Culture - Editoriaux - 22 juin 2019

Fête de la Musique et de la Légion d’honneur !

Suis-je le seul à être interpellé par la remise de la Légion d’honneur à Elton John ?
Pire, encore : je suis indigné par le cérémonial élyséen devant une cour d’adorateurs et dévots boboïsants de la culture et des médias, rassemblée sous le symbole – ou le prétexte – de la musique !

Je rappelle que cette distinction honore les personnes « qui ont acquis des mérites éminents au service de la nation ». En quoi ce chanteur, pour surdoué et briseur de tabou qu’il soit, a-t-il rendu des services à la France ?

Les communiqués du Palais nous ont fait savoir que le Président veut « saluer l’engagement » de « l’un des artistes qui investit et s’investit le plus dans le caritatif et notamment pour les malades du SIDA ». Il est aussi « l’un des premiers artistes gay à avoir eu le courage de le dire, et de porter la voix de la communauté LGBT dans les médias » (sic), a souligné la présidence.

Je m’interdis des commentaires pour ne pas tomber sous les tirs en rafale des nouveaux bien-pensants et autres associations de défense des minorités modernes. Cependant, je me demande comment la chancellerie et le général qui est à la tête de l’institution ont géré cette proposition d’Emmanuel Macron. Sans parler des remous et autres allergies estivales provoqués chez les anciens combattants ayant reçu cette haute décoration pour faits de guerre.

Car, je le rappelle, il existe une autre récompense, l’ordre national du Mérite, créé par le général de Gaulle en 1963, précisément pour ne pas « brader » la première et distinguer également les mérites, militaires ou civils, rendus à la nation française, y compris par des citoyens étrangers.

Mais si Sir Elton John – la reine d’Angleterre a le délicieux privilège d’anoblir artistes et chanteurs – mérite énormément de la communauté scientifique et médicale, peut-être eût-il été plus opportun de lui conférer le ruban rouge en un lieu symbolique tel qu’une académie de médecine ou au siège parisien de l’UNESCO ? Et plutôt par un éminent chercheur ou un prix Nobel que par le premier magistrat de la République soi-même, l’accompagnant main dans la main sur le perron de l’Élysée ?

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