Editoriaux - Justice - Polémiques - Politique - 21 septembre 2019

Et si on dispensait Jean-Luc Mélenchon de peine ?

Avec quelle volupté publique, sans cesse exprimée, Jean-Luc Mélenchon et LFI dans son sillage se gargarisent du fait qu’on leur aurait intenté un « procès politique » !

Il s’est déroulé à Bobigny, les 19 et 20 septembre, et le délibéré a été fixé au 9 décembre. Le ministère public a requis trois mois avec sursis et 8.000 euros d’amende contre Jean-Luc Mélenchon.

Quoi qu’on puisse penser du comportement de ce dernier, il est absurde de comparer ses transgressions avec l’infraction gravissime de fraude fiscale pour laquelle les époux Balkany ont été sanctionnés, même si, Me Dupond-Moretti étant passé d’un procès à un autre, en n’ayant pas la même place ni le même rôle, a créé une sorte de lien.

Il ne s’agit évidemment pas de minimiser l’affaire de Bobigny dont Jean-Luc Mélenchon, comme c’était prévisible, s’est servi comme d’une tribune politique, avec l’appui de militants à l’extérieur qui donneraient la révolution sans confession à leur leader, pour eux charismatique.

Durant les débats apparemment, Jean-Luc Mélenchon a invoqué son état revendiqué d’insoumis comme s’il était de nature à tout justifier, à tout autoriser contre les exigences d’un État de droit accusé d’être partisan et de vouloir affaiblir encore davantage LFI. On imagine les dérives qui pourraient résulter d’une généralisation de cette attitude si peu démocratique.

Jean-Luc Mélenchon confond volontiers justice et politique au point de faire passer les infractions qui lui sont reprochées pour de la politique, exploite une confusion qui n’est que trop fréquente et validée les yeux fermés par les « ravis » de la République. Renvoyer une personnalité publique pour des délits devant un tribunal correctionnel est le comble de la démocratie et de l’égalité entre les citoyens. C’est aux antipodes d’une justice politisée dans le mauvais sens terme républicain.

Mais pourrait-on suggérer, si on a le droit de sourire, une solution qui aurait le mérite à la fois de condamner et de dégonfler ?

Jean-Luc Mélenchon, qui pourtant a longtemps frayé avec la politique socialiste orthodoxe, a été un secrétaire d’État et un sénateur d’une certaine manière classiques, et sans volonté de rupture affichée, depuis quelques années ne jure plus que par la rébellion, l’insoumission et l’insurrection. Pourtant, il ne devrait pas avoir honte de sa première période au point de cultiver avec une outrance discutable la seconde.

Je suis frappé par la fraîcheur, voire la naïveté avec lesquelles il se proclame « rebelle, insoumis ». Par l’arrogance, aussi, avec laquelle il se prête ces dispositions rares qu’il n’a pas cultivées tout au long de sa carrière politique. Quelle présomption il faut pour sans cesse se croire en rupture, supérieur à tous ces autres politiciens qui, eux, feraient dans le conformisme et la grisaille ! Quel culot il convient d’avoir pour, se prêtant d’abord à lui cette assertion, énoncer qu’« accuser un insoumis de rébellion, c’est une forme de pléonasme ».

Ce n’est pas faux sur le plan du style et de la langue, mais il ne serait pas inutile de nous démontrer, quelle que soit la haute opinion que Jean-Luc Mélenchon a de sa personnalité et de son histoire, la pertinence de cette qualification d’insoumis, sauf à considérer qu’il suffirait de se l’auto-octroyer, de perdre son contrôle lors d’une perquisition et de humer le parfum révolutionnaire en Amérique du Sud pour la mériter !

Ce mélange, dans l’affaire de Jean-Luc Mélenchon, de culpabilité factuelle et verbale et de certitude narcissique d’être un intouchable insoumis, un rebelle par nature, pourrait justifier – je ne rêve pas ! – un jugement qui serait très humiliant malgré les réquisitions ordinaires prises contre lui. J’imaginerais bien, à son encontre, une déclaration de culpabilité et une dispense de peine.

Pour pouvoir édicter celle-ci, certes, il conviendrait de torturer un peu les trois conditions qui la permettent : reclassement acquis (jamais perdu !), trouble cessé (c’est le cas!) et dommage réparé (ce ne devrait pas poser de problème).

Ironique, un tel jugement concilierait l’évidence transgressive avec une indulgence que Jean-Luc Mélenchon considérerait comme offensante, incompatible avec son statut et son essence d’insoumis et l’obligation de le prendre au sérieux. Il me semble qu’une décision de ce type – qui avait bénéficié, sans rire et sans justice, à Christine Lagarde devant la Cour de justice de la République – ne ferait pas perdre à la Justice son honneur, révélerait qu’elle a de l’humour et pourrait apaiser l’humeur de la police.

Je suis insoumis, donc je suis, nous répète Jean-Luc Mélenchon.

Le dispenser de peine mettrait à mal son statut de prétendu guérillero.

Extrait de : Justice au Singulier

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