Lendemain de fête de la Musique : il est 5 heures, Toulouse s’éveille…

Il est 5 heures, Toulouse s’éveille, ce samedi matin, rue des Filatiers. Cette nuit, la « fête de la Musique », rendez-vous annuel de l’abrutissement des masses alcoolisées, n’a pu être supportée que grâce aux boules Quies™ et au double vitrage.

Il est 5 heures, rue des Filatiers, et sous ma fenêtre, devant la maison Calas, les derniers ivrognes inconscients du drame qui s’y est déroulé jadis se vengent de leur mal-vivre sur les sacs-poubelle éventrés en shootant les cadavres de canettes et autres vestiges de beuveries.

La rue des Filatiers, c’était déjà pas un boulevard, Voltaire, quand tu écrivais sur l’affaire Calas. Tout juste une ruelle piétonne, avec de beaux pavés roses tout neufs mais taillés façon médiéval pour attirer les touristes.

Les éboueurs sont fatigués, les balayeurs sont déprimés. Il est 5 heures…

Pourtant, hier matin, en voyant les camions déverser les barils de bière avec leurs tireuses sous une pluie battante, je me disais : il y a de l’espoir, la « fête de la Musique » va peut-être tomber à l’eau ? Las ! La pluie a cessé et les inévitables percussionnistes brésiliens en tutus ridicules nous ont cassé les c… oreilles jusque tard dans la nuit.

Dans ma tête résonne la voix de Nougaro : « Ici, même les mémés aiment la castagne. » C’est vrai pour le rugby mais pas pour les gilets jaunes. Ici, les mémés n’aiment pas Castaner.

Cet après-midi, je suis allé une nouvelle fois marcher en gilet jaune avec Bernanos.

Le choc de ces deux événements rapprochés, fête de la Musique et nouvel acte des gilets jaunes, est par trop évident. Chaque année, cette fête de la Musique est un peu plus triste que la précédente. Elle est triste à mourir car c’est le sens de la fête qui disparaît. Il ne suffit pas de décréter « désormais, le 21 juin, vous ferez la fête » pour qu’automatiquement, comme par miracle, le bon peuple fasse la fête. Pour compenser cette perte de sens, on s’abrutit d’alcool. Jack Lang a eu un manque de lucidité évidente : le peuple ne fait plus peuple. Parce qu’il n’y a plus de fraternité.

Les gilets jaunes ont eu le génie de la restaurer. Même si elle s’émousse dans les manifs des grandes villes, elle subsiste sur les ronds-points. Avouez qu’il est plus réjouissant de voir une aristo, un artisan, un chômeur et un agriculteur trinquer sur un rond-point que de voir une horde alcoolisée déambuler tristement dans nos rues assommées par des rythmes afro-latino-hystériques.

Il est 5 heures, Toulouse s’éveille… et je n’ai pas sommeil.

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