Comme certains d’entre vous sans doute, j’ai reçu de la Sécu une lettre très attentionnée. Insistant sur mon âge qui vient, disent-ils, de me faire basculer dans les populations à risque, on m’enjoint d’aller voir le médecin :
« Les conséquences d’un suivi médical moins régulier sur votre état de santé peuvent être potentiellement graves. Pour ces raisons, nous vous invitons à prendre contact rapidement avec votre médecin traitant pour bénéficier d’une “consultation longue” prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, jusqu’au 30 juin 2020.
L’Assurance Maladie accompagne aussi votre médecin pour l’informer de ce dispositif.
Avec toute mon attention,
Votre correspondant de l’Assurance Maladie. »

(Souligné et en gras par leurs soins)

Chez le toubib, donc, et fissa ! Pourtant, El hamdou lillah, labès ! Eh oui, je vais bien, très bien, même. Pas besoin de creuser davantage le trou de la Sécu. Quoique… Quoique je me sente parfois un peu nerveuse, stressée par l’air du temps, contrainte… Voyez, inconsciemment je m’entraîne à remplacer le français par des expressions plus exotiques, au cas où…

Pourtant la vie pourrait être simple. Il suffirait de capituler, d’accepter, d’entrer dans le rang, de mettre un genou à terre. La méthode est aisée, elle nous vient de M. Coué de la Châtaigneraie (1857-1926). C’est une méthode basée sur l’autopersuasion. De l’autosuggestion « consciente et sans limites ». Il suffit de se répéter les mantras de base tous les matins au réveil. Par exemple :
« Un bon flic est un flic mort »
« Le racisme ne s’exerce jamais à l’encontre des Blancs »
« La gauche, c’est bien, la droite, c’est caca »
« Ceux qui ne manifestent pas n’ont rien à foutre dehors »
Etc.

Dans ce monde idéal, les flics en question seront totalement désarmés pour plaire à Mélenchon, les voyous porteront tous des gilets pare-balles et les Tchétchènes s’occuperont de la sécurité citoyenne. Les dealers feront des soldes à l’entrée des cités et des livraisons par Amazon, les enfants qui ne retourneront pas à l’école pourront choisir leurs diplômes et les recevront, encadrés, avec le premier versement de leur allocation universelle.

J’ai l’air de plaisanter mais je suis, hélas, très sérieuse, car ce voyage en Absurdie est une réalité qui s’impose déjà. Nos policiers, en première ligne, l’apprennent à leurs dépens. Alors, pour répondre aux injonctions d’une société qui s’obstine à nier les faits et au ministre de l’Intérieur qui court derrière, ils ont décidé de mener des « opérations Bisounours ».

« À force de vouloir être dans un monde parfait où tout est rose et où tout va bien, la police ne peut plus faire son travail », explique Denis Jacob, le secrétaire général du syndicat Alternative, la branche police de la CFDT, au HuffPost. « On a l’impression qu’avec les dernières annonces et la volonté de nous retirer les moyens de travailler, on devra bientôt aller sur le terrain avec des bouquets de fleurs », alors puisque les fleurs, c’est périssable et les bonbons, c’est tellement bon, les syndicats de police ont entrepris de distribuer ici des glaces, là des sucettes, avec en fond sonore le générique des Bisounours.

Le syndicat Alternative a même créé un nouvel écusson, celui de « La Bisounours ». On y voit, sur fond rose, une licorne posée sur un arc-en-ciel et entourée de petits cœurs et d’étoiles. Un humour grinçant face aux injonction irréalistes du ministre et d’un gouvernement qui, comme ses prédécesseurs, refuse d’assumer les responsabilités du maintien de l’ordre républicain. L’abandon des techniques d’intervention en est l’illustration dramatique, qui fait dire à Denis Jacob : « Soit on nous dit de continuer à l’utiliser [la clé d’étranglement], soit on nous l’interdit. Là, ce qu’on nous dit, c’est de continuer, mais que s’il y a un problème… bah, démerdez-vous. »

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