Hervé Féron : “Emmanuel Macron allume l’incendie et il voudrait que nous, les maires, assumions cela alors qu’il nous méprise !”

Boulevard Voltaire donne la parole à Hervé Féron, maire de Tomblaine (54), qui avait interpellé Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux dans le cadre du mouvement des gilets jaunes.

Dans sa commune, il ne souhaite pas organiser ou arbitrer de grand débat, qu’il estime être “une supercherie”.

Pourquoi refusez-vous d’organiser le grand débat national ?

J’avais pris une première initiative, le 31 décembre, pour m’adresser au président de la République parce que je trouvais qu’il n’entendait pas les Français. À ma grande surprise, au bout de huit jours, cette vidéo a été vue par 2,5 millions de fois, si on cumule tous les réseaux sociaux. Elle a eu un certain succès parce que je pense que beaucoup de gens se retrouvent dans les mots que j’emploie et dans les propositions que je fais au président de la République.
Quand il a écrit cette lettre aux Français, il a confirmé qu’il est atteint d’une certaine surdité. Il reste sur ses positions et son idéologie. Il n’entend pas les Français. Nombre d’entre eux sont en colère. Et ils sont plus nombreux qu’on ne le croit. Une grande majorité des Français soutient le mouvement des gilets jaunes. Ce mouvement pose un certain nombre de questions.
En présentant la possibilité d’organiser ce grand débat, il en appelle aux maires comme s’ils étaient les pompiers de service. Dans le même temps, il nous méprise en baissant nos dotations d’une part et en ne répondant pas à notre invitation à venir au congrès national d’autre part, alors qu’il s’était engagé à y venir tous les ans. Maintenant, il a subitement besoin de nous et nous demande d’organiser ce grand débat. C’est lui qui allume l’incendie avec toutes ces petites phrases. C’est lui qui organise la première violence, cette violence d’État et sociale envers le peuple de France. Ensuite, il voudrait que ce soit nous, les maires, qui assumions cela.
Je pense, par conséquent, qu’il n’est pas souhaitable de l’organiser en tant que maire. C’est aussi ce que préconise l’Assemblée des maires de France. On ne peut pas organiser, s’approprier ni même arbitrer ce grand débat. Ce n’est pas notre rôle. Que nous soyons facilitateur, pourquoi pas, mais nous n’avons pas à l’organiser.

Si je comprends bien, vous ne souhaitez pas que les maires servent de bouclier entre Emmanuel Macron et les gilets jaunes…

Il y a effectivement cet aspect, mais je pense qu’il y a aussi une supercherie nouvelle. Quand il écrit cette lettre avec un certain nombre de questions, il est, en fait, en train de lancer la campagne de La République en marche pour les européennes, aux frais du contribuable. Il se moque de nous ! C’est une impolitesse républicaine. C’est inadmissible !
Par ailleurs, il organise la confusion en réunissant, dans des salles des fêtes, des maires triés sur le volet par la préfecture avec des questions sélectionnées. De surcroît, les maires ne peuvent pas reprendre la parole après lui. Ce n’est pas un grand débat. Il mélange les choses. Il nous utilise.

Vous avez une certaine expérience politique puisque vous avez été député PS pendant dix ans, d’abord dans l’opposition, puis dans la majorité. Selon vous, s’agit-il d’une première dans l’histoire des mouvements sociaux récents ?

Je pense que nous n’avons pas atteint ce niveau de colère depuis 1968. Depuis lors, nous n’avons pas vécu un tel mouvement spontané et non organisé. C’est ce qui fait sa force, mais aussi sa faiblesse, d’ailleurs. On le voit bien avec les gens qui s’infiltrent et qui dérapent.
Toutefois, ces difficultés à vivre ne sont pas nouvelles. Si la colère est aujourd’hui exacerbée, c’est parce que le niveau de vie des Français baisse, contrairement à ce que disent certains organismes et observateurs. Ils ont des charges qui augmentent sans arrêt. Le revenu d’un foyer est d’autant diminué qu’il doit être amputé de la mutuelle, des loyers qui augmentent, de l’essence pour se déplacer, etc. Au final, le reste à vivre ne permet plus de vivre décemment. Je trouve cela très grave.