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Editoriaux - Internet - Société - Table - 26 juin 2018

Hausse du harcèlement conjugal ? Merci les maisons connectées !

Il existe des mots, voire des concepts, qui par nature sont dangereux. « C’est plus pratique » en est un des exemples les plus emblématiques. En effet, et ce, à chaque nouvelle invention plus ou moins utile, il y a toujours une andouille pour vous assurer que « c’est plus pratique ». Il s’agit d’une trouvaille moche, généralement, et nuisible, le plus souvent. Dernier exemple en date ? La domotique, soit la maison « connectée » que l’on peut « gérer » à distance, à l’aide d’une simple tablette ou d’un téléphone portable. En effet, c’est très pratique : pourquoi chercher ses clefs au fond de sa poche alors qu’il suffit de cliquer sur une « appli » pour ouvrir la porte de son petit chez-soi ?

Un progrès technologique qui n’a évidemment pas échappé aux cambrioleurs. Vous peinez à explorer toutes les potentialités de votre “dumbphone” ? Le smartphone n’a plus de secrets pour les malfaisants. Et c’est sans pied de biche ou risque d’alerter les voisins qu’ils s’inviteront dans votre maison. Pour eux aussi, c’est tellement plus pratique.

Mais d’autres intrusions peuvent se montrer encore plus sournoises : celles venant de l’intérieur, tel qu’il se doit. Ainsi une très sérieuse étude publiée dans le tout aussi sérieux New York Times nous révèle-t-elle que la maison connectée serait l’un des principaux facteurs de la hausse des cas de harcèlement conjugal. Sans surprise, tout cela se passe dans la Silicon Valley, terre de tous les possibles, endroit manifestement oublié de Dieu, où des esprits déments suent sang et eau pour inventer les fléaux à venir, façon plaies d’Égypte, mais en version numérique.

Statistiquement, les femmes semblent être plus souvent victimes de ce phénomène que les hommes. Logique, les mecs sont traditionnellement plus doués pour le bricolage que les nénettes : vous avez déjà vu une femme changer une ampoule ? Nous, oui ; alors, s’il vous plaît, merci. Et nos chercheurs de cibler ces deux catégories majeures de cyber-emmerdeurs que sont respectivement le mari jaloux et l’époux éconduit.

Le premier est un compulsif du contrôle permanent. Grâce à son bidule, il sait à quelle heure madame entre ou sort du domicile conjugal. Si elle picole en cachette, le frigo le lui dira. Si elle écoute trop souvent les chanteurs de charme, la chaîne stéréo la balancera. Si elle s’octroie un cinq à sept avec le plombier, les caméras de surveillance la dénonceront. Avec même un petit plus artistique, grâce aux images de l’amant en caleçon à fleurs tentant de se planquer dans le placard, tel qu’autrefois dans les pièces de boulevard. Car il y a sûrement une caméra dans le placard : on n’arrête pas plus le progrès que les élans de madame. On notera qu’en cas de divorce, la sextape peut aider lors du procès et même arrondir les fins de mois lorsque monnayée sur Internet. Non seulement c’est plus pratique, mais cela peut aussi être tout bénef.

Le second, c’est le conjoint largué et hanté par des idées de vengeance. La psychose peut, ici, atteindre des proportions “stephenkinguesques”, le maniaque ayant tout loisir de déclencher, à distance et sa guise, la climatisation : « Toujours aussi chaude, ma chérie ? » ou « Enfin froide, mon amour ? » Le psychopathe connecté peut aussi jouer avec la sonnette à toute heure du jour ou de la nuit ; surtout la nuit, ce qui est quand même plus marrant. Ou encore mettre en route la chaîne stéréo à l’instant évoquée – « Je vais t’en donner, moi, des chanteurs de charme, mon bijou » – et lui balancer dans la foulée du Lara Fabian ou, pire, du Brigitte Fontaine.

Quand on y pense, il faut vraiment être un crétin obtus au cerveau prognathe pour ronchonner contre ce progrès source de tant de félicités. Merci les nouvelles technologies, donc, grâce auxquelles il est désormais tellement plus pratique pour les simples d’esprit – fussent-ils branchés en haut débit – de pourrir la vie de leur entourage.

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