Editoriaux - Politique - 11 mars 2019

Grand débat : et si on changeait les paroles de La Marseillaise…

Dans un pays en aussi grande forme que le nôtre, il est logique qu’à l’occasion du grand débat national, les propositions relatives à des sujets aussi insignifiants que l’immigration, le déficit public, l’échec de l’Éducation nationale ou le nombre de fonctionnaires soient balayés d’emblée. D’autres – beaucoup plus importantes – sont donc analysées quotidiennement par Le Parisien, comme par exemple le remplacement de notre hymne national…

Que voici une urgente obligation, d’ailleurs revendiquée par nos plus brillants esprits. Par exemple l’acteur Lambert Wilson s’expriman, en 2014, dans une des fulgurances dont il est coutumier : “Les paroles sont épouvantables, sanguinaires, d’un autre temps, racistes et xénophobes.” Avis partagé par un autre intellectuel majeur, Éric Cantona : “Chanter la Marseillaise… ce n’est pas être français, c’est être con”, et par un autre grand sportif, Bernard-Henri Lévy : “Je trouve que La Marseillaise […] est un chant détestable et grotesque.” Quant à la douce Christiane Taubira, si elle ne la chantait pas avec ses collègues ministres ou députés en hommage aux victimes de l’esclavage ou d’attentats, c’est qu’elle ignorait les paroles de ce “karaoke d’estrade”… Et comme tous ces gens ont raison !

Imaginez la légitime indignation des djihadistes français, bientôt rapatriés de Syrie, en entendant le sort que la nation souhaite à ceux qui “viennent jusque dans vos bras, égorger vos fils, vos compagnes”. (On pourrait ajouter “nos curés, nos colonels de gendarmerie”.) Ne serait-ce pas une inutile provocation, une terrible insulte au “vivrensemble” auquel ils sont appelés ?

Et puis ce texte a terriblement vieilli. À la fin du XVIIIe, s’exclamer “Quoi ! des cohortes étrangères feraient la loi dans nos foyers ?” avait peut-être un sens. Mais aujourd’hui que ces cohortes sont confortablement enkystées en maints territoires de notre République, ça n’en a plus aucun…

Enfin ce “sang impur”, censé abreuver nos sillons à l’heure où, même dans les abattoirs, la moindre goutte du liquide vital est une offense permanente à nos amis vegans ! Certes, le sang dont il était question était celui du peuple (par opposition à celui, “pur”, des nobles) ; donc, celui des révolutionnaires s’affirmant prêts à féconder les champs labourés par leurs ancêtres en se faisant tuer sur place pour défendre la patrie. Mais à l’heure des guerres 2.0, où des missiles lancés de drones télécommandés dispersent indifféremment les bons et les méchants “façon puzzle”, un tel distinguo a-t-il encore lieu d’être évoqué ?

Franchement, il est temps de faire table rase de cette vieillerie et d’envisager un hymne adapté au monde nouveau. Pourquoi ne pas confier cette tâche à Kiddy Smile, dont le tee-shirt siglé “Fils d’immigrés, noir et pédé” faisait l’admiration du couple présidentiel dans la cour de l’Élysée, lors de la dernière Fête de la musique ? Ensuite, on pourra s’attaquer à la devise nationale, mais c’est un autre dossier…

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