Gérald Darmanin est drôlement content. Très satisfait de lui : « Je ne laisserai aucune milice d’extrême droite ou autre faire la loi à la place des procureurs et des policiers », déclare-t-il, bombant le torse, ce mardi 28 novembre, dans la matinale de France Inter. Grâce à sa remarquable efficacité, « la France a évité un scénario à l’irlandaise de petite guerre civile ».

Qui a dit que la Justice était lente et laxiste ?

Fort bien. Tout le monde est soulagé. Six militants d’ultra-droite - ne dites plus extrême droite, le mot n'effrayant plus si bien qu'avant, on a dû en changer -, sur les vingt interpellés, ont été fissa coffrés, jugés, emprisonnés (qui a dit que la Justice était lente et laxiste ?).

Après les supporters anglais, Kevin et Matteo, voici les militants d’ultra-droite : ils sont la cause de tous nos maux. Nombre de médias soutiennent et portent avec beaucoup de zèle le discours de Gérald Darmanin. Qu'on en juge :

« Mort de Thomas à Crépol : qui sont les "milices d’ultra-droite" qui ont défilé à Romans-sur-Isère », écrit 20 Minutes.

« Mort de Thomas : qui sont les militants d’ultra-droite qui se sont rassemblés à Romans-sur-Isère », renchérit RMC.

« Mort de Thomas à Crépol : descente de militants d’extrême droite dans un quartier de Romans-sur-Isère », titre Libération.

« Mort de Thomas à Crépol : GUD, Luminis, Division Martel, Argos… qui sont les militants identitaires des groupes d’ultra-droite en France », peut-on trouver en haut de La Dépêche.

« Mort de Thomas : un nouveau groupe de militants d’ultra-droite à Romans-sur-Isère, sept interpellations », lit-on sur le site de France Bleu

On continue ?

Puisque le signe de ponctuation composé de deux points verticaux est censé « introduire une explication, une énumération » (Larousse) ou bien, encore, « établir un rapport de causalité » (site Alloprof.fr), on comprend donc ce qu’ont voulu dire, en toute logique, ces journaux : les militants d’ultra-droite sont la cause et l’explication de la mort de Thomas ! Exit ses meurtriers présumés, donc, dont le profil apparemment n’intéresse plus personne. Exit au sens propre comme au sens figuré, pour certains, puisque sur les neuf mis en examen - pour « meurtre en bande organisée », « tentative de meurtre », « violences volontaires commises en réunion » -, six ont été mis en détention provisoire, mais trois autres ont pu passer la porte du commissariat, libérés sous contrôle judiciaire.

C’est qu’il fallait sans doute faire un peu de place pour les militants d’extrême droite qui, eux, ont été condamnés à des peines de six à dix mois de prison ferme, avec mandat de dépôt, pour « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences ou de dégradations » et, pour cinq d’entre eux, pour « violence » sur policier (ils ont dix jours pour faire appel). Si l’on suit bien la logique de la justice, se regrouper en vue de préparer des violences et des dégradations (et, donc, ne pas en avoir encore commis, c’est le cas d'un des militants, celui qui n’est pas accusé de violence envers les policiers) est plus grave qu'être présumé les avoir commises réellement (à l'instar des trois qui ont été libérés).

« Petite guerre civile »

Pourtant, à l’exception de l’un d’entre eux, le casier des manifestants était vierge. À l'inverse, la majorité des agresseurs présumés de Thomas étaient connus des services de police. Les attendus de la comparution immédiate confirment, officiellement en tout cas, ce que chacun avait bien compris : pas plus de « ratonnade » dans cette affaire que de brushing sur la tête d’un chauve. Si un cheveu d’un seul habitant de la cité avait été touché, cela se saurait. En revanche, un jeune manifestant de 20 ans a été tabassé, déshabillé, filmé, laissé en rase campagne et ramassé par les pompiers. Son pare-brise a été brisé, sa voiture incendiée. Personne n'en parle. À l'exception de Jean-Luc Mélenchon, qui trouve cela très beau. Il y voit « la magnifique autodéfense des habitants du quartier de la Monnaie ».

Oui, vraiment, « la France a évité un scénario à l’irlandaise ». Ouf ! Mais pour éviter le scénario à l’israélienne, il y a quelque chose de prévu ? Car comme le rappelle Dominique Jamet, sur X : « Nombre de victimes du terrorisme islamiste en France depuis 2010, 283. Victimes de l'ultra-droite sur la même période : zéro. »

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28 novembre 2023 à 20:53

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56 commentaires

  1. A Lyon au parc de la tête d’or il y a une représentation de Guignol c’est une miniature du gouvernement actuel maintenant qui est Gnafron va savoir !

  2. En revanche Mr Darmanin, si vous ne l’avez pas compris, l’horrible scénario qui s’est déroulé entre le 18 et le 19 Novembre à CREPOL est très proche du scénario barbare du 7 Octobre en ISRAËL.

    1. Vous avez raison et vous prenez le risque de vous entendre réponse que tout ça n’a jamais existé. La pantomime continue.

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