Editoriaux - Société - 25 juin 2019

Féministes contre anti-IVG : jeu du chat et de la souris dans les rues de Strasbourg

Samedi dernier, eut lieu la cinquième manifestation organisée par l’association SOS Tout-petits, cette année, à Strasbourg. À chaque fois, une quinzaine de catholiques se rassemblent pour réciter un « rosaire pour la vie » sur une place publique et pour distribuer des tracts contre l’avortement aux passants. Hermine et Nicolas, les deux jeunes organisateurs, firent cette fois face à une contre-manifestation organisée par des collectifs féministes. Dans les rangs se tenaient des représentants d’Osez le féminisme !, du collectif Justice et Libertés « contre l’extrême droite », du Planning familial et des Effronté.e.s.

Les organisatrices ont cherché à surprendre les participants au « rosaire pour la vie », pour faire un coup médiatique. Manque de chance, elles se sont trompées de lieu : pendant que le groupe catholique priait et tractait au parc de l’Orangerie, les féministes ont désespérément parcouru tout le centre de Strasbourg pour les chercher. Un jeu du chat et de la souris. Les slogans féministes se comptaient à la pelle : « Avortons le patriarcat », « Nos désirs font désordre », « Plutôt jouir que se reproduire : laissez-moi choisir ». Une petite fille brandissait même une pancarte surprenante : « Vos rosaires hors de nos ovaires. » Reste à savoir si la fillette connaît l’anatomie féminine…

Le communiqué des collectifs en question fut clair, appelant « les féministes, démocrates, progressistes et toutes les personnes pro-choix, défenseuses et défenseurs des conquêtes sociales à s’opposer vigoureusement au rassemblement » au nom de l’amendement voté en 2017 pour le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse. Mais les participants au « rosaire pour la vie » ont-ils entravé la liberté des femmes ? Non, pour Nicolas et Hermine, qui affirment que les personnes qui passent devant leur manifestation sont curieuses et ouvertes au dialogue.

L’action menée par les féministes s’inscrit en réaction à la venue du docteur Xavier Dor, embryologiste anti-IVG, à Strasbourg, les 29 et 30 mars derniers. D’autres combats sont dans la ligne de mire des féministes. En effet, dans leur communiqué, les pro-IVG ont tiré la sonnette d’alarme sur « la montée des intégrismes en Europe de l’Est, en Italie et aux États-Unis ». En effet, depuis quelques mois, plusieurs États américains tels que le Missouri, l’Alabama et la Louisiane mènent une bataille législative et sociale contre l’IVG. Les organisations féministes se saisissent donc de cette actualité sociale brûlante. Le 7 juin dernier, toujours à Strasbourg, les mêmes groupes s’étaient donné rendez-vous devant le consulat des États-Unis pour protester contre la politique pro-vie de Trump. Ces mouvements ciblent également la Pologne, où l’accès à l’IVG est très restreint et alimente des tensions profondes au sein de la classe politique.

La démarche de Nicolas et Hermine, à chaque rassemblement, consiste à interpeller les passants sur certaines questions relatives à l’IVG. Mais dans leur communiqué, les organisations féministes affirment qu’ils méritent l’emprisonnement ou, au moins, une amende. Compte tenu du délit d’entrave à l’IVG et du refus de quelques féministes de débattre sur ce sujet sociétal… qui doit se taire ?

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