Ce qui est plaisant, avec le Front national, c’est son éternelle capacité à rebondir, voire même (et surtout) dans la tourmente. Petit retour en arrière. 2007, alors que Jean-Marie Le Pen pense réitérer son exploit du 21 avril 2002, pis que d’incarner le troisième homme, il finit en quatrième position. Les élections législatives qui s’ensuivent font figure de Waterloo mâtiné de Bérézina, à l’exception d’une Marine Le Pen qui dépasse la barre des 40 % à Hénin-Beaumont, s’ancrant ainsi dans un fief électoral à partir duquel elle prépare la reconquête. Comme quoi les divines surprises, ça marche parfois.

Elle prend la présidence du Front national à la hussarde peu de temps après, tout en confiant au nouveau venu Florian Philippot le soin de théoriser cette ligne politique qui est la sienne depuis toujours, sorte de gaullo-souverainisme et de national-républicanisme qui permettront, un temps, à son mouvement de devenir le premier parti politique de France.

Le politologue Pascal Perrineau, l’un des meilleurs analystes de la galaxie lepéniste, vient de signer un roboratif essai, Cette France de gauche qui vote FN. Il explique à nos confrères du Point : “Depuis une dizaine d’années, une partie de la dynamique électorale du FN s’alimente d’une déception des électeurs de gauche. Lors du second tour de la présidentielle 2017, le FN a obtenu une majorité absolue seulement dans deux départements : le Pas-de-Calais et l’Aisne. Ce sont deux départements où voter à gauche est une tradition historique.”

Il est un fait qu’au Front national, cette nouvelle donne a causé quelques remous en interne. “Ni droite ni gauche” ? “De droite et de gauche” ? Ligne qu’une Marion Maréchal-Le Pen refusait qu’elle devienne axe “ni droite ni droite” ? Les résultats du second tour auraient plutôt tendance à donner en partie raison à ce Front national de “gauche” au Nord, contre celui de “droite” au Sud. Et Pascal Perrineau de souligner : “Quand le FN plaçait la barre complètement à droite, il faisait 10 % ou 15 %. […] C’est la ligne plus ou moins incarnée par Florian Philippot qui les a fait décoller. Marine Le Pen a rassemblé, en 2017, près du double des voix gagnées par son père en 2002.”

Il n’empêche que Marine Le Pen se trouve, aujourd’hui, en une mouise relative. Relative, car elle ne pourra faire l’économie d’une remise à plat du logiciel lepéniste, tout en sachant que son leadership demeure malgré tout incontesté. Relative, encore, les résultats finaux étant certes décevants par rapport aux ambitions d’origine, mais finalement moins catastrophiques que prévu. Huit députés lepénistes au Parlement, c’est bien ; mais évidemment pas assez pour constituer un groupe. Relative, toujours, car la perspective d’un tel groupe, à vocation technique plus que politique, demeure parfaitement envisageable.

Une fois de plus, c’est dans la débine qu’on peut puiser l’énergie nécessaire. Dès ce matin, sur RTL, Louis Aliot, député frontiste tout neuf, annonçait l’éventuelle émergence d’un tel groupe. En effet, il ne s’en faudrait pas de beaucoup, si l’on fait les comptes, à défaut de refaire le match. Huit députés FN. Plus deux députés de droite, Nicolas Dupont-Aignan et Jacques Bompard : nous voilà à dix. Ne manquent plus que cinq. Jean Lassalle ? La grosse dizaine de parlementaires divers droite ? Sans oublier trois nouveaux arrivés, indépendantistes corses, sachant qu’avec les Corses, tout demeure possible, l’Île de Beauté ayant massivement voté pour Marine Le Pen lors de la dernière élection présidentielle.

Dans le proche entourage mariniste, on nous fait savoir que tout cela ne relève pas de la seule fiction, “à condition que tout le monde ne soit pas trop con”… Ce qui n’est pas gagné d’avance et signifie que le jeu, à défaut d’être fermé, demeure ouvert. Il le sera d’autant plus si un Louis Aliot, respecté à la fois de l’état-major et de la base du FN, pas plus inféodé à l’une ou l’autre des deux lignes évoquées plus haut, se trouve à la manœuvre.

Si l’espoir est d’essence divine, la désespérance, elle, est de teneur diabolique. Ne jamais désespérer, donc. En ne comptant pas trop sur la Providence pour qu’elle fasse le reste ; mais un peu, quand même. L’avenir commence toujours demain.

À lire aussi

Coronavirus : Philippe, Véran, Ndiaye, Buzyn et Salomon perquisitionnés à domicile !

N’importe quel clampin qui se sent offensé fait procès au premier quidam venu. …