Le 30 septembre dernier, dans la bonne ville de Cachan, lors du conseil municipal, le conseiller France insoumise Dominique Lanoë réagissait à l’armement de la municipale. On se doute que ce n’était pas pour s’en féliciter. Se promener armé pour maintenir l’ordre, et puis quoi, encore ? Fort de ses certitudes et vraisemblablement convaincu de devoir appuyer sa position par une formule caricaturale, l’édile, ainsi qu’il est convenu d’appeler (par abus de langage) les élus des villes françaises, a eu ce mot définitif: « Le but de la police est de protéger la population, il n’est pas de posséder des armes pour la tuer. »

Il y a une subtilité dans cet aphorisme. Si, si. La première partie de la phrase est incontestable, et elle est censée permettre de rendre la deuxième partie acceptable. Sauf que, cette fois, la ficelle est un peu grosse. Dans plusieurs centaines de quartiers de notre beau pays de France, la n’entre plus, même armée. Dans les quartiers nord de Marseille, la semaine dernière, elle s’est fait tirer dessus à la kalachnikov – une arme de guerre qui équipe de nombreuses armées régulières à travers le monde. Par conséquent, porter une arme pour protéger les honnêtes gens ne semble pas démesuré.

Cela implique, m’objectera-t-on, de tirer sur une autre partie de la population, celle qui importune les honnêtes gens. Certes. Et il est vrai que les munitions, quand elles touchent un organe vital ou une artère importante, peuvent provoquer la mort dans un délai plus ou moins long. De là à considérer que la police française assassine ses compatriotes, il n’y a qu’un pas, franchi à la vitesse de la lumière par le conseiller municipal, avec une imagination décidément caractéristique de la gauche, puisque le brave homme n’a fait que reprendre l’imaginaire de Mai 68.

Mais allons plus loin. Que devrait, alors, faire la police si elle n’est pas armée ? Les citoyens français n’ont pas le droit de porter des armes, les militaires français n’ont pas le droit de maintenir l’ordre sur le sol national, alors, si la police ne le fait pas, qui défendra les femmes violées, les quidams tabassés, les passants égorgés ? Tant d’inconséquence, de la part du conseiller Lanoë, interroge.

Plus surprenante encore est l’absence de réaction, à l’heure où j’écris ces lignes, du maire de Cachan, à qui plusieurs voix réclament la démission du pacifiste militant (et quelque peu maladroit). La mairie devrait pourtant rapidement rendre des comptes, affirme CNews. Dans un courrier que s’est procuré la chaîne, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin demande en effet au maire, Hélène de Comarmond, de « préciser dans quel contexte de telles déclarations ont pu être prononcées ».

« Vous pouvez imaginer l’émoi [que ces propos] ont pu provoquer au sein des forces de l’ordre et au-delà, écrit Gérald Darmanin, selon CNews. Nous devons collectivement faire preuve d’intransigeance face à toutes les attaques portées contre les femmes et les hommes qui nous protègent. » La réponse du maire de Cachan « décidera des suites éventuelles [que Gérald Darmanin] donnera pour préserver l’honneur des forces de l’ordre. » C’est ce qu’on appelle un élu encombrant.

13 octobre 2021