Grégory Roose réagit à la dernière allocution d’Emmanuel Macron et à la gestion de la crise du Covid-19 en France. Il analyse également la manière dont les Français vivent le confinement et envisage de quelle manière « les cartes seront rebattues » au sortir de la crise.

 

Qu’avez-vous pensé de l’allocution présidentielle ?

Comme tous les Français, j’ai écouté avec beaucoup d’attention l’allocution d’Emmanuel Macron. Ce qui est surtout intéressant c’est le fond. Je constate que la France a choisi, par la voix du président de la République, de confiner quasiment l’ensemble de sa population, mis à part les personnes qui font vivre ce pays. Il est assez décevant de continuer à envisager un confinement sine die sachant que l’économie va en pâtir et que de nombreux drames vont être découverts à la fin de ce confinement. Des personnes sont en train de mourir chez elles, peut-être du coronavirus. Au-delà de cela, on n’a toujours pas de masques et de politique massive de tests. Nos voisins allemands ont choisi d’imiter la politique de la Corée du Sud. On se rend compte qu’il y a d’ailleurs beaucoup moins de mortalité et le confinement est beaucoup moins strict.
On avait déjà une grande différence avec l’Allemagne en termes de compétitivité économique. Le monde d’après ne va pas aller en s’améliorant au niveau de la compétitivité française sur le plan économique.
Emmanuel Macron a dit que le virus était imprévisible. Je tiens à rappeler que l’OMS avait été prévenue le 31 décembre 2019 de cette pandémie naissante, sans avoir davantage de renseignements. Le 5 janvier, première alerte. Et fin janvier, l’ensemble des pays étaient informés d’une alerte pandémique mondiale. On ne peut donc pas dire que c’était complètement imprévisible, dans la mesure où 45 jours avant le début du confinement, Emmanuel Macron et le gouvernement français avaient toutes les informations pour pouvoir anticiper cette crise du mieux possible. Ils auraient pu commander et fabriquer des masques de manière massive et préparer la France à cette pandémie. Au lieu de cela, une semaine avant le confinement, Emmanuel Macron sortait au théâtre et incitait les Français à continuer à vivre normalement malgré le coronavirus. Résultat, un confinement de la population a bien eu lieu 10 jours plus tard.

Que révèle cette épidémie de notre corps social ?

Cette crise révèle des traits de caractère assez présents chez les Français. Dans les premiers jours du confinement, on a pu constater que le Français était un Latin et que les Latins avaient dû mal à respecter l’ordre dans certaines situations, sauf lorsqu’il est vraiment encadré par les forces du même nom. J’ai aussi remarqué beaucoup de solidarité entre les Français. On dit souvent que le Français ne pense qu’à lui. C’est relativement faux. En l’absence de masques et en l’absence de préparation de cette crise par le gouvernement, ce sont les Français eux-mêmes qui ont fabriqué les masques. Il y a beaucoup d’élan de solidarité que ce soit chez les particuliers ou au sein des entreprises.
Une alternative aux masques a été trouvée, mais je ne sais pas son efficacité. Le fait d’applaudir le personnel soignant tous les jours à 20 heures de manière systématique est bien, mais cela reste du folklore. Le plus important pour les personnels soignants c’est de pouvoir rapidement voir apparaître la sortie de cette crise. Je parle en connaissance de cause puisque ma compagne est infirmière en réanimation.

Nos confrères nous assurent que le confinement est respecté partout même dans les quartiers populaires. Réalité ou vœu pieu ?

N’habitant pas en banlieue, je ne saurais pas vous dire si les quartiers populaires respectent plus ou moins le confinement qu’ailleurs. Tout ce que je peux constater c’est que dans le 93, le taux de surmortalité est bien plus élevé qu’à Paris ou que dans les départements limitrophes. Pourtant, on nous a annoncé que ce sont plutôt les personnes âgées qui finissent par décéder des causes du coronavirus. Il se trouve que le 93 est l’un des départements les plus jeunes de France. Cela signifie qu’a priori le confinement n’est pas respecté à la lettre. Beaucoup de vidéos ont été tournées où l’on aperçoit des attroupements et des barbecues sur les toits. Le préfet de Seine-Saint-Denis a mis en place un arrêté pour fermer les commerces de 20 heures à 6 heures pour éviter ce genre d’attroupement. D’après le Canard enchaîné, il semblerait que le secrétaire d’État a déclaré que faire respecter le confinement n’était pas sa priorité, alors qu’il avait constaté le problème du respect du confinement dans ces quartiers-là.
Le trafic de drogue est un moteur économique pour les quartiers populaires. C’est l’INSEE qui le dit et non moi. Chaque année, il y a trois milliards générés  par des activités illégales et par le trafic de stupéfiants.
D’après les rapports des renseignements territoriaux, on serait dans une situation tout à fait inquiétante puisque l’argent ne rentre plus. Cela risque potentiellement de dégénérer dans les semaines à venir. Alors que la France s’endette de manière phénoménale ces dernières semaines, on peut craindre qu’une aide soit de mise d’ici les prochaines semaines. Cela continuera à creuser la dette française et les inégalités territoriales. Toujours davantage d’argent pour les banlieues et pas forcément plus pour les soignants qui eux, ont toujours besoin de masques.

Comment imaginez-vous le jour d’après ?

Je ne sais pas si on peut parler de jours d’après, de mois d’après voire d’années d’après. Ce qui est sûr c’est que les cartes seront rebattues. Le progressisme dont Emmanuel Macron est l’un des principaux hérauts a démontré toutes ses failles. Dans l’un de mes derniers articles, je parlais de la faillite du pouvoir progressiste. Pour autant, Emmanuel Macron pourrait via les dernières actions qui ont été faites par la BCE et par le fédéralisme européen, même si le fédéralisme européen a failli dans les premières heures de la crise à aider l’Italie et la France, vouloir sortir vainqueur idéologiquement de cette crise. C’est d’ailleurs ce qui est peut-être en train de se passer.
Les Français devront démontrer leur mécontentement juste et fort pour qu’on puisse passer à un autre niveau de gouvernement que la France mérite et qui soit à la hauteur des enjeux des prochaines années voire des prochaines décennies. Cette crise va forcément laisser des traces au niveau économique, au niveau social sociétal et au niveau des idées.

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