Editoriaux - Société - 27 octobre 2019

Féminicides : pendant que la Justice publie un rapport sur ses carences, le 124e a été commis à Bordeaux…

Le 124e féminicide a été commis, lundi dernier, à Bordeaux. Marie Claire rapportait les faits ainsi : « Ce lundi 21 octobre, une femme âgée de 35 ans a été retrouvée morte rue du Docteur-Schweitzer dans un immeuble du quartier Grand Parc à Bordeaux. Un couteau planté dans le thorax, elle est décédée des suites de ses blessures. Son ex-conjoint est activement recherché, alors que l’hypothèse du est privilégiée. Le parquet de Bordeaux a ouvert une enquête pour homicide volontaire. La victime a été trouvée au deuxième étage de l’immeuble, les secours étant intervenus peu après 14 h 30. Grièvement blessée, elle serait parvenue à descendre un étage avant de s’effondrer. Aucun témoin n’ayant assisté à l’agression, l’auteur de ce coup de couteau porté dans la région du cœur est encore méconnu. Cependant, des violences conjugales commises par un ancien conjoint ont été mises au jour par les enquêteurs qui ont immédiatement procédé à une analyse du passé de la victime. Selon le quotidien Sud-Ouest, l’homme est activement recherché. »

Le mari (et père des quatre enfants) a été arrêté, mardi soir, à Lormont, une banlieue de Bordeaux, et, d’abord muet, il a reconnu les faits. D’après franceinfo, c’est un Algérien âgé d’une quarantaine d’années, mais on apprend aussi que la victime, Safia Mohammedi, mère de quatre enfants, avait déposé plainte, en avril 2019, pour « violences par ex-conjoint ayant entraîné une interruption totale de travail inférieure à huit jours ». Et le mari était convoqué en… janvier prochain.

Trop tard. Encore un « trop tard » tragique… Et l’ironie l’est tout autant, puisque est sorti cette semaine, dans la presse, un rapport du parquet général de la cour d’appel d’Aix qui démontre que « l’homicide ou la tentative est la suite d’un comportement violent récurrent ». Ah… Le Monde titre : « Féminicides : une étude inédite détaille les carences judiciaires dans la prévention ». Fallait-il vraiment un tel rapport pour savoir tout cela ?

L’attitude des pouvoirs publics face à ce phénomène est révélatrice de leur impuissance chronique et comme maladive, sur ce sujet comme sur celui de la délinquance : le massacre a lieu, on connaît les causes, les signes ou les « signaux faibles » – en l’occurrence plutôt forts – mais la Justice commande des rapports sur ses propres lenteurs (tout en s’exonérant au passage…), Marlène Schiappa et Emmanuel Macron organisent un Grenelle des violences conjugales depuis le 3 septembre et les féministes une marche le 23 novembre… Caroline De Haas, dans une interview des Inrocks, publiée après ce 124e féminicide, dénonce le « surplace » d’Emmanuel Macron sur le sujet. Pas faux, et pas que sur ce sujet, d’ailleurs. Mais elle, est-elle prête à soutenir un véritable durcissement sécuritaire ?

Du papier, des paroles, du vent… Pendant que des femmes crient, se cachent, pleurent, déposent parfois plainte, la retirent sous la pression, et meurent sauvagement assassinées.

On croit rêver.

Néanmoins, ce rapport pourrait avoir un intérêt. Il avait pour but d’« analyser les circonstances, les profils des auteurs et des victimes ».

Et que nous révèle-t-il de ces « profils » ? Que 80 % des auteurs avaient déjà commis des violences sur leur conjoint, que 55 % étaient déjà connus pour des antécédents judiciaires de menaces ou violences sur conjoint, que 41 % des féminicides sont commis à l’arme blanche… Et puis on nous parle de la diversité des âges, de 21 à 78 ans. Et c’est tout. Le rapport n’aborde-t-il pas d’autres critères ? Sociaux ? Religieux ? Culturels ? Rapport aux stupéfiants ? Si c’était le cas, Le Monde n’en a rien dit. Le 124e féminicide, lui, cochait bien toutes les grandes cases dessinées dans le rapport : violences antérieures, plainte, lenteur de la Justice, assassinat à l’arme blanche.

Une question : ne manque-t-il pas certaines cases dans ce rapport ?

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