Editoriaux - Politique - Réflexions - 23 novembre 2018

Être maire n’est pas une sinécure

Les maires de France n’ont pas le moral, ils l’ont dit à leur hôte de l’Élysée qui, à défaut de leur avoir rendu visite, les recevait l’autre soir « au château », à l’occasion de leur congrès annuel. Opération de séduction oblige par ces temps mauvais, le chef de l’État n’a pas lésiné sur la pommade, n’hésitant pas à leur susurrer, pince-sans-rire : “Nous sommes des vrais populistes, nous sommes avec le peuple.” Il vaut mieux entendre cela que d’être sourd, devaient se dire tous ceux qui, parmi ces maires du petit peuple, n’en peuvent plus et qui comptent bien raccrocher leur écharpe tricolore aux prochaines élections municipales.

“Jamais nous n’avons vu autant d’élus et de conseillers municipaux qui ne veulent pas se représenter la prochaine fois”, reconnaît François Baroin, président de l’Association des maires de France. “Les démissions de conseillers municipaux se comptent par milliers”, surenchérit le président LR du Sénat, Gérard Larcher, dans l’enquête que publie Le Dauphiné libéré, qui confirme la fatigue psychologique des maires : « En 2014, 60 % des maires sortants ont été réélus. Quatre ans plus tard, ils sont quasiment un sur deux à vouloir abandonner tout mandat électif. » Ce qui revient en boucle dans la bouche des maires démissionnaires, précise de son côté le journal La Montagne, c’est « la baisse des dotations ; l’inflation des normes, notamment européennes ; le désengagement de l’État ; les fermetures de services publics ; les transferts de compétences sans les moyens mis en face… »

Notre pays croule sous une pléthore de réglementations en tout genre, le plus souvent inopérantes, sinon inutiles, quand elles ne sont pas carrément… kafkaïennes. Nos élus locaux en savent quelque chose, pris dans la toile de l’écheveau sans fin des innombrables dispositions qui réglementent les collectivités locales. Pas moins de 400.000 textes seraient autant d’épées de Damoclès sur la tête de nos édiles municipaux. Être maire n’est pas une sinécure. “Tout maire a un pied en prison. Le tout, c’est de faire attention à ne pas y mettre le second”, ironisait à juste titre Pierre Pavis, maire d’Argentan sous le mandat de François Hollande.

Le World Economic Forum classait la France, en 2012-2013, au 126e rang sur 144 pays en matière de complexité administrative. Pourquoi cette complexité ? Elle est principalement due à l’empilement des textes. Dès que le législateur apporte une amélioration, il en rajoute une couche sans supprimer les dispositions précédentes. Cette inflation galopante coûte, bon an mal an, entre 600 et 700 millions d’euros par an pour les collectivités locales. Sans compter le financement d’un Conseil national d’évaluation des normes (CNEN) qui, depuis dix ans, en est à son énième rapport. Le dernier en date, sur la simplification des normes applicables aux collectivités territoriales, a été remis, le 13 septembre, au Premier ministre Édouard Philippe.

En attendant ce coup de pied simplificateur dans la fourmilière administrative, nos maires sont également paralysés par les lenteurs de la Justice et l’incurie des services préfectoraux lorsque, par exemple, leurs communes sont occupées par des “campements illicites” (pour rester dans le politiquement correct). À chaque fois, c’est un véritable parcours du combattant pour enclencher une procédure d’expulsion. La commune doit, en effet, saisir soit le tribunal administratif soit le tribunal de grande instance afin d’effectuer une requête d’expulsion en référé. Le tout peut durer plus de trois semaines, ce qui permet aux contrevenants d’aller squatter une commune voisine en toute impunité.

Oui, vraiment, par les temps qui courent, être maire n’est pas une sinécure !

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