[ENTRETIEN] « La négligence administrative se nourrit des flous de la loi »

La députée Catherine Rimbert a déposé une PPL pour automatiser le principe de précaution dans la protection des mineurs.
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« Un pays qui ne protège plus ses enfants est un pays qui hypothèque son propre avenir », alerte Catherine Rimbert, députée de Vaucluse. L’élue RN vient de déposer une proposition de loi visant à durcir la protection des mineurs face aux violences sexuelles et aux actes de violence dont l'actualité ne cesse de se faire l'écho.

Transmission automatique des informations judiciaires aux employeurs, suspension conservatoire des personnels mis en cause, contrôle renforcé des antécédents : Catherine Rimbert plaide pour un principe de précaution assumé et une intervention plus rapide de l’État afin d’empêcher tout contact entre les personnes poursuivies et les enfants. « L'école et le périscolaire doivent redevenir de véritables sanctuaires », insiste-t-elle, tant cette évidence ne l'est malheureusement pas toujours. Entretien.

 

Iris Bridier. Vous déposez une proposition de loi pour une meilleure prise en compte des violences sur les enfants… Quel est aujourd'hui l’arsenal juridique existant ?

Catherine Rimbert. L’arsenal existant est principalement réactif : il intervient trop tard et souffre d’angles morts procéduraux majeurs. Aujourd'hui, le Code de l'action sociale et des familles prévoit des incapacités d'exercer (notamment l'article L. 133-6), mais elles dépendent de condamnations définitives ou de processus de contrôle préfectoraux qui manquent d'immédiateté. Le FIJAISV (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes) existe, mais son contrôle systématique au moment du recrutement n’est ni généralisé à tous les secteurs, ni pleinement automatisé.

Le cœur du problème réside dans le temps de la procédure judiciaire. Entre le moment où un individu est mis en examen pour des faits graves sur un mineur et le moment où il est jugé, il peut s'écouler des mois, voire des années, durant lesquels cet individu peut rester en contact avec des enfants par manque de transmission de l'information. Ma proposition de loi crée un véritable principe de précaution en modifiant le Code de procédure pénale et le Code pénal.

Par l'article 1er, nous créons l'article 11-4 du Code de procédure pénale qui oblige le ministère public à informer par écrit et sans délai l'employeur (public, privé ou associatif) dès qu'une personne est mise en examen, renvoyée devant un tribunal ou condamnée de manière non définitive pour des infractions sexuelles ou violentes sur un mineur.

Par l'article 5, nous instaurons l'obligation, pour toute personne candidate à des fonctions en contact habituel avec des mineurs, de produire elle-même un extrait du FIJAISV attestant de l'absence d'inscription. Nous passons d’un contrôle aléatoire ou tardif à une condition de recrutement absolue et continue.

 

I. B. La question est-elle le manque de cadre législatif ou la négligence à l’appliquer ?

C. R. Les récentes affaires ont prouvé que la négligence administrative se nourrit des flous de la loi. Quand l’information circule mal entre laJustice, les préfectures et les mairies, on invoque le secret de l'enquête ou des dysfonctionnements de services. C'est inacceptable. La loi doit être si précise qu'elle ne laisse plus aucune place à la négligence, à l'hésitation ou au « pas de vague » administratif. C’est pourquoi mon texte automatise la protection et supprime toute marge d'appréciation frileuse pour l'employeur.

L'article 1er est limpide : dès notification par le parquet, l'employeur a l'obligation légale de suspendre sans délai le contrat à titre conservatoire et de mettre en œuvre les mesures propres à assurer la cessation de tout contact avec des mineurs. De la même manière, nous levons les verrous du laxisme judiciaire avec l'article 3 en modifiant l'article 222-45 du Code pénal. Nous rendons obligatoire le prononcé de la peine complémentaire d'interdiction d'exercer à titre définitif (professionnel ou bénévole) auprès de mineurs pour les auteurs d'infractions sexuelles ou violentes. Le juge ne pourra y déroger que par une décision spécialement motivée en fonction de la personnalité de l'auteur. L'interdiction devient la règle, la dérogation devient l'exception.

Et parce que la Justice doit être équilibrée pour être forte, l’article 2 alourdit sensiblement les peines de l’article 226‑10 du Code pénal en matière de dénonciation calomnieuse en les portant à 7 ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende si la fausse accusation concerne des faits criminels ou sexuels sur un mineur. Cela protège l'institution de toute dérive tout en la rendant implacable contre les vrais prédateurs.

 

I. B. Que répondez-vous aux parents qui ont peur et manifestent spontanément ?

C. R. Je leur dis que leur colère est légitime et que l’État a failli à son devoir constitutionnel de protection. Quand des familles manifestent, c'est parce qu'elles constatent que la bureaucratie protège parfois davantage le statut d'un suspect que l'intégrité de leurs enfants victimes. Comment expliquer à des parents qu'un individu puisse encore encadrer une classe verte ou un centre de loisirs alors qu'il fait l'objet de poursuites pour des atteintes sexuelles sur mineurs ? C'est insupportable.

Mon texte répond précisément à cette angoisse en fermant toutes les vannes de la complaisance. Regardez l'article 4 : il supprime purement et simplement le dernier alinéa de l'article 706-53-2 du Code de procédure pénale, qui permettait jusqu'ici la non-inscription de certaines décisions concernant les mineurs de moins de 13 ans. Au Rassemblement national, nous refusons les amnésies judiciaires quand il s'agit de protéger nos enfants. Tout doit être tracé, tout doit être vérifié. À ces parents, je dis que nous remettrons de l'ordre normatif : l'école et le périscolaire doivent redevenir de véritables sanctuaires.

 

I. B. Dénatalité, agressions sexuelles : est-ce notre rapport à l’enfance qui est malade ? Quelle politique nationale pour s’en sortir ?

C. R. C'est notre modèle de société qui traverse une crise morale profonde, marquée par le renoncement de l'autorité publique et la perte du sens des responsabilités. La dénatalité traduit une perte de confiance des familles dans l’avenir ; l’explosion des révélations de violences sur les mineurs démontre que notre société a baissé la garde face aux pires déviances. Un pays qui ne protège plus ses enfants est un pays qui hypothèque son propre avenir.

La politique que nous défendons au Rassemblement national repose sur un principe clair : restaurer un environnement de confiance absolue pour les familles. Cela demande une politique nataliste et de soutien à la parentalité, d'un côté, et, de l'autre, une sévérité pénale et administrative totale contre ceux qui s’en prennent aux enfants.

Cette proposition de loi matérialise cette fermeté. En imposant par décret (via l'article 5) les modalités de contrôle, de validité et de conservation des extraits de FIJAISV par les employeurs, nous créons un bouclier étanche autour des structures d'accueil.

On ne peut pas relancer la natalité et demander aux parents de faire confiance aux institutions si l'État n'est pas capable de leur garantir que les adultes qui encadrent leurs enfants ont été scrupuleusement vérifiés. Protéger l'enfance, c’est punir les prédateurs à la hauteur de leurs crimes et automatiser le principe de précaution. C'est l'honneur du législateur que de porter cette exigence.

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Iris Bridier
Journaliste

Vos commentaires

16 commentaires

  1. En ce qui concerne les crèches et les écoles maternelles (pas paternelles) la solution est tellement simple. Il faut arrêter la parité! Il y a trente ans il n’y avait que des femmes dans les maternelles. Plus aucun homme dans les crèches et les maternelles, non à la parité!

  2. C’est pire que ça ,ils se fabriquent leur propre interprétation de slois ,j’ai vu aux impots eds courriers avec des références d’artcicles qui n’avaient rien a voir avec l’afaire en cors comem par exmpel la fameus evignette qui n’avait jamais été votée mais qu’on vous imposait chaque année ou encore la CPAM et ses tordus qui vous envoient un courrier argumenté avec des références qui n’ont rien a voir avec votre pathologie et vos droits…….Par contre les rastacouères ont tous les guichets ouverts et même des caisses inconnues! !

  3. Et dans le cas du périscolaire parisien, combien y a-t-il eu de signalements d’articles 40 du code pénal par les chefs d’établissements ? Cet article oblige tout fonctionnaire à signaler au procureur tout crime ou délit dont il a eu connaissance.
    Combien d’enfants auraient été épargnés des prédateurs si les enseignants avaient fait le devoir que la loi leur impose au lieu de transférer en douce dans une autre école ?
    Mais dans ce milieu, majoritairement de gauche, dénoncer c’est être d’extrême droite !

    • Le problème est qu’un crime non signalé est sanctionné pour « non dénonciation de crime », alors qu’il n’y a aucune sanction contre la non dénonciation de délit. De plus aucune fonctionnaire ne signale quoi que ce soit. Encore moins dans l’administration territoriale.

  4. Une solution est pourtant enfantine, comme dans 99,5% des cas ce sont des hommes qui sont auteurs de ces choses infâmes,et afin d’éviter le plus possible ces abominations, pourquoi ne pas réserver uniquement ces emplois à des femmes ? Alors on va opposer que tous les hommes ne sont pas comme ça etc… Soit, cependant si tous les hommes ne le sont pas, depuis quelques temps je remarque que 100% des auteurs sont quand-même des hommes. C’est comme si un berger voulant sauver 10 chiens voulant entrer dans sa bergerie mais sachant que l’un d’entre eux et un tueur de brebis mais qu’il ne parvient pas à savoir lequel c’est, vous croyez vraiment qu’il serait prudent donc de les laisser tous entrer ? A titre personnel je pense qu’il y a des emplois que les femmes sont plus aptes à exercer que les hommes et aussi le contraire. Maintenant,si au nom encore une fois de l’égalité absolue voulue on continue à persister dans ce système,et bien les enfants n’ont pas fini d’être en danger.

    • Imaginez macron et toute cette clique en « dirigeant de zoo » ! …
      C’est ce qu’ils font avec la FRANCE … C’est un « zoo » sans enclos … Et ils font venir toutes sortes de faune sans aucuns contrôles ! …

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