Le Mois décolonial, cycle de conférences sur « l’imaginaire post-colonial » organisé par des associations à Grenoble, est vivement critiqué, à quelques jours de son lancement. La municipalité et Sciences Po Grenoble ont, finalement, annoncé retirer leur soutien à l’événement.

Analyse de Guillaume Bigot sur ce phénomène du décolonialisme.

 

Le maire de Grenoble, Eric Piolle est au cœur d’une polémique. En effet, devait se tenir à Grenoble, un mois dit décolonial, un cycle de conférences animé notamment par les militants Rokhaya Diallo et Taha Bouhafs. Le problème étant que cet évènement a été subventionné et soutenu par la mairie de Grenoble, Science Po Grenoble et l’université de Grenoble. Des soutiens que ces institutions étaient obligées de retirer suite à la pression. La gauche n’en finit plus de se perdre.

 

Ce n’est pas la première fois et pas le seul endroit. Le même scénario se répète. Ces gens alimentent des monstres et puis de temps en temps, soit, ils sont inquiets par l’ampleur et la virulence des ogres idéologiques qui s’apprêtent aussi à les dévorer eux, leur créateur, soit ils sentent qu’on est en période électorale et qu’une large majorité de concitoyens sont très inquiets de voir ce genre d’ineptie. Il y a donc deux interprétations.

C’est un signal faible, mais il mérite le retrait de monsieur Piolle et de la municipalité de Grenoble. Soit c’est une tactique parce qu’on est en période électorale et qu’ils sentent que cela ne passe plus. Soit, il y a encore quelques anticorps républicains et universalistes et ils se rendent compte que cela va trop loin.

 

 

Les observateurs attentifs seraient tentés de vous dire que la deuxième option est extrêmement optimiste. Néanmoins, suite à cette prise de distance de la mairie de Grenoble, Eric Piolle s’est fait traiter de traître par les principaux intéressés. La gauche en revient à ce débat qu’avaient eu les révolutionnaires russes. C’est à celui qui finira dans le camp menchevik, qui sera « pendu » et ceux qui gagneront. On est dans un modèle révolutionnaire.

Je sais que c’est très à la mode d’incriminer la gauche et de faire revivre ainsi le clivage droite gauche. Je pense que c’était le même mécanisme entre les SA, les SS et avec la contre-réforme. C’est exactement le cas aussi à l’intérieur de l’islamisme. Dans tous les mouvements radicaux, vous avez une course à l’échalote à qui sera le plus fou. Ce qui est très très dangereux dans ce genre de mouvement c’est que ce sont toujours les plus fous qui l’emportent.

Une idéologie est très différente d’une conviction ou d’une foi. Une idéologie est une vision qui se veut complètement cohérente du monde et qui vise à transformer en utilisant tous les moyens possibles et inimaginables. Si vous avez une vision radicale, les plus meurtriers l’emporteront.

 

 

Le décolonialisme c’est un peu le wokisme made in Europe occidentale. L’Europe occidentale est-elle à la merci culturelle, intellectuelle, métapolitique des États-Unis ?

Pourquoi paradoxalement, est-ce la gauche qui s’empare de ce courant intellectuel ?

 

Ce n’est pas si paradoxal que cela, dans la mesure où la gauche est déjà dévorée par l’écologisme. Je rappelle que le premier écologiste qui a pris le pouvoir s’appelle Adolph Hitler. Sa première mesure était d’interdire de protéger la nature allemande et les animaux allemands et d’interdire les parcs aux juifs. Le mouvement que vous décrivez aux États-Unis concerne l’équivalent de la gauche. De plus, on cite souvent à juste titre, la french philosophie. Cela fait partie des sous bassement théoriques.

A mon sens, on a laissé de côté des historiens africanistes français des années 60. Ces gens ont complètement réécrit l’histoire de la colonisation comme une sorte d’acharnement pathologique des blancs contre les noirs.

Ce qui est intéressant dans ce mouvement décolonial qui vient effectivement des États-Unis c’est qu’il est à la jonction de toutes les intersectionnalités. Le concept devient un fourre-tout au lieu d’être le mécanisme historique qui voit des pays qui ont été colonisés par l’Angleterre, la France et les Pays-Bas se décoloniser. Cela devient un concept qui veut dire qu’on se défait de toutes dominations. La domination des noirs par les blancs. Finalement, la présence des noirs africains, la traite de l’esclavage est assimilée purement et simplement comme un mécanisme de la colonisation. C’est complètement absurde. Je vous rappelle que la colonisation française et britannique au 19e siècle a interdit et éradiqué la traite intra africaine qui:a a été démantelée par l’armée française. On a libéré beaucoup d’esclaves.

On assimile le racisme au colonialisme et la domination sociale des riches et des pauvres au colonialisme. C’est une grande lessiveuse qui permet de resituer toutes les dominations. Il va réussir parce qu’il y a ce mécanisme comme dans tout l’occident, très américanisé. On arrive avec cette soft culture américaine qui existe depuis les années 50, 60. Il y a aussi un mécanisme volontairement conscient, financé, organisé et structuré par les États-Unis d’Amérique. Regardez simplement où madame Rokhaya Diallo publie des articles, dans le Washington Post.  Regardez où madame Rokhaya Diallo  va enseigner, à l’université George Washington. Tout cela avec l’aval du gouvernement américain. Il y a quand même une volonté consciente du département d’État d’affaiblir un concurrent potentiel qui est la France. Il y a dans la culture française quelque chose de très paradoxal. Il y a cette volonté d’égalité qui pourrait dans un premier temps être sympathique à ces mouvements. Ces mouvements s’appuient sur l’idée qu’il y a une inégalité qu’il faut réparer. Ces mouvements déroulent un agenda et dévoilent leur batterie, ils transforment l’homme blanc hétérosexuel en fardeau de l’humanité dont il faudrait se débarrasser. Ne nous faisons pas d’illusion, le déboulonnage des statues n’est qu’un début. Ce n’est qu’une violence symbolique. On s’attaque aux pierres et bientôt on s’attaquera aux gens. C’est comme cela que se propagent les mouvements totalitaires. En France, on ne comprend pas pourquoi on s’en prendrait plus à telle catégorie plutôt qu’une autre. On veut bien réparer les injustices, mais on ne veut pas installer l’inégalité comme compensation. Il faut bien comprendre les deux mécanismes en place dans le décolonialisme. La culture islamique étant considérée comme ayant colonisée et dominée. Les deux mécanismes sont à la fois un mécanisme de remords, le sanglot de l’homme blanc et un mécanisme de ressentiment et de vengeance, de pulsion de haine. C’est la convergence des deux qui rend le mécanisme très dangereux. Finalement, l’immigration, l’absence de réaction à l’immigration nous amènent au cœur de ce sujet. Cette immigration est considérée comme une sorte de colonisation à l’envers et comme une entreprise de réparation.

28 mai 2021

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