Editoriaux - Justice - Société - 26 juin 2018

Marlène Schiappa au chevet d’Houria : des mesures efficaces pour protéger les femmes valent mieux qu’un bon tweet !

Marlène Schiappa a informé la France entière de son déplacement, ce mardi, au CHU de Poitiers au chevet de Houria, une femme de 34 ans sauvagement agressée par son ex-conjoint, samedi soir. Houria est entre la vie et la mort. Voici le tweet de la secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes :

Cette semaine, malgré les prises en charge, l’engagement du CCAS, des proches, des élus, et du mien, l’ex-conjoint de H l’a poursuivie et poignardée !
H est dans le coma..
Révoltée par cette nième tentative de féminicide, je me rends sur place dès demain pour elle et ses enfants.

On ne peut qu’approuver cette visite au chevet de la victime et, évidemment, la médiatisation qui l’entoure, salutaire. Mais cette « nième tentative de féminicide » soulève tout de même un gros problème que Marlène Schiappa, malgré ses tweets et son action sur ce dossier tragique, n’a pas abordé, la bonne conscience peut-être un peu gênée aux entournures.

Certes elle a été très active dans ce cas précis et on ne peut que la féliciter d’avoir suivi cette victime, notamment en novembre dernier, lorsqu’elle s’était déjà rendue à Angoulême pour la rencontrer.

Et, déjà, Marlène Schiappa avait tweeté sur son action :

J’ai rencontré H. pendant le Tour de France égalité
Elle m’a confié longuement les violences conjugales insoutenables vécues des années et comment elle s’en est sortie grâce aux travailleurs sociaux.
J’ai alors demandé personnellement au préfet d’accélérer toutes ses démarches.

Et pourtant, comment en est-on arrivé là ? Pourquoi cette jeune femme, malgré cette attention privilégiée des plus hautes autorités et des acteurs de terrain, se retrouve-t-elle aujourd’hui entre la vie et la mort ? Il faut relire la longue liste des « malgré » de Marlène Schiappa : les prises en charge, le CCAS, les proches, les élus et donc Marlène Schiappa elle-même. Qu’est-ce qui a donc manqué pour que cette pauvre femme, dont la situation était donc connue, soit sauvagement “poursuivie et poignardée” samedi par son ex-conjoint ?

Il faut aller chercher au fond de l’article du journal Sud-Ouest pour avoir l’explication – terrible –  sur l’auteur de cette « tentative d’assassinat sur conjoint » :

Placé en centre de détention à Bordeaux, il faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Mais la mesure a été levée par le juge des libertés le 15 juin. Soit une semaine avant les faits.

Eh bien, le voilà, le grain de sable dans la machine qui aurait dû préserver Houria mais qui l’a finalement livrée à son bourreau : cet Algérien condamné devait quitter le territoire français mais un juge des libertés en a décidé autrement il y a dix jours…

Le tragique destin de cette femme pose de façon terrible le double laxisme du gouvernement actuel en matière migratoire et pénale. Allô, M. Collomb ? Allô, Mme Belloubet ? Mais, visiblement, votre collègue Marlène Schiappa ne vous a pas “appelés personnellement pour accélérer” la démarche d’expulsion de cet Algérien féminicide…

Il serait peut-être temps que Marlène Schiappa, si la lutte contre les violences faites aux femmes lui tient vraiment à cœur, ne se contente pas de belles paroles ni de se reposer sur les travailleurs sociaux, mais qu’elle mette les pieds dans le plat des questions d’immigration, de sécurité et de justice.

Pour protéger Houria, comme beaucoup des plus fragiles de notre société, le social et les tweets ne suffisent pas.

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