Editoriaux - Politique - 24 décembre 2018

François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes ? Gérard Larcher oppose son veto

Depuis que Jean Leonetti, un moment pressenti pour conduire la liste des Républicains aux élections européennes, a préféré jeter l’éponge, estimant ne pas incarner suffisamment le renouveau, les rumeurs vont bon train sur la personnalité qui pourrait le remplacer. Laurent Wauquiez songerait à François-Xavier Bellamy, mais Gérard Larcher, le président du Sénat, lui a fait savoir qu’“il ne coche pas toutes les cases” pour ce rôle : une façon d’opposer son veto.

Normalien, agrégé de philosophie, professeur en classes préparatoires, adjoint au maire de Versailles, il a suivi un cursus presque aussi prestigieux que celui du président des Républicains. À 33 ans, on ne peut l’accuser de représenter l’ancien monde. Sa proximité avec les Veilleurs et Sens commun n’est pas pour déplaire à une droite conservatrice et catholique, qui a manifesté, en 2013, contre le mariage pour tous. Il correspond bien à la ligne politique qui permit l’ascension de l’homme à la parka rouge, aux élections régionales d’abord, puis à la présidence des Républicains.

Mais, comme chacun le sait, si la base LR est proche de cette ligne, beaucoup de cadres ont hésité entre un ralliement à Macron, un soutien critique au gouvernement, une opposition pour continuer d’exister ou une opposition effective sur des valeurs. Laurent Wauquiez, même si ses convictions semblent le classer plutôt dans la dernière catégorie, est sans doute contraint de tenir compte de ces divers courants.

Gérard Larcher, qu’un proche collaborateur de Jacques Chirac croquait comme “un sympathique hippopotame pourvu de petits yeux mobiles avec une bonne allure de provincial replet. Franc-mac et catho, chasseur et pêcheur, un bon gros, quoi”, a toujours ménagé ses arrières ou, si l’on préfère, la chèvre et le chou. Pour ne se fâcher avec personne ? Pour assurer sa carrière personnelle ? À chacun d’en juger. Bien que la popularité de Laurent Wauquiez soit en berne, il continue de reconnaître sa légitimité, mais tente de lui dicter sa conduite, avec sa bonhomie habituelle.

Le choix de la tête de liste a une forte résonance symbolique. D’autres noms ont circulé, comme celui de Michel Barnier, actuellement chargé de piloter, au nom de Bruxelles, les négociations avec le Royaume-Uni sur le Brexit : il a finalement décliné l’offre. Entre François-Xavier Bellamy et l’ancien commissaire européen, la différence est de taille, comme entre la carpe et le lapin. D’autant plus que Michel Barnier fut, un temps, courtisé par Macron.

Laurent Wauquiez aurait intérêt à prendre la bonne décision, s’il veut que son parti échappe à la défaite que lui prédisent les sondages – à cinq mois des échéances, il est vrai. Désigner comme tête de liste une personnalité europhile lui apporterait sans doute le renfort d’une partie des éléphants de la politique, en route vers le cimetière – déjà tentée par Macron, tant que sa popularité se maintenait à un niveau convenable. Le choix d’un homme nouveau comme François-Xavier Bellamy lui permettrait d’attirer des voix de droite, qui se reporteraient sinon sur Debout la France ou le Rassemblement national.

Laurent Wauquiez devrait se prononcer dans le courant du mois de janvier. Dans tous les cas, il fera des mécontents et risque d’y laisser des plumes. Mais il gagnerait sans doute en crédibilité s’il conservait sa ligne eurosceptique, sécuritaire et anti-migratoire. Après tout, il ne ferait que revenir aux propositions émises, en 1990, par le RPR et de l’UDF : “fermeture des frontières”, “suspension de l’immigration”, “incompatibilité entre l’islam et nos lois”, “réserver certaines prestations sociales aux nationaux”… Même François Bayrou, à l’époque, y avait souscrit.

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