Gilets jaunes : ces morts qui nous obligent

Les gilets jaunes sont entrés dans notre actualité à la mi-novembre. Observés, analysés, comptés, encouragés ou dénoncés, ils ont été l’objet de toutes les attentions. Nous les connaissons bien. Ils ont leurs feux, leurs abris, leurs bons sourires et leurs boissons chaudes. Ils ont leurs animateurs, leurs suiveurs, leurs agitateurs, leurs convaincus et leurs sceptiques. Ils ont leurs banderoles, leurs moyens de communication et leur code vestimentaire. Ils ont aussi, le temps passant, leurs blessés, leurs estropiés et leurs amputés: 850. Désormais, ils ont aussi leurs morts : 8.

À travers le pays, des minutes de silence ont été respectées, des marches ont été organisées, des cagnottes de solidarité ont été lancées et des tribunes de soutien ont été rédigées. La semaine dernière, à l’initiative d’un parlementaire, un hommage a été rendu à l’Assemblée nationale par tous les députés présents sauf par le gouvernement, qui refusa de se joindre à ce qui aurait pu être un moment d’union sacrée. Honte à ces ministres ! Le mépris et l’arrogance de ces gens-là a, depuis, trouvé d’autres occasions de se manifester. Beaucoup trop intelligents pour être compris, nous disent-ils. Quant aux gilets jaunes, trop vulgaires et ignorants, ils ne peuvent savoir. Eh bien, cela pourrait bien perdre les premiers, car le pouvoir d’achat peut se rattraper, l’injustice peut se réparer, mais l’arrogance et le mépris d’un Président ou d’un ministre à l’égard de ses compatriotes peuvent difficilement être pardonnés. Ces pseudo-élites ne s’en rendent, d’ailleurs, même pas compte. Ils n’aiment ni ne connaissent cette France-là. Elle n’est pas la leur.

Cette France, c’est la nôtre. Toutes classes confondues, puissants ou misérables, elle est celle de notre quotidien. C’est la France des pères et mères de famille de nos provinces, la France des réveils matinaux et des conduites aux aurores, celle des rendez-vous et des queues aux heures de pointe, celle des pleurs et des rires, des abandons et des réussites, des trahisons et des belles fidélités. Banales ou extraordinaires, ces existences, un jour de novembre, ont convergé de concert et se sont rencontrées sous les apparences réfléchissantes et fluorescentes d’un vêtement de sécurité devenu universel : le gilet jaune.

Ils ont décidé de dire « stop », de dire « ça suffit ». On ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. La mascarade est terminée. L’heure des comptes a sonné. Et puisque si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu, ils n’ont ménagé ni leur temps, ni leur peine. Nuit et jour, semaine après semaine, ils ont organisé, transporté, bâti, bousculé parfois, partagé souvent. Ils en portent les stigmates et les cernes. Leur résolution est intacte et leur mémoire se souvient. Ces blessés irrémédiables, ces morts tragiques, rien ne leur aura été épargné. Ces sacrifices ne peuvent être vains.

Qui que nous soyons, désormais, ils nous obligent !

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