Editoriaux - Société - 24 février 2020

Familles biologiques, je vous hais

Si vous êtes à la recherche d’une spécialiste sur le féminisme eugénique, bioconservateur et impérial, une experte sur les questions de reproduction sociale queer et trans, docteure dans le domaine de l’abolitionnisme de la famille féministe noire, à la fois hydroféministe, postgénomique et fine analyste de soins marxistes-féministes, eh bien, ne cherchez plus et inutile de remercier, la maison ne recule devant aucun sacrifice. La perle rare qui cumule toutes ces compétences existe et on vous l’a dénichée. Il s’agit de Sophie Lewis, universitaire, écrivaine, théoricienne, engendrée du département de recherche sociale et de sciences dites humaines de l’université de Brooklyn (États-Unis).

En sus de nombreuses publications académiques, Sophie a récemment accouché d’un nouvel ouvrage, Full Surrogacy Now, qu’on pourrait adapter en République progressiste par « Mère de substitution pour tous », pamphlet militant qui appelle à l’abolition de la famille. La famille nucléaire, c’est le malheur de Sophie. Pour y remédier, cette féministe modèle fait la promotion d’une maternité de substitution intégrale à l’échelle industrielle, arguant que toute gestation est un travail eu égard l’immense labeur physique et émotionnel qu’il induit. Tellement triste que Pierre Bergé ne soit plus parmi nous pour applaudir. « La situation actuelle est sociale, pas simplement “naturelle”, les choses le sont ainsi pour des raisons politiques et économiques : nous les avons faites ainsi », nous dit celle qui imagine un avenir où le travail de création de nouveaux êtres humains est partagé, la « mère » n’étant plus une catégorie naturelle mais plutôt une entité choisie.

Cette « gestation open source, entièrement collaborative », implique la désintégration des « unités familiales privées distinctes » – les familles nucléaires structurelles – et leur dissolution dans des systèmes plus justes et vastes qui peuvent fournir le soutien nécessaire parfois déficient, y compris dans les situations familiales dites « heureuses ». La famille biologique est la base arrière de l’oppression des femmes, sous-classe forcée à supporter le poids du travail gestationnel, fondement du capitalisme, conclut-elle.

Mais pourquoi encore évoquer ces délires progressistes transatlantiques ? Cela ne nous regarde pas, somme toute. Hélas, de consort avec la malbouffe et la propagande, ces avancées sociétales auront inéluctablement, tôt ou tard, voix au chapitre au sein de la République start-up. L’analogie peut-être raisonnablement faite avec la politique d’influence menée, depuis plus d’une décennie, par les États-Unis de concert avec certaines institutions financières, la banque JPMorgan Chase, pour n’en citer qu’une, qui implémente une stratégie méthodique de séduction, amplifiée par l’élection de Barack Obama, à l’égard des élites au sein des banlieues de la République diverse. Ces « actions philanthropiques » visent à repérer et faire la promotion d’élus locaux, responsables religieux, culturels, associatifs, artistes. On pense, notamment, à Rokhaya Diallo et Maboula Soumahoro, qui sont allées peaufiner leur cursus chez l’Oncle Sam.

Et c’est ainsi, notamment, que la diffusion des idées s’amplifie et traverse l’Atlantique en créant une confusion entre le prosélytisme universitaire, le militantisme et l’ingérence politique, la caution académique permettant de légitimer des luttes sociétales. L’adage ne dit-il pas que si la Chine éternue, c’est le monde entier qui s’enrhume. En corollaire, si le progressisme états-unien expectore, tôt ou tard c’est notre République qui hérite du crachat.

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