi s’ouvrait l’une des révolutions populaires les plus romanesques du XIXe siècle commençant.
Après avoir souffert pendant presque 400 ans sous le joug ottoman, les élites grecques, par le biais de diverses alliances ou sociétés secrètes, décidèrent de profiter de l’affaiblissement du califat pour reconquérir leur indépendance. Rapidement, des bandes , notamment dans le Péloponnèse, remportent les premières victoires. Les petites îles de la péninsule reconquièrent leur indépendance. Les forteresses ottomanes commencent à tomber, notamment Lépante, symbole de la chrétienté triomphante lors de la célèbre bataille navale éponyme.
La riposte turque est d’abord aveuglément sauvage : le patriarche de Constantinople, Grégoire V, est pendu début avril, et son corps exposé plusieurs jours. Par la suite, l’armée ottomane organise la reconquête, notamment sous la forme d’expéditions punitives. En 1822, l’île de Chios est ravagée par les Turcs, qui tuent plusieurs dizaines de milliers de personnes et vendent les survivants en . On peut lire, à ce sujet, le poème L’Enfant, de . La situation émeut d’ailleurs les écrivains romantiques occidentaux qui, sous le nom de Philhellènes, s’engagent pour défendre, les armes à la main, le berceau de la culture européenne.
Pendant ce temps, les grandes puissances tergiversent. La , qui voit dans la Grèce l’occasion historique de réaliser son vieux rêve géopolitique (un débouché russe sur une mer chaude), soutient discrètement les insurgés. Certains potentats locaux du régime ottoman prennent également fait et cause pour l’indépendance grecque. Parmi eux, on trouve Ali Pacha de Janina, dont les lecteurs du Comte de Monte-Cristo se souviennent peut-être : en effet, sa fin romancée est racontée dans l’ouvrage, où il est censé être le père d’Haydée, fiancée du héros, et avoir été victime de la trahison de Fernand Mondego, dit le comte de Morcerf, l’un des antagonistes.
Tandis que les Turcs, à force de barbarie, reprennent le dessus, l’Occident finit par engager son armée. Les Philhellènes, souvent poètes, qui mettent leur peau au bout de leurs idées se sacrifient : Lord Byron mourra pour la Grèce. On est, à l’époque, loin de posant en héros en Bosnie, tapi derrière un muret.
En 1824, tandis que le conflit s’enlise, l’Égypte vient au secours de la , par le jeu classique des solidarités confessionnelles. La puissante alliance est tout près de défaire la révolte grecque, déchirée par des dissensions internes. Il faut attendre 1827 pour qu’une expédition navale franco-anglo-russe défasse la flotte turco-égyptienne. Deux ans plus tard, en 1829, l’arrivée conjointe d’une expédition française et de troupes russes consacre la reprise de l’avantage par le camp chrétien.
Enfin, en 1830, la conférence de Londres entérine l’indépendance de la Grèce, qui gardera un lien privilégié avec ses sauveurs.
C’était il y a deux cents ans. La , amie fidèle, a rendu à la Grèce. Le président de la a été interviewé en Grèce par Nikos Aliagas (excusez du peu !) et une tapisserie des Gobelins a été prêtée au Parlement grec.
Ce n’est peut-être pas grand-chose, mais n’oublions pas, en tous les cas, ce que nous devons au monde grec, ce que nous avons modestement essayé de lui rendre il y a deux siècles, et la proximité que nous devons garder avec la Grèce. Comme l’, ce pays jadis si grand est aujourd’hui aux prises avec une nouvelle invasion, migratoire cette fois. Les îles qui virent errer Ulysse sur la mer scintillante sont aujourd’hui des camps insalubres. On ne sait pas qui devra aider qui lors de la prochaine. Restons en contact.

29 mars 2021

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