France Inter : deux « expertes » pour un débat anti-RN, l’Arcom saisie

Après avoir relégué le RN la nuit, Radio France organise désormais des débats entre « experts » très hostiles au parti.
Capture d'écran France Inter
Capture d'écran France Inter

À France Inter, le pluralisme manque régulièrement à l’appel. Vendredi 31 juillet, pour évoquer l’expulsion de la chroniqueuse russe Xenia Fedorova et le financement de la prochaine campagne présidentielle, la matinale du service public avait convié deux intervenantes : l'économiste Julia Cagé et Rayna Stamboliyska, experte en cybersécurité. Deux femmes aux profils différents, certes, mais dont les analyses ont convergé sur l’essentiel : la galaxie médiatique de Vincent Bolloré poserait un problème et le Rassemblement national ne mériterait guère de sollicitude.

À propos de l’arrêté d’expulsion visant Xenia Fedorova, chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et dans le JDNews, Rayna Stamboliyska a ainsi estimé que les autorités françaises avaient beaucoup tardé. « On a failli attendre », a-t-elle ironisé, affirmant ne pas comprendre pourquoi cette décision n’avait pas été prise plus tôt face à ce qu’elle considère comme une opération d’ingérence étrangère. Julia Cagé a, elle, appelé à « élargir la focale » à l’ensemble du « système médiatique » formé par les médias appartenant à Vincent Bolloré qui nuirait gravement « au pluralisme ».

Puis vint le chapitre consacré au financement de la présidentielle. Là encore, aucune voix discordante pour nuancer les attaques contre le RN. « On a quand même un parti qui n’est pas solvable depuis des années, qui gère très mal son argent », a accusé Rayna Stamboliyska. Cette dernière s’est également demandé si les impôts des Français devaient servir à garantir les emprunts d’une formation dont les dirigeants ont été condamnés pour détournement de fonds publics… Julia Cagé a proposé, de son côté, la création d’une « banque de la démocratie » chargée de financer les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de signatures citoyennes. Deux intervenantes, donc, mais aucune personnalité invitée à défendre le RN, à rappeler les difficultés bancaires rencontrées depuis des années par cette formation ou simplement à contester les accusations formulées à son encontre. Vendredi matin, la contradiction était bel et bien aux abonnés absents.

Philippe Ballard saisit l’Arcom

Cette curieuse conception du pluralisme a fait réagir l'ancien journaliste Philippe Ballard. Le député et porte-parole du Rassemblement national a annoncé avoir saisi l’Arcom après ce qu’il qualifie de « faux débat "équitable" ». « Présenter deux militantes de gauche farouchement anti-RN comme de simples expertes constitue un manquement flagrant aux exigences d’honnêteté, de rigueur, d’impartialité et de pluralisme du service public audiovisuel », a-t-il dénoncé, sur X.

Dans un précédent message, l’élu avait interpellé directement Céline Pigalle, nouvelle directrice de France Inter : « Voilà donc leur conception du "pluralisme". » Avant de remettre sur la table une proposition régulièrement avancée par son parti : la privatisation de la radio publique afin d’obtenir, à l’approche de 2027, « une radio équitable et respectueuse de tous les Français ».

Un groupe audiovisuel récidiviste

Que venait faire dans ce débat Rayna Stamboliyska, experte en cybersécurité et diplomatie du numérique ? On se le demande encore. Pour le dire poliment, son expertise sur les thèmes des médias et du financement des partis politiques ne saute pas aux yeux. Mais le cas de Julia Cagé est plus embarrassant, encore. Les auditeurs de France Inter la connaissent bien : l’économiste est régulièrement conviée par le service public, où elle est généralement présentée sous ses seuls titres universitaires. Son engagement politique est pourtant tout sauf anecdotique. En 2024, la compagne du non moins engagé Thomas Piketty avait appelé au rassemblement de la gauche après la dissolution de l’Assemblée nationale et participé à l’élaboration du programme économique du Nouveau Front populaire. Elle était ensuite intervenue publiquement pour défendre cette alliance, dominée par La France insoumise, et pour appeler à faire barrage au Rassemblement national. Sur France Inter, en pleine campagne des législatives, elle exhortait notamment les électeurs républicains et macronistes à voter partout contre « l’extrême droite », tout en assurant, sans rire, ne donner aucune consigne de vote.

De son côté, Philippe Ballard n’en est pas à son premier signalement, concernant Radio France. Une précédente intervention auprès de l’Arcom avait contribué à mettre en lumière une pratique particulièrement inventive : France Inter et France Info respectent formellement le temps de parole du RN, mais en diffusent l’essentiel lorsque les Français dorment ! Un procédé qui avait conduit à la mise en demeure de Radio France. Pour sa défense, le groupe public avait invoqué une « erreur technique » liée à son logiciel de comptabilisation…

Faute de pouvoir continuer à cacher le RN dans les programmes nocturnes, France Inter lui consacre, désormais, des débats matinaux où tous les invités sont d’accord pour l’accabler. Le pluralisme progresse : les attaques sont maintenant diffusées aux heures de grande écoute !

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

125 commentaires

  1. Comme il y a peu de gens qui s’y connaissent dans les auditeurs, personne ne remarque que tous les débats environnementaux (bassines, sols agricoles, climat, chasse, destructions d’étangs et de plans d’eau, pesticides, loups et plein d’autres) sur France Inter sont biaisés.
    Les invités sont toujours des militants environnementaux parfois auteurs de livres catastrophistes auquel on assure une publicité gratuite. D’autres ont des entreprises qui vendent des stages pour s’adapter ou des analyses et utilisent comme argument publicitaire pour faire fonctionner leurs boîtes, la peur au mépris de toute vérité.
    On invite au mieux un représentant agricole ou un vrai scientifique objectif qui peut rarement s’exprimer devant l’avalanche d’agressions verbales, encore moins expliquer rationnellement certains points.
    C’est comme ça qu’on manipule l’opinion.

    Les débats sur les bassines ont été édifiants. On a fait croire aux gens à un « cycle de l’eau » sacré qu’il ne faudrait pas enfreindre et on donne raison à ceux qui empêchent de stocker l’eau quand elle abonde et cela inclut pomper dans des nappes pleines voir qui débordent inondant tout dans certaines régions de l’ouest comme ce printemps.

  2. Les français ne s’étonnent guère que tout le monde dise la même chose sur les médias mainstream. Radio France ou Cnews sont d’accords sur tout au final, bien qu’ils s’en défendent. Un peu comme tous nos partis, de LFI au RN en passant par tous ceux qui se trouvent entre ; il sont tous pro UE. Tous ceux que je côtoie récitent le narratif officiel et se croient informés. Ils croient même être à l’origine d’une pensée… Ils ne s’étonnent guère des lois liberticides et de contrôle qui se succèdent. Je les entends se plaindre, ça oui. Ca y va. Mais ils rentrent vite dans le rang quand cela devient sérieux. Ils reprennent alors leur attitude moutonnière, ils suivent le discours ambiant et quand ils s’expriment en public c’est pour bien montrer leur conformisme. « Je n’aime pas les extrêmes » qu’ils disent. Et l’extrême centre ? « Le quoi » ? Qu’attendre de gens qui pour ne pas être privé de dessert (restau) sont allés se faire injecter des produits expérimentaux et qui jusqu’au premier d’entre eux m’ont insulté tous les jours pendant des mois parce que je n’en étais pas? Tous ceux que je connais n’y sont pas allés pour se soigner mais pour se conformer. Devant leur TV quand ils regardent Matrix, dans le canapé ils sont à fond du côté de Neo et de Morpheus. Dans la vraie vie, ils sont en face d’eux, du côté du conforme. Rien. Je n’attends plus rien des français.

  3. Et l’Ernotte ? Quand est-elle virée et ruinée ?
    Ha, j’oubliais, elle vient d’être élue présidente de la radio-télévision européenne …
    Jusqu’où iront-ils ?

  4. Le programme « économique » de Cagé s’inspire largement du programme fiscal de Suckman (qui comme son nom l’indique vous sucera votre argent jusqu’à la moelle et de Pikettou le bien-nommé.
    En France de tels charlots deviennent docteurs en économie. Cherchez l’erreur !

  5. Le vrai problème : une radio publique financée par nous contribuables pour se faire cracher dessus par des spécialistes auto proclamés dont la seule garantie est d’etre de gauche …

  6. Un cafard peut survivre à une guerre nucléaire, mais meurt s’il est frappé par un journal.
    Voyez à quel point les médias sont dangereux !

    • Non. Le vent n’est absolument pas en train de tourner. Si vous croyez que Marine Le Pen va être élue vous vous mettez le doigt dans l’oeil. Cette dame dit qu’elle n’est pas de droite. Elle répète urbi et orbi qu’elle ne veut pas d’alliance avec la droite. La réalité c’est que le RN ne veut pas du pouvoir car ils sont tout simplement totalement incompétents.

      • Au vu des résultats des compétant et du Mozart de la finance, jouer l’incompétence me paraît un joker.

      • Quel manque d’objectivité, ils n’ont jamais été aux manettes ! Les incompétents sont ceux qui nous ont plombés de 3600 MD. et sont incapables de gérer le pay (insécurité, immigration, hôpitaux, gestion des feux et j’en passe) bonne journée !

  7. L’état nous pompe 4 milliards pour financer la propagande de gauche, elle est pas belle la vie?

  8. Mais l’arcom est noyauté par la gauche et n’est rien d’autre qu’un instrument de censure anti démocratique.

  9. France Inter ? Je n’ai pas dû l’écouter depuis que « L’oreille en coin » n’est plus à l’antenne (1990) et que « Le tribunal des flagrants délires » n’est plus diffusé (1983).

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