Editoriaux - International - 13 août 2019

Hong Kong : et maintenant le spectre de Tian’anmen ?

Le blocage total de l’aéroport de Hong Kong, lundi, par des milliers de manifestants, après la grève générale fortement suivie du 5 août, a marqué un tournant dans la « contestation » de la population (ne faudrait-il pas parler de « peuple », vu l’ampleur et la nature du mouvement ?) de Hong Kong contre les pouvoirs chinois et pro-chinois de l’île.

Jusqu’à présent, la pression de Pékin sur les autorités était relativement discrète. Avec le recul de Carrie Lam sur la loi d’extradition, Pékin pensait pouvoir désamorcer la crise. Las. La révolte est plus profonde, et si Pékin organise un black-out total des événements sur son territoire, ils prennent, justement avec les images transmises par les voyageurs depuis l’aéroport, une dimension planétaire. On y voit des manifestants tout de noir vêtus – c’est le gilet jaune de là-bas – afficher des Post-it™ avec des slogans en faveur de la liberté, des photos des victimes des violences policières, des éborgnés témoigner, on les y entend chanter. L’aéroport, vitrine et porte d’entrée internationale de Hong Kong, est devenu un lieu symbolique de l’affrontement. Ce mardi, tous les vols y étaient à nouveau annulés. Symbole de l’ouverture mondiale, il pourrait aussi matérialiser la mise au pas de l’île rebelle.

Le pouvoir n’aime pas du tout la tournure prise par la révolte. Désormais, une ligne dure semble se dessiner. Pékin a exigé la liste des pilotes grévistes et leur a interdit l’accès au territoire chinois. Les manifestations sont qualifiées de « germes de terrorisme ». Et les médias pro-chinois ont diffusé des images impressionnantes d’entraînements des forces de police, sous la conduite de l’armée, à Shenzhen, la grande ville chinoise qui fait face à Hong Kong. Pékin a aussi demandé à la police de l’île d’assurer une répression plus sévère alors que les violences policières soudent la population contre le pouvoir. Les symboles de ce durcissement sont ces « camions Mercedes flambant neufs équipés de puissants canons à eau – installés par une entreprise française », comme le relève l’envoyé spécial du Monde.

Alors, contrairement à ce que les analystes nous disaient jusqu’à présent, un écrasement de la contestation est-il possible ? Vu la passivité de l’Occident face à la répression sanglante de la révolte de Tian’anmen, il y a trente ans, on ne voit pas pourquoi le géant chinois, ivre de sa puissance, ne l’envisagerait pas. La question est posée et ouvre sur une avalanche d’inquiétudes. Certes, vu l’ampleur du mouvement et la situation particulière de Hong Kong, une répression à la Tian’anmen aurait des répercussions considérables.

Mais les dernières déclarations de la chef de l’exécutif, ce mardi 13 août, ne peuvent que conforter les craintes :

« La violence poussera Hong Kong sur un chemin sans retour et plongera la société hongkongaise vers une situation très inquiétante et dangereuse. La situation au cours de la semaine écoulée m’a fait craindre que nous ayons atteint cette situation dangereuse. Réfléchissez cinq minutes, pensez à notre ville, voulez vous vraiment qu’elle soit poussée vers l’abysse ? »

La Chine n’a pas fini de s’éveiller, pas seulement comme l’entendait Alain Peyrefitte en 1973, pas seulement non plus au niveau économique et technologique. Et le réveil actuel de Hong Kong n’est peut-être que le prélude d’autres réveils. Douloureux. On oublie souvent la suite de la citation, attribuée à Napoléon, qui inspira Alain Peyrefitte : « Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera. »

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