Depuis l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, on assiste à de nombreuses prises de parole de la part des politiques ayant la volonté d’engager « la guerre » contre l’islamisme.

Guillaume Bigot, qui vient de publier La Populophobie (Plon), s’interroge sur la portée de la parole de la classe politique et se dit « écœuré » devant l’hypocrisie de ceux qui dénoncent l’islamisme après avoir souvent « cherché l’accommodement » .

Depuis l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, on sent une volonté de la part de nos politiciens d’engager la guerre, pour reprendre leurs mots contre le terrorisme islamiste. Cependant, derrière les mots, on attend encore une action claire. Le moins que l’on puisse dire, la parole est assez chaotique. Quelle est votre opinion sur la parole politique ?

Est-ce que la parole politique porte encore ? Cela nous ramènerait aux origines de la réflexion politique dans un grand livre d’Aristote qui distingue la parole tout court et la parole qui a vocation à devenir des actes. Le propre de la parole politique n’est pas du tout une parole verbale, si j’ose dire, mais une parole qui est performative, destinée à se transformer en acte. Quand la plupart de nos citoyens entendent une déclaration de guerre de la République, il savent très bien que c’est la même déclaration de guerre que celle qui a été faite par le Président Hollande au lendemain des attentats de Charlie Hebdo et au lendemain des attentats du Bataclan. Ce ne serait déjà que la quatrième fois, après Nice, que la République solennellement dit « Vous allez voir ce que vous allez voir, nous déclarons la guerre ». Comble de ce paradoxe, c’est lorsque le président de la République dit « nous n’avons plus besoin de mots, il faut des actes concrets ».
Quand on entend quelqu’un qui parle pour dire qu’il faut des actes concrets, c’est presque un aveu. Il est en train de dire, justement, ce qu’il n’est pas en train de faire.
Deuxième point, c’est la cacophonie, la contradiction, le retournement de veste. Il fallait vraiment avoir l’estomac bien accroché pour constater que, place de la République, il y avait la célèbre égérie islamo-gauchiste. On va peut-être revenir sur les termes. L’islamisme, c’est l’extrême droite islamique. La seule extrême droite qui reste debout, aujourd’hui, c’est l’extrême droite des islamistes.

Le terme « extrême droite islamique » nous paraît être une alliance de terme qui est propre à « l’islamo-gauchisme ».

L’islamo-gauchisme, c’est le vichysme. C’est la nouvelle définition de la collaboration. Les termes sont malheureusement totalement impropres et absolument renversés.
Prenons le droit d’asile. Quel était le droit d’asile ? Quand la France donnait le statut de réfugié, les gens se battaient pour la liberté parce qu’ils étaient persécutés dans leur pays. Vous voyez bien le renversement complet de sens. En réalité, aujourd’hui, qu’est-ce que c’est que ce droit d’asile ? C’est donner le droit à des étrangers de venir sur notre territoire pour persécuter ceux qui défendent la liberté chez nous. Il y a un renversement complet. Les termes ne veulent plus rien dire.
En réalité, ce qu’on appelle les islamo-gauchistes ne sont rien d’autre que les descendants de Vichy et de Pétain. L’attitude de Vichy, de Pétain et de l’extrême droite en 1940 est une attitude qui consiste à dire que des gens nous menacent, nous agressent et on va leur trouver de bonnes raisons. On va dire qu’ils ne sont pas si méchants et on va sympathiser avec eux. C’est exactement la même attitude que cette soi-disant gauche. On n’en est plus là. Il y avait de quoi être écœuré en voyant la représentante de l’UNEF et en voyant la LICRA. Cette dernière avait attaqué Georges Bensoussan, en 2002, lorsqu’il avait sorti son livre. C’était vraiment le premier lanceur d’alerte sur ce qu’il se passait dans les banlieues perdues de la République.
Bensoussan disait « On ne peut plus enseigner la Shoah dans certains quartiers ». Les élèves musulmans se lèvent et disent « Hitler n’a pas fini le travail ».
Ce livre-là était considéré comme du racisme. La LICRA avait donc porté plainte contre M. Bensoussan. Où était la LICRA ? Elle rendait hommage à M. Paty. Où était SOS Racisme, dirigé par M. Sopo, qui ne cesse de se coucher devant toutes manifestations ? Il était place de la République. Où était le Parti socialiste, qui avait nommé M. Bianco à la tête de l’Observatoire sur la laïcité ? Il était place de la République.
Enfin, il y a le silence, me semble t-il assez éloquent, de M. Dupond-Moretti, qu’il a brisé lui-même sur France Inter. Il va dire simplement « Je suis écœuré par la récupération politique ». Il n’est pas principalement écœuré par le fait qu’un enseignant se trouve décapité parce qu’il a défendu nos principes les plus précieux. Mais il est choqué et écœuré parce qu’il y a un discours qui dit « On vous l’avait bien dit ». Globalement, chacun choisit ses écœurements.

Vous parlez de la gauche, mais on peut aussi parler de la droite. Depuis quelques jours, on voit un phénomène assez révélateur sur Twitter. Les Républicains se perdent en superlatifs pour dénoncer la menace islamique. Et de l’autre côté, on a des comptes islamiques qui s’amusent à déterrer toutes les opérations qu’avaient pu faire des élus UMP ou LR pour séduire l’électorat musulman. On ne compte plus les élus locaux LR qui se rendaient dans les mosquées tenues par les Frères musulmans pour aller faire un peu de racolage. Toutes ces contradictions sont en train d’exploser par ceux qui sont attaqués par leurs « amis d’hier ».

Je sors un livre qui s’appelle La Populophobie. Pourquoi il faut remplacer la classe dirigeante française aux Éditions Plon. Ce n’est pas pour en assurer la publicité, mais juste pour dire que l’argument clé de ce livre, c’est la formule très simple d’Albert Einstein : « Ce ne sont pas ceux qui ont créé les problèmes qui vont les résoudre. » C’est très simple.
Oui, la classe politique gauche ou droite a activé, a cherché l’accommodement et l’apaisement. Il y a des retournements de vestes. On accusait Edgard Faure, politicien de la IVe et début de la Ve République. Il disait : « Ce n’est pas moi qui ait tourné, mais c’est le vent qui a tourné. »

Vous avez sans doute suivi l’hommage à Samuel Paty en direct de la Sorbonne et le discours d’. Beaucoup ont salué son discours pour sa clarté et sa gravité. Quels ont été vos pensées ?

Mes pensées ont été très partagées. Quoi qu’on en pense, Emmanuel Macron est le chef de l’État, le président de la République. Je pense qu’on est tous tenus à une sorte de devoir d’unité. L’unité n’est pas nécessairement à l’unanimisme. Il y a quelque chose de poignant dans son discours. La situation était elle-même poignante. Le texte de Jaurès était, bien sûr, impeccable. Le texte de Camus était lui-même impeccable. Ce qui était très gênant, c’est ce qu’on appelle le pathos. C’est le fait de vouloir jouer sur l’émotion en expliquant qu’à la fin, ce sont les gentils qui gagnent. C’est parce que nous sommes les plus gentils, parce que nous sommes les meilleurs, parce que nous sommes les plus émus, parce que nous sommes pleins d’émotion et pleins de larmes que nous triompherons à la fin.
Il faut, malheureusement, prendre un peu de recul historique. Si nous avons écrasé Adolph Hitler et le Troisième Reich, ce n’est parce qu’on a beaucoup versé de larmes sur ses victimes. C’est parce qu’on a déversé 30.000 tonnes de bombes incendiaires sur les villes allemandes. C’est ça qui a fait plier l’Allemagne.
J’étais un peu gêné. Je comprends qu’il y avait une volonté de célébrer la culture. C’est normal, puisque c’est ce qu’incarnait M. Paty, mais il s’avère que dans notre ADN, nous Français en tant que nation, en tant que peuple et dans notre histoire, il y a quelque chose de très guerrier. Dans la guerre des Gaules, Jules César avait dit : « C’est un peuple très débonnaire, très pacifique, mais lorsqu’il se met en colère, ils sont terrifiants. »
Écoutez les paroles de « La Marseillaise ». J’étais gêné que l’on joue « La Marseillaise » de cette façon, de manière un peu plus lente avec des violons. Encore une fois, c’est la Garde républicaine qui la joue comme cela, mais je me demande si les paroles de « La Marseillaise » « Aux armes citoyens », il n’aurait pas fallu les prononcer dans la cour de la Sorbonne. La France n’est pas seulement un pays de lettres. C’est aussi un pays des armes.

Est-ce la République qui affaiblit ces valeurs guerrières ?

Je ne le crois pas. Je pense que la République a été très forte. La République française et la République célébrée par les fameux hussards noirs ont transformé la nation française en spartiate.
Dans les pires combats contre l’agresseur allemand, en 14-18, on a perdu jusqu’à 20.000 hommes par jour. La France a tenu comme aucun peuple ne l’avait fait – peut-être les Spartiates, dans l’Antiquité. La République avait fait cela. Ce n’est donc pas la République qui est en cause. Je suis entièrement d’accord avec vous sur le fait que l’on ne veuille plus parler de « République française » ou comprendre la République comme étant uniquement la forme juridique et institutionnelle de la France, d’une nation, d’une terre, d’un peuple ou d’une histoire ; c’est une édulcoration. Il y a une volonté très claire, de la part de notre classe dirigeante, de détacher la République, forme universelle et purement juridique, de quelque chose qui serait non seulement charnel mais surtout quelque chose qui a trait à une mémoire ou à une dynamique historique qui est vouée.
Dans l’Histoire et dans la mémoire, je suis très frappé qu’on ne parle sans arrêt que d’identité. La France n’est pas un musée. La France n’a pas vocation a se diluer dans l’. C’est tout le problème.
Pourquoi parle-t-il de la République ? Parce qu’il pense que la France, c’est le passé, et l’avenir, c’est l’Union européenne. Si la France ne peut pas projeter son destin sur le monde, sur l’avenir et qu’elle n’a pas un avenir, cela ne sert à rien de célébrer son passé.

22 octobre 2020

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