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Economie - Editoriaux - 14 mai 2020

Et maintenant, les soldes !

Bientôt l’été ! Encore 40 jours et nous y sommes ! T-shirts et tongs partout, quel bonheur !

Après deux mois de fermeture, les commerces rouvrent leurs devantures et, déjà, on parle « soldes ».

Ah, les soldes !

Voici un domaine qui concerne, en totalité, les commerçants répartis dans la France entière, dont le métier consiste à vendre des produits un peu plus cher qu’ils ne les ont achetés. Sur le principe, rien de plus simple et, dès l’apparition de la monnaie – en Anatolie, vers 650 avant J.-C. –, les gens se sont mis à commercer. C’est dire si on n’a pas attendu l’État et ses gros doigts pour pratiquer cette activité. Eh bien ! il s’est invité au festin par l’intermédiaire d’un Code de commerce, épais bouquin dont la seule table des matières comporte, aujourd’hui, 23.200 mots.

Dans cet ouvrage, il est écrit (art. L310-3) : « Sont considérées comme soldes les ventes qui sont accompagnées ou précédées de publicité et sont annoncées comme tendant, par une réduction de prix, à l’écoulement accéléré de marchandises en stock. » En clair, le commerçant baisse ses prix sur les invendus. Comme l’État sait tout, il a bien pris soin, au préalable – au cas où les commerçants aimeraient perdre de l’argent –, de dire (art. L442-5) : « Le fait, pour tout commerçant, de revendre […] un produit en l’état à un prix inférieur à son prix d’achat effectif est puni de 75.000 € d’amende. » Suit le mode d’emploi : « Les soldes ont lieu, pour l’année civile, durant deux périodes d’une durée minimale de trois semaines et d’une durée maximale de six semaines chacune, dont les dates et les heures de début et de fin sont fixées par un arrêté du ministre chargé de l’économie. » Deux périodes, pas trois ! Pas de pub, pas de soldes ! 15 jours, pas de soldes ! Et surtout, pas de vente à perte !

Dans une économie supposée être non dirigiste, façon URSS ou Corée du Nord, tout ceci est idiot.

La question est très simple : qu’est-ce que l’État vient faire là-dedans ?

Si un commerçant vend à perte, il sait que cela ne durera pas longtemps : pas besoin de l’État pour le lui dire. S’il lui reste des articles à la fin de la saison, il sait qu’il aura plus de chances de les écouler en baissant son prix qu’en ne faisant rien : pas besoin de l’État pour l’y autoriser. Les soldes d’hiver sont fixés au début de l’hiver et non pas à la fin ; idem pour les soldes d’été, tout se passe comme si personne n’achetait à son juste prix les choses dont on a besoin pendant la saison considérée : qu’en pensent les commerçants ? C’est le ministre de l’Économie qui fixe les dates : deux fois par an, des escouades de fonctionnaires payés par nos impôts se livrent à cette tâche indispensable au bon fonctionnement de notre État-touche-à-tout : comment dit-on « gâchis », en langage de l’administration ?

On dit que l’obésité est un facteur de risque d’attraper le Covid-19. L’État, ce corps gras, sumotori obèse XXL, ne pourrait-il entamer une sérieuse cure d’amaigrissement ? On commencerait par laisser les commerçants libres de faire tourner leurs boutiques comme ils l’entendent, sans que l’État, dont les preuves d’incompétence en ce domaine sont innombrables, n’intervienne. « Liberté » serait-il devenu un gros mot ?

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