Culture - Editoriaux - International - Médias - 14 janvier 2018

Face à Trump, comment les Africains doivent-ils réagir ?

Il est ressorti des réseaux sociaux et de médias sérieux que le président Donald Trump vient de lancer des invectives à l’endroit du continent africain mais aussi de Haïti. Une telle réaction au soubassement raciste ne nous étonne pas provenant d’un chef d’État iconoclaste. Il a démenti avoir tenu ces propos mais a confirmé, sur le fond, sa pensée. 
De mon point de vue, ce dérapage devrait être une occasion historique, une chance à saisir par les Africains pour, enfin, enclencher une nouvelle dynamique dans leur rapport avec le reste du monde. L’Afrique doit exiger de ses partenaires le respect.

Cette sortie de Trump devrait être un tournant symbolique important, un déclic générateur d’une prise de conscience, une occasion, pour les pays africains, de montrer définitivement leur attachement aux principes élémentaires de civilité, d’élégance et de respect entre États souverains. À cet égard, nous sommes heureux de constater avec joie et fierté la vigueur des réactions enregistrées qui sont proportionnelles à la gravité du forfait commis. Je salue le courage des gouvernements du Sénégal et du Botswana, qui ont fait preuve de courage et de dignité en publiant des communiqués de protestation et en convoquant l’ambassadeur américain en poste dans leur pays.

Cette Afrique qui monte au créneau, qui proteste et demande à se faire respecter, c’est sans doute une nouvelle donne dans les relations internationales. Cela pourrait être un nouveau départ dans la manière d’aborder ses rapports avec le reste du monde.

Tout en approuvant ces réactions, je n’en demeure pas moins convaincu que notre continent doit œuvrer à la consolidation de la paix tant menacée dans le monde et considérer cette étape gouvernementale Trump comme une parenthèse à vite oublier. Ce président n’est pas un chef d’État ordinaire. Certains s’interrogent sur ses facultés mentales. D’autres sur son éducation. Ses propos choquants reflètent un état d’esprit arrogant et, sans doute, des préjugés civilisationnels. C’est pourquoi, tout en faisant respecter ses principes, l’Afrique devrait faire preuve de sagesse et de discernement en ignorant ces provocations. Le continent doit avoir comme repère dans ses relations avec les États-Unis cette écrasante majorité d’Américains attachés à la liberté, au progrès de l’humanité et au respect des cultures universelles. Cette Amérique qui a joué un rôle prépondérant dans l’avènement d’un monde libre et qui, pour la première fois et contre toute attente, a élu à sa tête un président dont le père est originaire d’Afrique doit être présente dans le cœur des Africains. L’Afrique ne doit pas céder aux provocations de Trump. Elle doit faire preuve de maturité, de discernement et savoir que les actuels dirigeants américains ne seront pas à la hauteur de ses attentes. Le continent doit gérer en toute responsabilité et dans la patience une ère Trump qui sera, certes difficile dans ses rapports avec la première puissance mondiale, mais qui pourrait être courte. Au vu des sondages actuels, Trump ne devrait pas avoir un second mandat.

Après les offenses contre le droit international et les pays arabo-musulmans avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, et suite aux déclarations irrespectueuses contre la race noire, il est loisible de se poser la question : à qui le tour ?

Il est vrai que l’architecture institutionnelle américaine génère des contre-pouvoirs importants permettant d’éviter que le locataire de la Maison-Blanche ne commette l’irréparable. Cependant, le monde gagnerait à faire très attention à ne pas tomber dans les travers d’une instabilité mondiale chronique qui n’est de l’intérêt de personne, y compris les États-Unis. C’est pourquoi nous lançons un appel à tous les démocrates du monde, à tous les peuples épris de paix pour lancer un Pacte International pour la Gestion des Erreurs de Trump (PIGET).

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